Soirée d’hommage à Ahmet Altan avec Asli Erdogan

C’est pour Ahmet Altan, écrivain et journaliste condamné à la prison à vie en Turquie qu’Asli Erdogan était présente ce 17 septembre, à la Mairie de Paris, à l’initiative de l’association Les Nouveaux Dissidents avec Aysegul Sert (journaliste, reporter au New York Times), Timour Muhidine (directeur de la collection « Lettres turques » chez Actes Sud), et Guillaume Perrier, journaliste au Monde

Asli Erdogan, comme toujours vêtue de noir, renvoie une silhouette fragile mais déterminée. Les séquelles de son emprisonnement de 4 mois et demi sont visibles et ont créé des dommages permanents. Mais elle vient témoigner pour Ahmet Altan, comme elle s’y est engagée depuis l’incarcération à vie de celui-ci en février 2018.

Ce soir-là, depuis sa prison, Ahmet Altan a écrit aux participants de la soirée, dans une lettre lue par Asegul Sert qui se souvient, enfant, qu’elle entendait chez ses parents « les histoires des écrivains et des journalistes qui passaient leur temps au tribunal à cause de leurs écrits engagés, sous pression à cause de leurs points de vues, et persécutés à cause de leur identité ». En 1980, dit-elle « On ne parlait pas de la question kurde et arménienne », mais des écrivains et journalistes s’engageaient.


Parmi eux, Asli Erdogan et Ahmet Altan. Incarcérés tous les deux en 2014, pour différents motifs dont leurs écrits et manifestations publiques sur le Génocide Arménien. Pour Asli Erdogan, en 2007, le texte commis pour Hrant Dink après son assassinat «Nous avons laissé derrière nous une trace profonde, invisible », et en 2008, sa signature de l’Appel au pardon de Cenjiz Aktar, « Des Turcs s’adressent aux Arméniens ». Exilée à Francfort depuis 2017, elle encourt toujours la peine de « réclusion aggravée » et la prochaine audience de son procès est fixée au 10 octobre.
Pour Ahmet Altan, en 2005, dans Gazetem (1), un texte fort d’engagement : « génocide… » : « Ajoutez mon nom à la liste des “traîtres”. Puisque je suis prêt à partager la peine et la douleur avec les Arméniens". En 2008, dans Taraf, (2) un article Ah Ahparik (« Oh, mon petit frère ») (3), consacré aux victimes du génocide arménien qui lui vaut d’être inculpé au titre de l’article 301 pour insulte à la Nation turque. En 2010, dans le même journal, il rappelle que : « Le monde entier interprète l'assassinat de tant d'Arméniens, un chiffre que nous ne pouvons même pas évaluer correctement, comme un «génocide». En 2011, il reçoit le prix international Hrant Dink de la Paix. En 2014, à une conférence organisée par l’association P24 (4), à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, il interpelle son auditoire « Si aujourd’hui un journal écrit sur le génocide arménien avec le mot “génocide” et dit la vérité sur ce qui s’est passé, la première réaction ne viendra pas de l’État mais des lecteurs. Très peu de journaux peuvent supporter une telle pression de ces lecteurs qui ne veulent pas lire des articles opposés à leurs croyances, aux idées qu’on leur a inculquées, et aux connaissances solidement ancrées en eux ».(5).


Le dernier livre d’Ahmet Altan « Je ne reverrai jamais le monde » était prémonitoire : ce 2 octobre, il a reçu sa dernière sentence : la confirmation de sa condamnation à la prison à vie assortie d’un strict isolement ! Cependant, il poursuit l’écriture du 4ème volet du « Quatuor ottoman » (6), dont le thème traitera du Génocide-Arménien.

1. http://www.imprescriptible.fr/dossiers/altan/genocide/
2. le journal qu’il a créé (2007-2012).
3. http://www.kedistan.net/2017/03/11/ahmet-altan-soykirim/
4. Plate-forme pour un journalisme indépendant en Turquie.
5. http://www.kedistan.net/2017/06/02/journalisme-reponse-ahmet-altan/
6. dont le thème est le déclin de l’empire à travers des faits historiques.

 

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