Le djinn, le farfadet et les besogneux

Il était une fois un djinn. Enfin pas vraiment un djinn, car les djinns n’existent pas, et lui il existait vraiment. Il était petit, pas très beau et issu de l’immigration. Malgré ce que l’on pourrait concevoir comme des handicaps, ce  djinn avait un grand pouvoir sur certaines créatures de son pays. Car dans ce pays empli de richesses, de magnifiques paysages et de nourritures délectables, il existait une peuplade particulière dénommée les "journaleux," qui bien qu’en très petit nombre, et vivant quasiment en autarcie, avait tout à la fois, un grand pouvoir sur les autres peuplades et bien peu de jugeote.

A côté des journaleux, il y avait trois autres peuplades. D’abord, et en très petit nombre il y avait les « nantis ».Ceux-ci, on ne les voyait pas, ils vivaient à l’écart des autres dans des forteresses solidement gardées, à l’écart du reste des peuplades. Et ils n’avaient comme seuls objectifs que de se faire construire de nouvelles forteresses qui ne leur couteraient rien, et dire du mal de leur beau pays pour que les autres peuplades se sentent vraiment malheureuses.

Ensuite il y avait les « intellects ». Ceux-là avaient beaucoup de jugeote mais bien peu de pouvoirs, leur seul pouvoir étant la parole mais sans haut-parleur pour la faire entendre.

Enfin il y avait les « besogneux ». Ceux-là existaient en très grand nombre : c’était grâce à eux que les légumes et les fruits poussaient, que les maisons (et les forteresses !) se construisaient, que les enfants grandissaient, que les peuplades étaient soignées. Mais les besogneux avaient fort à faire ! Ils croulaient sous les tâches à accomplir, aussi bien pour travailler que pour chercher de quoi vivre lorsqu’ils n’avaient pas la chance de travailler. Si bien qu’ils ne pouvaient que lancer des regards furtifs aux autres peuplades : nantis, intellects et journaleux.

Bref, si c’était grâce à eux que ce pays magnifique était toujours un pays magnifique, ils n’avaient pas vraiment le temps de réfléchir au fait que c’était grâce à eux.

Alors le djinn en profita. Lui était aussi beau parleur que les journaleux et aussi riche que les nantis. Alors il subjugua les journaleux qui finirent par convaincre les besogneux -et même une partie des intellects !- qu’il fallait lui donner le pouvoir.

Et il l’obtint.

Ce fut terrible pour le pays, et bien sûr pour les besogneux ! Les nantis devinrent de plus en plus nantis, les journaleux bavaient d’admiration devant le djinn, qui résonnait de plus en plus fort : « bling, bling, bling ! » et se pavanait comme un paon devant sa basse-cour. Pendant que les besogneux trouvaient de plus en plus difficilement de quoi vivre, se soigner, aider leurs enfants à grandir et trouver de la nourriture délectable (que pourtant d’autres besogneux s’escrimaient à produire). Cela dura six longues années, pendant lesquelles chacun essayait, la plupart du temps sans succès, de sauver son pré.

Heureusement vint le terme de cette période terrible et les journaleux eurent beau s’escrimer et hurler de toutes leurs forces dans leurs hauts parleurs, le djinn eut beau taper sur les besognémigrés (qu’il était pourtant lui-même, au départ, somme toute !) les besogneux et les intellects décidèrent de retirer le pouvoir au djinn.

Et ils y parvinrent. Ils donnèrent le pouvoir à un farfadet, qui hurlait qu’il était un vrai besogneux, et que les choses allaient changer. Comme d’habitude les besogneux n’avaient pas trop le temps de lever la tête, et comme les intellects avaient l’air d’accord, ils donnèrent le pouvoir à ce farfadet.

Grave erreur. En effet sous ces airs de besogneux,  ce farfadet était en fait un journaleux, de surcroit intensément soumis à l’influence des nantis.

On en est là.

Les nantis sont contents car ils restent des nantis de plus en plus nantis.

Les journaleux sont tout heureux car ils peuvent ressortir leurs hauts parleurs pour hurler sur le farfadet.

Les intellects sont complètement déboussolés car ils n’arrivent pas à croire que le farfadet soit devenu copain avec les nantis et les journaleux.

Et puis, il y a une minuscule peuplade, les « nationaux », remplis de haine, de mensonges et de non-dits qui tente de saisir les hauts parleurs.

Quant au djinn le voilà qui resurgit ! Et voilà ces fieffés journaleux qui lui redonnent le haut-parleur ! Ca fait bling, bling, bling ! Et de plus en plus fort ! On n’entend plus que ça dans ce magnifique pays…

 

Besogneux et intellects, mes amis, dites-moi que ça ne va pas recommencer !

 

 

                                                                                                              Marie Annick Gaudin /21 09 14

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