Chahut tranquille le 5 mai.

Je vous présente aujourd'hui le récit de mon expérience personnelle à la manifestation du 5 mai à Paris...Ayant raté celle du 1er j'avais comme un gout de déception et voulais me rattraper au mieux.

Un peu de colère dans l'air et un pare brise bien abîmé. © Marie Balaguero Un peu de colère dans l'air et un pare brise bien abîmé. © Marie Balaguero

 

Appel à rassemblement le 5 vous avez dit? J'y cours!

Vendredi 4 mai, j’étais prête à partir pour Paris pour la manifestation « la fête à Macron » pour laquelle il y a eu un appel à rassemblement…Comme j’avais raté la manif du premier mai et que j’étais bien évidemment dégoûtée de ne pas avoir pu y participer, j’ai voulu me rattraper en y allant pour la suivante…Mais franchement je m’attendais à un peu plus d’action. C’est peut-être parce que la manifestation devait se finir à Bastille, et que dans mon esprit ça donnait place à un choix énorme de possibilités concernant la fin de l’événement.

Quoi qu’il en soit, après un voyage éreintant en pleine nuit jusqu’à Paris et un repos très court, je me suis rendue à la manifestation, en me trompant de lieu au passage…Une fois le cortège rattrapé en cours de route, j’ai bien remarqué qu’on était très nombreux, tout comme les cortèges étaient variés. J’ai croisé sur ma route la France insoumise (qui organisait l’événement), le mouvement féministe, LGBT, CGT, des réfugiés et migrants, bref, une forte présence de plein de syndicats mais aussi des toulousains soutenant les facs bloquées (comme moi ) , des cheminots, personnel hospitalier et des zadistes… On était des milliers dans les rues parisiennes, certains venus de Bretagne, Toulouse, Metz et de partout ailleurs pour rejoindre le mouvement, mais, malheureusement, notre mobilisation n’aura servi qu’à gonfler les rangs d’une mer de manifestants se déversant dans les rues…Mais pas l’ombre du bruit féroce d’une vague…J’ai aussi pu voir des personnes de tous âges, des familles, des retraités, des adolescents…Bref, on peut vraiment parler d’une convergence des luttes mais aussi des besoins sociaux mal compris et surtout très mal pris en charge par notre gouvernement.


Pendant la longue marche séparant la place de l’Opéra de celle de Bastille, j’ai pu observer certains barrages policiers mis en place, ils bloquaient des rues avec des dispositifs divers( hommes sur place ou des « murs en ferraille » sans surveillance particulière, fourgons et camions), mais pas de débordements, tout du moins de ce que j’ai pu voir de mes yeux…Il semblerait même que j’ai raté Philippe Poutou, mais comme je dis…On était vraiment nombreux.

Arrivés à Bastille, on a attendu sur place que les divers cortèges se rassemblent. A un moment donné, j’ai même pu assister à une interprétation rapide de « Bella Ciao », mais sans trop de paroles…On était pas nombreux à vraiment connaître la chanson visiblement. Je suis d’accord… pour certains ça ne voudra rien dire tout ça, mais, tant de symboles mis à mal en une seule manif, ça m’a fait mal au cœur.

Un petit air de contestation:

Arrivés, donc, sur la place, des véhicules de médias étaient garés là, gênant la progression des manifestants. Ces derniers ont prévenu qu’il valait mieux dégager les véhicules, et tous, sauf un, ce sont gentiment retirés. Le petit rebelle de radio France a vite compris qu’ils ne rigolaient pas quand la foule a encerclé le véhicule pour en endommager le parebrise à quelques mètres de ma position.

A certains moments nous sentions des tensions débuter, surtout quand les fameux « black blocks » ont commencé à s’organiser…J’ai cru sentir au loin l’odeur poivrée des lacrymos, j’en étais même sûre, et on entendait la détonation caractéristique de l’envoie des lacrymogènes, mais dans la confusion, l’ami qui m’accompagnait et moi (que je me suis fait sur place) n’avons pas trouvé l’origine de l’action…On est donc restés sur place un petit moment en visitant tantôt un cortège, tantôt un autre, mais tout semblait calme et les premières contestations et mouvements se sont vite étouffés…J’étais déçue d’être montée à Paris mais de ne pas avoir contribué à un véritable mouvement de contestation…J’entends par là que si nos cris ne sont pas écoutés, il faut bien trouver d’autres moyens de se faire entendre. En tout et pour tout j’aurais vu quelques fumigènes, un début d’organisation black block que j’ai eu du mal à suivre et une marée montante qui finalement ne semblait pas si motivée bien qu’ils étaient nombreux à s’être déplacés pour l’événement…Et bien sûr en rentrant de Paris j’ai compris que j’aurais mieux fait d’y rester pour celle du 6 !

Enfin…Les aléas de la vie.

L'autre côté du miroir parisien:

Outre la manifestation, j’ai été choquée par autre chose. Pendant mes déplacements j’utilise les transports en commun et par le passé il m’était déjà arrivé de visiter Paris, étant enfant…Le choc a été rude entre la vision de Disneyland étant gosse et celle d’un Paris accueillant « la misère du monde » au sein de ses métros et de certains quartiers…J’étais la seule sur les quais à avoir visiblement envie de chialer. En grandissant on a le temps de voir les choses autrement, et j’ai la chance d’avoir compris qu’il faut profiter du moindre instant pour tendre la main à ceux qui en ont besoin mais aussi pour aimer ce monde parfois bien gris.

Si Paris est la ville des lumières et celle de l’amour, elle a visiblement tourné le dos à ceux qui en ont le plus besoin. Je ne parle pas que des migrants mais j’ai eu la chance de parler à certains d’entre eux qui m’ont confié vouloir retourner dans leur pays, déçus de cette France aveugle et froide qui refuse bien souvent de leur offrir un foyer ou de les considérer, tout simplement, autrement que comme des parasites envahissants…J’ai la chance d’avoir mes papiers, mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas, comme eux, vécu le rejet et la mélancolie ou même la rue à certaines périodes (Dédicace à mon meilleur ami, Ben qui m’a hébergée et soutenue dans des périodes de galère).

D’un autre côté je suis aussi tombée sur beaucoup de gentillesse et de solidarité…Comme je vous disait plus tôt, j’ai aucun sens de l’orientation et tous les parisiens et étrangers que j’ai arrêtés (sauf un qui m’a dit en souriant bizarrement « demandez à quelqu’un ! » ce à quoi j’ai répondu : « mais vous êtes quelqu’un… » c’était étrange haha) ou que j’ai salués sur ma route, m’ont aidée de bon cœur y mettant parfois du temps pour être sûr-e-s de bien me guider…Je ne me suis pas toujours sentie seule, malgré que je l’étais à proprement parler.

J’ai aimé Paris…Ses rues, son moulin rouge sur lequel je suis tombée par hasard en cherchant la chapelle de Sainte-Rita –je ne rigole même pas sur ce coup -là-, ses habitants pressés…Les coins « pipi » publics en plein air à la gare du Nord, d’un charme extrême –veuillez rajouter ici une note d’ironie-  et beaucoup d’autres choses. J’y retournerais à nouveau avec plaisir pour continuer à contester mais aussi pour découvrir d’autres charmes et vices de la ville des lumières et des cœurs serrés de colère.

Et bien entendu je reviendrai vers vous pour vous raconter tout ça, en espérant qu’un de ces quatre on se retrouve tous ensembles dans les rues, pour les envahir par notre présence mais aussi par nos cris, il est temps qu’on accepte notre part de misère et qu’on contribue ensemble à la faire disparaître d’une fois pour toutes !

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