Toulouse, Pacifiste mais en colère.

Compte rendu de la manifestation toulousaine du samedi 8 décembre, à laquelle j'ai fidèlement assisté autant que faire se peut.

Une des équipes de police sur jean-jaurés. © Maria del Carme Balaguero Oliva Une des équipes de police sur jean-jaurés. © Maria del Carme Balaguero Oliva
Samedi 8 décembre, je me suis de nouveau jointe au mouvement des gilets jaunes sur Toulouse, à défaut de pouvoir monter sur Paris et faire partie de la guerre civile qui semble s’y dérouler.

Une fois de plus, je me suis retrouvée dans l’incapacité d’être à l’heure au premier rassemblement sur place…Non pas par volonté, mais à cause des transports dont la plupart avaient été bloqués, comme le seul TER qui part de Cazères pour rejoindre matabiau…A ma grande surprise il avait été annulé. C’est donc en quatrième vitesse que j’ai pris ma voiture, tout mon matériel street medic et bien entendu mon bien aimé appareil photo. Je ne le savais pas à ce moment-là mais, à priori tous les radars entre chez moi et Toulouse ont été sabotés pour qu’ils ne puissent pas flasher les voitures conduisant un peu trop vite…ça m’a surpris d’ailleurs de voir certains véhicules qui avaient pris des apparences de fusées tellement elles roulaient vite, mais tout s’explique donc : les gilets jaunes étaient passés par là, bénis soient-ils !

En arrivant à Toulouse, j’ai dû prendre le métro…Quelle n’aura pas été ma surprise quand le métro s’est arrêté à Carmes, sans explications pendant plusieurs minutes avant de finalement avoir la gentillesse de nous dire que, suite à une décision de la préfecture, les transports en commun s’arrêtaient.  Cela a toujours le don de m’énerver…Manifester est un droit qui est inscrit dans la constitution et nous empêcher de prendre le métro n’est de loin pas une solution pour mettre en pause un soulèvement de masse…Surtout que non seulement ils bloquent TOUT le monde, mais en prime on peut rejoindre le centre-ville à pied, on est des gilets jaunes mais on rejoindra le mouvement quoi qu’il arrive…Enfin bref.

C’est donc à pied, en enfilant mon gilet en cours de route, que j’ai pu rejoindre l’un des cortèges qui se déplaçait vers Esquirol depuis saint-cyprien. J’ai fait office de mégaphone en hurlant les instructions de deux gilets jaunes qui se tenaient près de moi : « Tout le monde vers Capitole en passant par Rue Saint-rome ! ». J’ai apprécié qu’on salue mon don exceptionnel pour gueuler et ma voix qui porte relativement efficacement. Je n’ai pas été surprise quand les policiers nous ont barré la route à Saint-rome, et bien que pas beaucoup de monde y ait pensé, avec un camarade fraîchement rencontré, on est passés dans une ruelle dégagée, avant de faire demi-tour pour voir où en était le cortège, qui finalement a été autorisé à passer par la rue Alsace lorraine, à défaut de pouvoir emprunter la voie qu’on voulait, Saint-rome donc. En cours de route, dans l’une des ruelles adjacentes, on s’est fait gazer par une équipe de police nationale qui a vite tracé sa route. Nous avons continué de marcher pacifiquement, hurlant des slogans contre ce gouvernement et plus particulièrement contre Macron, bien au chaud quelque part à l’Elysée à refaire faire tout son palais avec nos impôts, pendant que nous on revendiquait un retour aux droits sociaux plus justes, entre autres.

Pile avant d’arriver au Capitole, on a été retenus par un nouveau groupe de policiers qui s’est montré tout aussi pacifique que nous, ils ont même accepté de répondre à nos questions et de nous écouter quand on leur rappelait que notre combat citoyen les concernait aussi…Après tout ils sont eux aussi des citoyens, sauf qu’ils sont mieux armés que nous. Quoi qu’il en soit les manifestants ont répondu au blocage en s’asseyant par terre, de façon totalement non-violente, bien qu’on ne se soit pas gênés pour gueuler notre indignation grandissante. Au bout d’un petit moment d’attente, on nous a cédé le passage et la horde de manifestants a pu se mettre en route. Une déferlante de gilets jaunes a envahi le Capitole, et on a même eu le droit d’assister à des petites animations entre gilets jaunes et un lancer de ballons et de nounours en direction des policiers postés devant l’une des portes du bâtiment.

Après quelques temps de manifestation pacifique, les gens ont commencé à quitter le capitole. A ce moment-là j’ai entendu un des policiers dire qu’ils devaient se diriger vers les galeries Lafayette, et par instinct j’ai suivi l’équipe qui s’y rendait, avant de constater que pour le moment rien ne s’y passait et que pas mal de Gj se dirigeaient vers Jean-Jaurés. J’ai donc pris la décision de m’y rendre aussi, puisque je ne savais pas que, au même moment, Saint-cyprien s’enflammait d’une certaine façon et que des violences étaient en cours là-bas. Je suis donc restée avec les Gj, bloquant une voie de passage pas loin d’une des sorties du métro. On avait de la musique, une bonne ambiance et la police, à deux pas de notre position, s’occupait gentiment de rediriger les voitures pour contourner notre blocage. On laissait passer les ambulances, piétons et riverains…Jusqu’à ce que des unités de policiers arrivent, sortent de leurs voitures avec une telle violence qu’on s’est tous dispersés, sans comprendre d’où venait subitement tant de rage, alors que même pas 20 minutes avant on pouvait parler aux forces de l’ordre sans se faire matraquer, mais la réponse est simple : ils allaient pas faire les marioles devant une foule de manifestants, mais ils pouvaient se le permettre quand nous étions moins nombreux. Les équipes qui sont passées en coup de vent se sont défoulées sur nous à coups de gaz lacrymogène et coups de matraque en s’attaquant à un homme au sol…J’ai pu prendre quelques photos sur le moment, mais c’était un véritable chaos. Quand ils ont finit leur petite séance de terreur, ils sont remontés dans leurs véhicules et sont repartis aussitôt. Nous, on a repris nos places, pour rebloquer la route de nouveau.

Mais ce n’est pas tout. J’ai vu de loin de nouvelles équipes, de police nationale remontée à bloc, en formation style romain avec leurs boucliers, ils sortaient de leurs véhicules loin de notre position. J’ai pu prendre une vidéo de la situation qui a vite dégénéré quand ils se sont mis en marche vers notre position…De nouveau Jean-Jaurés à subir un gazage en grande quantité et une pluie de matraquages est retombée sur les manifestants. Les policiers ont tenu leur position, j’ai même pu entendre une grenade assourdissante au moment où je me suis éloignée mais j’étais tellement indignée de la scène, en voyant des familles passer avec leurs enfants que je suis restée sur place, à leur crier des « c’est ça votre boulot ??? sérieusement ? blesser les gens et gazer même les enfants ?? ». Je suis restée au maximum, jusqu’à ce que les manifestants quittent la zone…Je ne pouvais pas partir sans finir ma constatation : les violences viennent des forces armées envoyées par Macron…Le gouvernement est-il effrayé au point de ne pas pouvoir discuter et rétablir nos droits sociaux si durement gagnés en Mai 68 ?

J’aimerais finir cet article en rappelant le nom d’un personnage historique qui a passé sa vie à lutter sans violence : Ghandi. J’aimerais vous rappeler l’une de ses phrases et vous dire que malgré tout, notre cause est juste et notre lutte DOIT continuer tant que nous serons gouvernés par des corrompus.

Dès que quelqu'un comprend qu'il est contraire à sa dignité d'homme d'obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l'asservir. »

Votre dévouée correspondante, libre et solitaire, Marie Balaguero.

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