Grand chef d'Etat ou simple président ?

                                 Grand chef d’Etat ou simple président ?

 

De Gaulle a initié cette voie avec  l’appel du 18 Juin, Mitterrand l’a suivie avec la loi Badinter et Giscard a su l’emprunter grâce au courage de Simone Veil et de sa loi sur l’avortement.
Un grand homme d’État est celui qui, à l’encontre de l’avis du plus grand nombre, sait transcender son peuple vers un objectif supérieur, objectif qui finira par l’honorer et dont il sera fier.
Bien que n’ayant pas soutenu le président Macron, je lui reconnaissais ce mélange de charisme, d’érudition et de bonne fortune qui font d’un simple homme politique, un Homme d’État.
Hélas, je m’étais trompée. Car comment imaginer qu’il n’ait pas perçu que la question migratoire est le Défi qui se pose à nous hommes et femmes du 21ème siècle ? Que tous les problèmes initiés par l’ultra droite européenne – et qui par conséquent impactent l’Europe- sont contenus dans cette question ? Et qu’au lieu de cette loi étriquée, présentée devant un parlement divisé jusque dans sa propre majorité, un samedi soir au milieu des vacances, il ne nous ait pas portés vers un projet d’envergure internationale. Est-ce parce qu’il est le pur produit de l’école privée et que de ce fait il n’ait pas pu bénéficier du bain interculturel de l’École Publique ? Car comment ignorer que la France, en d’autres temps et avec des conditions économiques bien plus difficiles, ait su absorber : 500 000 italiens au début du 20eme siècle, 440 000 réfugiés espagnols en mars 1939  ou bien encore 120 000 boat people en 1979 ?
Là où nous aurions pu espérer une loi qui aurait porté sur deux volets : accueil des migrants en France et aide au développement dans les pays d’origine, nous découvrons une loi qui reprend les mille recettes éculées, inefficaces et dans une version aggravée, des précédents gouvernements.
Alors que les citoyens engagés, un Prix Nobel de littérature, les associations – et pas des moindres- et jusqu’au Défenseur des droits réclament un autre texte, ce président, drapé dans une sorte de dignité incompréhensible, cède lâchement à son ministre la responsabilité d’un texte de loi qui marquera son quinquennat de bien piètre façon.
Grand chef d’État ou simple président, la question est à présent résolue.



                                                                       Marie Annick Gaudin / 21 Avril 2018

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