Le complexe de la bonne samaritaine.

La vie, ses aléas, et les soucis que les autres nous créent..

Mariatorget à Stockholm © Maria del Carme Balaguero Oliva Mariatorget à Stockholm © Maria del Carme Balaguero Oliva

Il m’est arrivé, souvent, de me questionner sur le sens de la vie, l’univers et tout le reste…Et bien que jusqu’à présent la réponse 42 comblait tous les vides de mon existence, il arriva un jour où elle n’était plus suffisamment satisfaisante. J’ai 29 ans et un parcours de vie digne d’un épisode de Dallas, comme j’ai tendance à le dire dès que je parle de mon passé, mon présent ou que j’ose imaginer mon futur…Tous ces questionnements m’ont menée vers les chemins de croix de la foi, de la spiritualité, la magie, le monde des esprits et même la théorie des cordes, l’effet papillon et bien d’autres ; mais, ce n’est que récemment, que j’ai eu le courage d’affronter mes peurs, mes folies et de prouver au passage la force de mes convictions. C’est donc pour partager avec vous cette dernière expérience vécue, que j’écris ces lignes en ce jour…Qui sait, avec de la chance je redonnerais espoir à une âme aussi paumée que l’était la mienne, et ça c’est clairement le plus beau but que peut atteindre un texte, quel qu’il soit.

Le Début d'une épopée:

En avril 2018, j’apprenais la mort d’un talentueux DJ qui faisait vibrer autant mes cordes vocales que ma corde sensible : Tim Bergling, Avicii de son nom de scène. J’étais tellement bouleversée et triste que j’ai arrêté de manger, ce qui m’arrive souvent quand je ressens une profonde et sincère tristesse. Heureusement pour moi, je me connais assez comme pour savoir où sont mes limites, et par moments je me forçais à avaler des trucs sucrés bien que je n’en ressentait plus le besoin. C’est ce même sentiment qui m’a poussée à vouloir faire l’impensable : partir en Suède. La tristesse n’était pas le seul sentiment en jeu sur ce coup-là puisque, malgré tout, mon but premier était de faire un truc tellement fou, que l’âme de Tim, si on ose croire en son existence, en serait libérée de la souffrance causée par son suicide.

Bon, revenons un peu en arrière, je vous sens perdu(e) mon ami(e) ! J’ai toujours considéré toutes les religions comme étant très intéressantes mais aussi complètement faussées et incohérentes…Pourquoi ? Et bien parce que on se doit de s’aimer les uns les autres mais que malgré tout on pousse son voisin à être soit irréprochable, soit irrémédiablement puni, et je me refuse à croire qu’un Dieu bienveillant puisse vouloir ça pour son peuple. Du coup, je suis restée proche des religions tout en m’en écartant le plus possible, à une exception près : le Bouddhisme, mais pour moi il s’agit là d’un mode de vie et non d’une religion, bien qu’on fasse souvent l’amalgame. Bref, je crois en la bienveillance, la maîtrise consciente de nos démons intérieurs sans pour autant les étouffer et…le fait de toujours venir en aide à son prochain dans la mesure de nos capacités sur le moment. Comme je ne suis pas certaine que vous soyez au courant, le bouddhisme est (dans ses très grandes lignes) un mode de vie qui consiste à être bienveillant, atteindre une plénitude et prendre conscience de faits tels que : l’être humain est comme une fleur, il s’éteint progressivement, il est donc important de vivre l’instant présent pleinement.

Comme ceci n’est pas un exposé sur les religions, la magie ou le reste, je ne vais pas m’étendre là-dessus. Revenons donc au sujet principal : ce voyage en Suède.

Pour une fois dans ma vie j’avais décidé d’en parler le moins possible, bien que j’en avais les doigts en feu à force de me retenir de tout raconter : ce deuil fou pour un artiste pour lequel je ne me suis pourtant jamais considérée consciemment comme fan, me poussait à partir à Stockholm pour être au plus près de Tim, et dans ma passion, je ne comptais pas quitter le pays sans lui déposer une rose éternelle noire –que je possédais depuis 2013- sur sa tombe. C’est donc dans une libération de parole restreinte que j’ai annoncé à mes proches que ce deuil allait me tuer, et que je sentais que si je ne faisais pas tout ça, je le regretterais toute ma vie.

Pendant des années je me suis évertuée à mettre un peu d’argent de côté, justement pour pouvoir partir un jour et visiter le monde, mon plus grand besoin depuis toujours…Et ni une, ni deux, avec l’aide de mon meilleur ami on s’est religieusement appliqués à la tâche de gaspiller ses économies de la façon la moins conne possible, question de pouvoir accomplir ce voyage qui m’obsédait…Je comptais en plus assister à un festival, le summerburst, lieu où c’était produit Tim à un moment donné…C’était une bonne façon de lui rendre hommage et vous allez comprendre que c’était aussi essentiel à mon parcours.

Le voyage:

La première étape était de quitter Toulouse pour aller péter à Paris, alors que j’avais été sur place peu avant et j’avais déjà senti que j’aurais dû rester là-bas… Quoi qu’il en soit j’ai opté pour le bus…Et comme j’étais censée avoir droit à un bagage à main, je n’avais pas pris en compte qu’on risquait de me demander de mettre le mien, trop gros pour eux, dans le coffre avec la valise…Et je me suis retrouvée avec la place complètement centrale, la seule où on est mal placée peu importe les Dieux qu’on prie ou les positions qu’on prend. Quoi qu’il en soit, douze heures de route après, j’arrivais à Paris Charles de Gaulle, effrayée à l’idée d’affronter l’enfer des aéroports et surtout mon tout premier vol…Et oui, j’étais encore innocente et avait attendu cette occasion spéciale pour monter pour la première fois sur un engin à la fois banal et qu’on a tendance à respecter, quand même…

Je repasserais sur l’organisation de l’aéroport et le chaos dans mon esprit, sinon y’aurait matière à faire une expo sur mes angoisses, et j’aimerais bien que certains tiennent la lecture jusqu’au bout, donc je vais m’abstenir…Mais le mot « Enfer » est un euphémisme, voilà ! Terminal, portes, chercher des toilettes, attendre pendant FOR EVER ! Raaaah , et surtout ; surtout ! : chercher une prise qui fonctionne pour recharger son « cacaphone » comme j’appelle mon portable. Un seul point positif , sont les rencontres qu’on fait quand on galère complètement ou qu’on s’ennuie comme un rat mort. J’eus la chance, avant d’embarquer, de tomber sur une suédoise avec qui j’ai pu discuter sur les raisons de ma venue, nos vies respectives et plein d’autres choses encore. On est restées en contact d’ailleurs.

L'arrivée à Stockholm:

Sans elle, mon arrivée à Stockholm n’aurait pas été vécue de la même façon ; elle fut ma première guide pour une bonne demi-heure car elle se refusait à laisser une étrangère seule, ne parlant pas la langue et arrivée en pleine nuit dans un pays inconnu. Elle m’accompagna du mieux qu’elle le put jusqu’au train, mais j’avais oublié un détail tout con : savoir exactement où je devais me rendre en métro parce que j’en avais aucune idée…Mais malheureusement elle devait partir à Uppsala et me laissa là, à l’orée de mes incertitudes. Je pris donc un train, sans savoir où j’allais, avec une carte de Stockholm et de son réseau de métro et train dans la main. Devant moi, un gars, il est typé tunisien ou marocain ou que sais-je exactement, je ne suis pas très douée pour deviner comme ça l’origine des gens mais pour les besoins de l’histoire fallait bien que je tente de le décrire…Enfin bref, il était craquant et moi j’étais paumée, donc avec un anglais approximatif je lui demandais « hej ! Do you speak english ? » Ce à quoi il me répondit, en haussant un peu les sourcils de surprise « Yes » …

 Je lui expliquait que je cherchais « Swedenborsgotan » (de son vrai nom : swedenborgsgatan )…Avec un accent tellement horrible qu’il me regardait comme si j’avais craché dans sa soupe. Il ne comprenait pas ce que je cherchais et son portable avait peu de batterie alors il sauta sur le premier gars, assis pas trop loin, avec un portable en main…Moi à ce moment-là j’en savais rien, mais j’étais partie pour une quête épique qui allait occuper toute ma nuit : trouver un fichu hôtel et surtout me remettre de ma fatigue, j’en pouvais plus de ces trajets où je découvrais tellement de choses que je ne pouvais pas fermer les yeux…Et d’un autre côté j’avais envie de faire la fête parce que, putain j’étais à Stockholm !

Bref, j’apprends que mon sauveur du soir est tunisien...Je passe les commentaires sur ce que j’attendais à la base en débarquant en Suède : des têtes blondes aux yeux bleus, verts ou vairons, souriants, comme sur des pubs, partout ! Et bien non…Il se trouve qu’en Suède la population est totalement variée…A tel point que si je n’avais pas mon appareil photo accroché au cou, on me parlait d’emblée en suédois…Certains insistaient même quand, visiblement, je balançais des appels au secours avec mon regard perdu, dans le néant cosmique de l’incompréhension, appareil ou pas.

Revenons à nos saints moutons ! Je me retrouvais à sillonner les trains et les métros avec mon nouvel ami, cherchant au passage comment se procurer une bouteille de vodka –que j’offris de bon cœur de lui donner…Mais à 20 balles ça fait mal quand t’es andorrane- et discutant de tout et de rien, mais bien sûr je cherchais à voir partout les différences avec les pays que je connaissais déjà. Ce fut très instructif, surtout d’apprendre qu’en Suède, l’alcool n’est pas vendu partout, les locaux ferment tôt pour la plupart et ne permettent pas de consommer à partir de minuit sur la terrasse des bars et même pour cuisiner ils font des vins et autres sans alcool, juste à usage culinaire…J’apprends aussi que les suédois sont ouverts d’esprit oui, mais peu communicatifs avec les inconnus…Aucun soucis pour ce qui est de demander des indications, les habitants sont toujours disposés à aider, mais pour tisser des liens…C’est une autre histoire…Ah oui, et ils ne sont pas habitué-e-s aux compliments…J’en ai fait plein par habitude, car j’adore dire les choses gentilles que je pense sur les gens, question d’égayer un peu leur journée et la mienne au passage ; les habitants étaient surpris et souvent touchés par mon intention de leur communiquer de bonnes vibrations.

-Où j’en étais déjà ? Décidément faut que j’arrête de faire des à parte !- Nous prenons un métro, ensuite un bus dont la route me parut interminable…Détail important : le conducteur m’a laissé frauder parce qu’il voyait bien que je comprenais quedale au système des billets des transports en commun et que j’étais crevée, avec des valises…Bref, je m’étalais sur deux sièges tout à l’arrière du bus, commençant à avoir des nausées, je vous passe les détails -50 nuances de grey ne sera pas pour cet article…Bien que…ehem- mais il y eut rapprochement entre moi et mon guide, même malgré mon air de zombie. En sortant du bus je me sentais incapable de faire un pas de plus et je commençais à vomir sur le premier arbre ou poubelle qui me tomba sous la bouche. Malgré tout, je gardais ma dignité en indiquant à mon… « ami » avec toute la joyeuseté dont j’étais capable : « Wait ! i PUKEEE ! ». On reprenait la route peu après, côté à côte, parlant de ses valeurs morales, des miennes et du quartier où on était, situé à Norsborg ; mais, j’ai un horrible sens de l’orientation alors…faudra vous débrouiller si, par hasard, il vous prenait un jour l’envie de visiter un quartier classé dangereux pour les femmes le soir, par ses propres habitants…

Après toute cette route, je détestais mes valises et je rêvais juste d’un long sommeil paisible…Pourtant, une fois mes poches vidées d’une bonne partie de ses économies pour une chambre non prévue au programme (84 euros, nom de dieu !) ; je continuais à vomir. Pas question de prendre de la vodka et « Ô, que le diable me prenne pour témoin, plus jamais je ne voyagerais comme ça »…Mon invité, qui était encore présent, finit par s’en aller après un câlin maladroit, agréable mais qui me laissa relativement froide, comme si la normalité était revenue après une courte absence. Rien de nouveau à l’horizon.

Les rencontres sur place, les expériences nouvelles:

Le lendemain je quittais l’hôtel pour rejoindre le centre-ville. Je me sentais déjà beaucoup mieux que la veille, surtout après une douche et la rencontre d’une femme de ménage qui m’a dit que j’étais canon dans mes fringues…Quand c’est dit comme ça, ça fait plaisir !

Je finis par rejoindre le centre : Mariatorget, pour y rencontrer mon hôte couchsurffing*. La rencontre se passa très bien et du coup c’était bien parti ! J’avais décidé d’emblée de profiter de tout à fond : les ballades en ville, en forêt, aller boire un coup ou même partir seule, en gros je voulais être une « Yes Woman », tout en me protégeant un minimum, physiquement, mentalement et même économiquement ou en affaires de cœur…Personnellement je n’ai plus envie d’être blessée.

Grâce aux cieux, mes expériences à Stockholm se succédaient avec un calme paisible, bercé par les appels et les messages audio ou vidéo de mes enfants, puis j’avais tout laissé aux mains de mes proches…Pour une fois je voulais profiter de ce petit bout de liberté en solitaire, chose que je me suis interdite pendant très longtemps…Une mère se doit de cesser d’exister comme être à part entière, on ne peut rêver d’un bout de liberté sans que les gens pensent qu’on est des monstres d’égoïsme…Quoi qu’il en soit, les nouvelles régulières étaient bonnes, tout allait bien, je pouvais enfin m’écouter un peu, écouter ce cœur qui bat frénétiquement et qui cherche un sens profond à la vie. J’ai profité de tous les charmes de la ville, de sa nature flamboyante et splendide, de ses lacs…ses nudistes planqués qui nous surprennent quand on tombe dessus (j’étais pas choquée nota, juste surprise).

Puis, entre deux recherches de la tombe de Tim sur deux possibilités de cimetières géantissimes, seule, jusqu’à tard dans la nuit, me désespérant de ne rien trouver (acceptant que je ne le trouverais peut être jamais, je déposais deux roses bleus symboliques dans deux endroits plausibles) ; vint le moment du…Summerburst !

Le festival commençait à 15h et se finissait à…minuit.

Oui…Moi aussi j’ai trouvé ça triste…Minuit…pour un festival comme celui-ci ? Bon.

J’y suis allée seule et m’y suis éclatée…Je me suis même surprise à devenir amie avec des agents de sécurité, après tout pourquoi pas ! Puis…Tim était partout : dans l’ambiance, les innombrables hommages qui m’ont fait pleurer tout autant que danser comme une folle…Je me sentais capable de tout accomplir parce que je ne me contentais plus de dire ou penser les choses, je les faisais ! Pour une raison aussi folle que peut l’être l’amour inconditionnel, ou la foi en l’univers ou appelons-le…Intuition. C’était l’aboutissement d’un véritable engagement humain et spirituel à la fois. Et surtout, j’ai vécu cette expérience comme celui ou celle qui perd un proche…J’ai vécu un deuil qui m’a consumée, et pour aller de l’avant j’avais besoin de ce voyage-là, de ces actes là.

Minuit pile : le feu d’artifice final éclate dans les airs en plein concert, c’est fini pour ce soir. On se presse vers les sorties, certains chantent, dansent, essayent de pas vomir…Moi je suis juste là dans un silence étonnant. J’avance au son d’un compte goutes imaginaire, jusqu’au métro, dans lequel je m’engouffre, me pose et n’oublie surtout pas de rebrancher mes écouteurs et relancer la musique qui m’a accompagnée tout au long de mon séjour : Devinez…

Ce sera lui et personne d'autre:

En sortant du métro, je choisis Mariatorget comme arrêt…L’es autres soirs je partais péter jusqu’à Slussen et je retournais à pied jusqu’à chez mon hôte. De cette façon je pouvais marcher, me détendre et finir de me poser dans mon coin préféré de Stockholm pour savourer la nuit, avant de rentrer…Mais ce soir-là j’en ai décidé autrement et, en sortant du métro, j’ai vu un sans domicile fixe…Je déteste voir les gens passer et les ignorer, alors par acquis de conscience, qu’il sache que je l’ai vu, je lui dis que malheureusement je n’ai rien sur moi mais que je lui souhaite une bonne soirée quand même…Trois pas et une utilisation du cerveau plus tard, je demande à ce même SDF, si il fume, car à défaut d’argent, je peux lui filer des clopes. C’est donc dans la continuité de mon élan, que j’ai fini par m’asseoir à ses côtés et lui demander ce qu’il foutait là…Pourquoi il était dehors, et…Bref je me suis intéressée à son histoire.

Étonnamment il a été plutôt réceptif à mes questionnements sortis de nulle part à une heure du matin et on se retrouva à l’entrée du métro, discutant de tout et de rien, sous le regard de passants étonnés (dont au moins un, me voyant « suivie » par mon collègue, qui se demandait si j’allais bien) …En même temps j’étais en mode « bien habillée » si on veut, puisque j’étais au festival…Peut être que nos allures respectives, détonnaient une fois mises côte à côte ? Sur le moment je ne me posais aucune de ses questions, je profitais juste de sa compagnie. On se sépara donc, conquis par cette rencontre…Comme si de tout cœur on sentait que notre temps n’avait pas été gâché.

Le lendemain, rebelote ! Festival, fini à minuit, feux d’artifice, on se presse contre les sorties mais cette fois-ci je chantonne aussi « OUH ! HA ! i wanna knoooww…If you be my girl ! ». En sortant à Mariatorget…Mon nouvel ami n’était pas là. La déception a dû se lire sur mon visage parce que je me suis arrêtée, suis restée là, regardant les deux nouvelles personnes qui avaient pris place à cette même bouche de métro. Je reprends tout de même ma route malgré une légère déception et…je l’aperçois, devant T-Centralen, il trace vers le métro et ne m’aperçoit pas. Imaginez donc un peu, une petite brune fofolle qui cours secouer sa main en guise de bonjour sous le nez d’un homme qui pourrait facilement mesurer 1m90, barbu, le typique ours qu’on s’imagine un peu …Et là il me reconnait, mais en plus de ça il semble heureux de me voir. On décide donc, à nouveau, de passer du temps ensembles, cette fois-ci c’est plus franc, on se ballade, on continue à refaire le monde et se questionner sur le sens de la vie, des croyances…La beauté de Naples…

Assis sur un banc en pleine nuit, je l’écoute me raconter sa vision du monde, ses peurs, ses angoisses…On échange vraiment, sans se limiter, sans honte. Je me sentais si bien avec lui que…je n’avais plus envie de le quitter et…Dans un élan sincère, je l’ai pris dans mes bras (j’ai quand même demandé avant, question de savoir s’il était d’accord…Le consentement quoi, ça marche dans plein de cas !) et il m’a rendu le geste avec tant de douceur que…Toutes mes défenses se sont ébranlées d’un simple et furieux coup de douceur…Si j’avais pu, je serais restée comme ça, dans ses bras, en plein milieu de Stockholm, jusqu’à la fin des temps…

Comme entre-temps un jeune homme s’était pointé plusieurs fois pour offrir un paquet de clopes ou proposer un repas chaud…et bien il était revenu pour apporter le repas. Le soir là-bas il y fait froid, et bien que je sois andorrane, je suis horriblement frileuse, du coup on s’est levés et on a marché en discutant jusqu’à Mariatorget (D’ailleurs, fait étonnant, ce nom signifie « la place de Marie », c’est mon ami sdf qui me l’a appris, tout en m’indiquant que c’était son prénom préféré, d’où son choix d’endroit pour dormir…ça me fait encore sourire que ce soit mon prénom et une de mes raisons d’avoir choisi ce même métro)…Il m’a dit qu’il allait manger et au lieu de le suivre, j’ai pensé que ça voulait dire « bon et bien Ciao, c’était sympa » du coup je lui ai dit que je ne voulais pas le déranger et je l’ai repris dans mes bras. Toute la froideur de la nuit était partie en fumée…Je ne sentais plus que la chaleur de sa présence, et je vois encore son visage quand, sans y penser, j’ai lâché un délicat « I love you…even if i don’t know you well. », il m’a répondu que j’étais trop bonne avec lui et semblait être sincèrement touché. Détail important : pas une seule fois sa main n’a glissé où que ce soit et personne ne m’a jamais pris dans ses bras comme lui l’a fait.

Le temps s’est arrêté pour moi, sur place…A partir de cet instant précis…je ne le savais pas encore, mais mon cœur n’allait plus pouvoir quitter cette rue, ni cette fichue bouche de métro…

Je suis rentrée chez mon hôte, guillerette, pour ne pas dire en pleine euphorie ! Je rigolais au son des mouettes, je rigolais à la vue de détails passés inaperçus par le restant d’humains autour…Mais je sentais que je faisais erreur en partant, que j’aurais dû y retourner. Pourquoi ne me suis-je pas écoutée quand sa chaleur, encore présente, brûlait ma poitrine ? Probablement parce que d’habitude je ne ressens pas ce genre de choses, que je déteste les câlins de tout le monde…qu’est-ce qui m’a pris Nom des Dieux de l’Olympe !? Je suis restée couchée, me forçant à garder les yeux clos jusqu’au lendemain matin…Je n’ai pas bien dormi, j’étais frustrée, seule sur un canap alors que j’aurais dû passer cette dernière nuit à refaire le monde, avec lui, dans mon coin préféré de Stockholm…C’est donc ça les regrets que j’emporterais ? Mon esprit me souffle un léger oui, mais mon chemin n’est pas encore fini…

Avant d’être guidée vers un temple bouddhiste, j’ai tenté de retrouver celui qui allait devenir une pensée omniprésente…Je me suis rendue plusieurs fois sur place, j’ai tenté de savoir si les gens le connaissaient un peu, mais non, pas vraiment. Ma frustration grandissait au fur et à mesure de mes échecs, mais je devais partir le jour même et rester une seule nuit de plus allait me coûter un argent que je n’avais pas.

Copenhague, Christiania et le retour à la maison:

Ce fut en retenant mes larmes de toutes mes forces que je finis par prendre de nouveau l’avion direction Copenhague. J’avais bien fait de ne pas rester d’un côté…Sinon j’aurais été bloquée là-bas un bon moment puisque, arrivée sur place, après une nuit de galère (je hais devoir découvrir sur la volée le fonctionnement des transports en communs étrangers), ma carte de crédit ne fonctionnait plus et je me retrouvais à devoir traîner mes valises avec moi le temps de visiter Christiania, la ville « libre » dans Copenhague. Ce jour-là j’étais en colère, perdue, avec mon foutu cacaphone qui se décharge de plus en plus vite à chaque jour que Dieu fait et…j’avais un peu perdu foi en tout, comme c’est souvent le cas quand je désespère. Je ne m’attendais pas à ce que cette situation déclenche en fait autant de bonnes rencontres et du coup je regrette beaucoup moins d’avoir eu à vivre les côtés négatifs…

A christiania je suis tombée sur un artiste en plein travail. En discutant avec lui on s’est aperçus qu’on avait pas mal de points en commun sur notre manière de voir le monde ; puis, une autre touriste, coréenne, qui m’a proposé de me donner de l’argent (que j’ai refusé) puisqu’étant elle-même une voyageuse, elle savait très bien ce que c’était d’être en galère…Sa proposition m’a tellement touchée que je le lui ai dit que ses paroles étaient plus précieuses pour moi que l’argent. On partit ensembles découvrir d’avantage la ville libre, prenant des photos et discutant de tout et de rien, notamment de religion puisqu’après tout, c’est en voulant sauver une âme à la base, que je m’étais retrouvée à Stockholm puis à Copenhague. Il y a eu d’autres rencontres…Dont une qui m’a fait très plaisir, sur le retour, alors que j’attendais le bus à CDG pour rentrer à Toulouse. C’était une femme de 46 ans travaillant dans l’administration et ayant perdu un peu foi en l’espèce humaine, ce qui peut se comprendre.

Tout en parlant de religion, convictions et spiritualité, elle semblait très surprise d’avoir une telle conversation dans une telle situation. Pendant qu’on discutait, on fut interrompues par une jeune femme qui proposait sa fin de pizza puisque son bus allait partir, et puisque j’étais morte de faim, j’acceptais volontiers le cadeau que l’univers m’offrait. Ma nouvelle amie n’en croyait pas ses yeux, non seulement je croyais en l’univers mais en plus j’avais confiance en mon prochain ! Je lui expliquais cependant que ça dépendait de mes ressentis surtout. J’étais à l’aise avec elle et j’avais besoin de vider mon esprit à mon tour ; mes regrets concernant Mariatorget me pesaient…J’étais…Tombée amoureuse ? peut-être ?

Le fin mot de cette histoire, ce n’est pas à moi de le donner mais à vous de l’imaginer…Je dirais cependant que cette histoire n’est pas finie, et que bien que les dés soient jetés et que les Saintes vierges veillent sur ma route –visiblement- il ne dépend que de nous-mêmes d’avoir la volonté et le courage de changer notre propre univers…J’ai décidé que, si mon cœur était resté à Mariatorget…Il est de mon devoir d’aller le chercher et le sortir de cette bouche de métro.

 Si je raconte toute cette épopée c’est parce que j’espère qu’elle pourra motiver ceux qui sentent le besoin de s’émanciper des conventions sociales établies, à prouver avec des actes que l’être humain peut encore, parfois, se racheter au mieux et changer les choses en commençant par lui/elle-même.

Pour le reste, je laisse entre vos doigts et vos esprits, le soin de juger le fin fond mystique de cette expérience personnelle, qui je l’espère, ne vous aura pas fait somnoler devant vos écrans.

Au plaisir !

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