ZAD partout, justice nulle part!

Mon expérience à la manifestation de soutient pour la ZAD à Nantes et celle vécue à l'intérieur de la zone.

Manifestant de la manif à Nantes, samedi 14 avril. Notez bien le nombre de CRS derrière lui.. © Maria del Carme Balaguero Oliva Manifestant de la manif à Nantes, samedi 14 avril. Notez bien le nombre de CRS derrière lui.. © Maria del Carme Balaguero Oliva
Qui a dit Zadiste ?

Tout a commencé quand j’ai entendu parler de la ZAD de notre dame des landes…J’avais déjà entendu vaguement parler, à une époque, du projet d’aéroport mais j’avoue que je ne suivais pas aussi assidûment les nouvelles de ce genre de choses que maintenant…Et je m’y impliquais encore moins directement (N’attendez pas une justification de ma part, y’en aura pas, j’avais mes raisons à l’époque). Au début j’ai relayé les infos qui m’arrivaient de plus en plus, notamment suite à quelques recherches perso qui m’ont permis de comprendre ce qui se passait sur place et tout ce que ce gouvernement visait à détruire : des projets agricoles qui fonctionnent, de l’entraide et de la solidarité et…Tout ce qui fait une petite utopie avec ses hauts et ses bas, mais dans l’effort commun.

Ce qui m’a décidée en premier lieu était de documenter la réalité des choses mais…J’ai pas mal hésité avant de me lancer et confirmer un covoiturage pour me rendre sur place. Les gens pensent que c’est facile de prendre des risques et se rendre « au front »…Mais ça implique d’avoir une véritable envie d’y aller, motivation, volonté et de pouvoir s’organiser pour mettre de côté nos autres responsabilités…Autres que celles de la désobéissance civile, parce que ça devrait être une obligation quand un gouvernement s’acharne à pourrir ceux-lles qui font pourtant toute la gloire et l’effort de ce beau pays qui est la France.

Quoi qu’il en soit, je veux parler de notre voyage, parce que je n’étais pas seule, nous étions 7, soudés, peut-être pas toujours d’accord mais…On a su dépasser les épreuves ensembles. Tout est parti d’une proposition de covoiturage d’un pote, il voulait apporter son soutien sur place sous forme de matériel, vivres et bien entendu apporter de l’aide et après quelques jours d’hésitations intenses, j’ai pris la décision qui était là, au fond de mon esprit depuis le début : partir pour rejoindre le mouvement.

En route pour la Manif ! 

On s’est rendus vendredi soir jusqu’à Périgueux, où nous nous sommes reposé-e-s dans un hôtel après un long voyage éreintant mais sans encombre. On en a profité pour faire connaissance au fur et à mesure et pour regarder un peu la nature sur la route. Le lendemain, après avoir récupéré notre 3ème passagère (nous étions 3 femmes et 4 hommes) nous sommes partis jusqu’à Nantes pour participer à la manifestation, mes camarades étaient bien mieux équipés que moi vu que je suis une novice qui n’a l’habitude que des manifestations toulousaines tranquilles…Du coup je ne m’attendais pas à un tel déploiement des forces de l’ordre, à une telle répression et organisation…En arrivant sur place on a mis le mini van à l’abri et en sortant après nous être préparés comme on le pouvait on a vu les fourgons de CRS et les unités qui formaient des blocs un peu partout dans la ville. J’étais surprise d’en voir autant, mais étonnamment, une fois arrivés sur le lieu prétendu de la manif…On était environ 10 ou 15 à poiroter…Je me disait « tiens, un peu trop de CRS pour 10 personnes non ? »…On a fini donc par comprendre que nous n’étions pas au bon endroit et, en rejoignant la vrai manifestation…Il y avait du monde, de plus en plus au fil du temps.

Résistance dans les rues de Nantes :

Après une marche tranquille dans les rues, les CRS ont commencé à s’organiser, tout comme les zadistes qui ont improvisé des barricades de rue et s’apprêtaient à recevoir des lacrymos en pleine face. J’étais en première ligne, avec pour seule protection des lunettes de piscine et un foulard pour la montagne…Autant vous dire que quand les lacrymogènes ont commencé à pleuvoir dans un bruit de détonation, je ne m’attendais pas à un tel effet, une telle brûlure dans les yeux la gorge et les poumons…Tout mon visage me rappelait la chaleur infernale d’une putain de canicule. Au passage, je ne remercierais jamais assez les street medics…La prochaine fois je serais officiellement parmi vous, bien que cette fois-ci j’ai aussi fait du bon boulot en distribuant à tour de bras du sérum physiologique aux zadistes et aux civils coincés dans les fumées chlorées. J’ai continué en première ligne un petit moment mais j’ai dû me rendre à l’évidence : je n’étais pas équipée pour affronter ce qui me tombait dessus et du coup je restais tout de même dans les zones moins exposées aux fumées…Mais assez proche pour devoir esquiver les grenades, comme tous les autres…

Vous savez quoi ? Les lacrymos c’est une véritable merde. Désolée si mon langage vous choque mais ce genre de choses ne devraient pas exister…Surtout quand, au bout d’un moment, pour disperser les zadistes, les CRS ont commencé à balancer des lacrymogènes aux portes des commerces, des rues remplies de passants….ça partait vraiment en guerre civile disproportionnée, sans aucune retenue ni aucune pitié pour tous ces enfants et familles dont le seul crime était de traîner un samedi aprem dans les rues de la magnifique ville de Nantes.

Fin de la fête, nous rentrons à la ZAD.

Après un temps de fuite, de retranchements et d’esquive des flics, deux de nos collègues sont venus nous chercher moi et une amie là où nous étions. Nous avons rejoint Notre dame des landes dans la nuit et, une fois là-bas, on a eu quelques frayeurs et aussi de franches rigolades. Ce qu’il y a de bien avec ce genre d’expériences, c’est que ça resserre les liens, même entre inconnus et on apprend vraiment à connaître les gens qui sont à nos côtés. J’ai eu le plaisir de tomber sur une équipe de guerriers, des gens bien (sauf l’un d’entre eux, trop égoïste, mais bon, pas besoin d’en dire plus) toujours prêts à aider et à aller jusqu’au bout de leurs convictions. J’ai eu du cul en d’autres termes, parce que la personne qui est à tes côtés lors d’une « bataille », est celle qui a en sa main le choix entre être toujours là pour toi, ou te laisser dans ta merde…Et nous on était là les uns pour les autres, sans peur, sans se lâcher malgré des moments de stress…C’est beau putain, mais il faut le vivre pour comprendre !

Quoi qu’il en soit, en arrivant aux abords de la ZAD en pleine nuit, nous avons vite constaté que les CRS et la police avaient déjà barré des routes et se tenaient en place à certains endroits clés…Nous avons donc dû persévérer pour trouver une voie qui menait bel et bien au ZAD, et après quelques tentatives hasardeuses et échouées, nous avons atterri sur une route très boueuse que nous avons emprunté. Comme il y avait des barricades nous avons été forcés de nous garer à environ 1 km de l’entrée présumé vers une des zones de la ZAD.

Nous avons donc marché chargés comme des mules pour apporter notre soutien matériel sur place…Des vivres et beaucoup de matériel de soins surtout. Nous avons pris nos lampes et bravé les dangers d’une campagne française calme…Aux premiers abords ; remplie de barricades, de trous, de petits passages à bien repérer pour esquiver les obstacles…Mais en soit on n’était pas trop stressés jusqu’au moment où des faisceaux de lumière ont visé le champ à notre droite et un de mes camarades s’est mis à crier, pensant qu’il s’agissait de zadistes « EH POTO ! on est là ! on est arrivés ! ». Le prenant par le bras je lui ai gentiment rappelé que ce n’était pas possible que n’importe quelle résistance au monde se foute à faire des signes lumineux partout dans la campagne à l’approche de voix…Comprenant la situation et voyant qu’il s’agissait de forces armées, on a continué notre route dans le plus profond des silences et surtout dans le noir complet…Glissant partout, évitant à deux doigts des chutes et dans le stress de se faire coincer…

Chose qui est vite arrivé au bout du chemin, de nouveaux faisceaux de lumière éclairaient les zones non loin de notre position. Deux d’entre nous ont instinctivement sauté dans les buissons, et l’un d’eux a continué sa route à travers champ…Moi je suis restée immobile en sachant que même si on courait, on ne pouvait plus les esquiver, nous qui étions 5 à être restés sur le chemin. On a rapidement vu apparaitre un premier officier de l’ordre qui a commencé à nous dire de dégager tout en appelant des renforts à l’aide leur indiquant que des gens étaient sur la zone, …Avant de réfléchir et de se dire sans doute qu’il fallait peut-être arrêter de stresser et faire un contrôle d’identité. Nous, bien sûr, bah on commençait à se barrer, quand le CRS a changé d’avis pour nous intimer des « ARRETEZ-VOUS !! »…La confusion régnait en maître dans tous les camps, et nous nous sommes arrêtés chacun à l’emplacement où il se trouvait…J’étais au milieu, dans le noir, oubliée par les CRS. J’aurais facilement pu m’éclipser, mais pour aller où ? Si on embarquait mes camarades, je n’allais pas les laisser plonger seuls non plus…Bref, je suis restée et me suis de moi-même dirigée vers l’un des crs qui contrôlait l’identité de deux mes collègues. L’un d’entre eux qui n’avait pas ses papiers, a sorti une carte monopoly de son portefeuille, la carte « sortie de prison », c’était un grand moment parce que même le CRS a rigolé quand mon pote lui a demandé si il pouvait s’en servir ou pas.

Une fois relâchés, nous nous sommes concertés…On n’avait pas envie d’abandonner aussi facilement malgré le contrôle d’identité et nous avons de nouveau pris des risques pour trouver une nouvelle route : plus facile d’accès aux premiers abords mais qui en a fait baver le van…On a du donc se garer assez loin de l’entrée de la zone qu’on visait à atteindre…Toujours sans savoir ce qui nous attendait sur notre chemin. On a fait le chemin en grande partie dans le noir, n’utilisant les torches frontales que quand on tombait sur des barricades ou des petits pièges qui nous forçaient à dévier du chemin initial. En arrivant au bout, petit arrêt sur image…Je crois entendre des voix et on envoi l’un des nôtres en éclaireur. Au bout d’un moment il fait des signes avec sa lampe de loin, on comprend qu’on est enfin arrivés, ce sont les Zadistes, et cette fois-ci c’était pour de bon !

Welcome, ami zadiste, dans notre sanctuaire.

On est arrivés tellement tard qu’on n’y voyait quasiment rien après avoir dépassé les barricades qui faisaient office d’entrée à la zone de repos, plus loin, une structure accueillant des gens qui faisaient visiblement la fête. Ne connaissant personne et après tous ces hauts et ces bas, nous nous sommes mis à installer nos tentes et nos couchages en discutant, riant…Bref, en vivant un peu tous ensembles après toutes ces émotions. On s’est pris des réflexions au bout d’un moment par rapport au bruit…J’avoue que bien que je comprenne, ça casse un peu l’ambiance révolutionnaire, mais bon, on était venu aider alors…On a fait des efforts pour être un peu moins joyeux.

La nuit s’est bien déroulée, bien qu’on entendait un zadiste éternellement énervé, s’acharner sur certains autres, question de leur rappeler les règles, ce fut une nuit animée mais on rigolait bien quand même…Ah sacré Bernard ! Il a fini par se mettre tous les dormeurs à dos et par se faire expulser de la « sleeping zone » pour qu’il aille calmer ses nerfs ailleurs. Le reste de la nuit fut froide, le béton sous mon corps l’était encore plus…Vu que, comme j’étais venue « en touriste » sans connaissances ni trop de réflexion sur mes besoins, et bien je n’avais qu’un duvet taille enfant acheté la veille, pour ne pas mourir glacée…Et on était plusieurs dans la tente aussi, du coup ça aidait un peu…Sans plus.

Et la lacrymo fût lancée ! 

Le matin, ce sont les cris des zadistes qui ont fini de me réveiller, puisque dormir dans le froid avec des bruits partout dans un endroit nouveau, n’est pas facile pour tout le monde. Les cris en question prévenaient de l’arrivée des CRS alors qu’il n’était même pas 8 heures du matin. L’organisation sur place avait failli quelque part et les forces de l’ordre ont réussi à nous encercler. Notre réveil au gaz lacrymo et intervention musclée, n’était pas ce que j’attendais d’une journée tranquille, mais il faut reconnaître que ça vous booste une femme de bon matin le petit fumet de la révolution ! Je m’entendais prévenir les autres, leur lancer des ordres du genre « levez-vous ! les CRS arrivent ! Aller ! ». Ils étaient déjà tout autour de la zone, dans les champs attenants à la sleeping zone, à l’entrée (donc vers l’emplacement des barricades) sud…Bref, nous nous sommes éloignés des principaux axes attaqués et avons essayé de nous concerter. Comme je suis d’un naturel plutôt pacifique, je m’étais dit qu’il serait peut-être bon de tout simplement demander aux gendarmes si on pouvait sortir…Et je suis vraiment allée leur demander ! « Bonjour monsieur, pouvons-nous sortir ? » Sa réponse claire : « Personne ne sort »…Je l’ai regardé dans les yeux, lui ai souri et souhaité une bonne journée en lui tournant le dos.

Le but premier du groupe : sortir de la zone de rétention coûte que coûte et rejoindre notre véhicule et rappelons-le : seul moyen de transport dans une zone encerclée de CRS étendue sur plusieurs kilomètres et seul moyen de rentrer chez nous à dix heures de route de là. Le propriétaire du véhicule voulait y aller et bien sûr j’ai fini par dire que je prenais le risque et que je partais avec lui, suite à quoi un troisième nous a rejoint.

Une épopée inattendue :

A trois nous avons cherché une sortie non surveillée, ou beaucoup moins que d’autres…Elle impliquait d’emblée de faire un gros détour, ce que nous avons fait, marchant discrètement hors des sentiers battus, dans des pans de forêt où on apercevait des CRS à chaque bout de chemin…Mais on arrivait quand même à trouver de nouveaux passages praticables et à contourner les barrages sans se faire repérer. Un hélicoptère était présent au-dessus de Notre dame des landes et on évitait au maximum de rester à découvert, malgré notre manque visible de connaissances et coordination. Un vrai film de guerre mais avec moins de tirs à balles réelles, bien qu’on en ait entendu, de loin qui ressemblaient davantage à des tirs de sommation.

Après avoir marché pendant un petit moment, contournant le camp où on se trouvait, on est arrivés à des barricades où se trouvaient d’autres petits groupes éparpillés de zadistes…Deux de ces zadistes, vêtus en militaires, nous ont suivi dans notre périple et on a repris la route ensembles…A travers champs, à marcher dans la gadoue et les marais boueux et puants qui m’étaient inconnus jusque-là…Mes pieds baignaient dans les eaux stagnantes qui se trouvaient au fond de mes bottes, et de la boue…On en a tous eu jusqu’à mi- mollet à peu près.

5 heures d’une marche éprouvante ont été nécessaires pour contourner les dispositifs et tenter de rejoindre la ZAD avec d’autres groupes, en espérant pouvoir retourner tôt ou tard sur nos pas et venir en aide à nos camarades restés prisonniers dans la nouvellement dénommée « sleeping zone ». Je me suis pris la tête avec une des personnes de notre groupe, il me semble important de préciser pourquoi : j’étais sur place pour documenter la réalité vécue par les zadistes, ce qu’ils visent à protéger puis…On entend toujours dire que les seuls médias présents lors des manifs etc, ceux qui sont donc relayés sont ceux appartenant à Macron…Mais c’est normal puisque quand d’autres tentent on leur reproche de prendre des photos, car c’est un « danger »…Dans ce cas-là n’espérez pas démentir les informations du gouvernement…Il faut changer la logique d’approche et autoriser au moins ceux qui vous soutiennent à relayer une vérité trop cachée par les autres médias ! Cela dit ce heurt bien houleux avec la dite personne, m’aura permis de faire comprendre à ceux qui nous entendaient, que j’étais là-bas pour aider avec ce que je savais faire, et garder en mémoire des événements comme ceux-ci, dans la mémoire collective, me parait indispensable à la survie du mouvement et en plus c’est justement dans mes cordes !

Je dois noter quelque chose d’une importance capitale…Lors de cet événement j’ai croisé énormément de retraités, personnes de tous bords prêts à faire des heures de marche dans des conditions exécrables et de risquer leur santé pour une cause juste…J’ai vu aussi énormément d’entraide, de gens qui proposaient de l’eau et de la nourriture à ceux qui les entouraient, spontanément lors de moments de courtes pauses ou qui tendaient gaiement leur main pour écarter les ronces ou les barbelés, pour faciliter le passage aux autres…J’ai aussi eu la chance d’être toujours le point intermédiaire d’un groupe : ne jamais laisser personne derrière soit, quitte à perdre les autres de vue et de devoir courir un peu plus après pour les rattraper. La vrai solidarité se manifeste dans les moments durs et ça…C’est beau putain.

Une fois arrivés officiellement à la ZAD, ayant évité avec grâce tous les obstacles du chemin et surtout ayant rejoint et quitté certains groupes sur le passage, nous nous sommes posés à même le sol pour un bien mérité repos du guerrier. Nous sommes partis rapidement constater la situation aux barrages défendus par des zadistes acharnés, qui ont repoussé les attaques des CRS de nombreuses fois….En arrivant sur place, nos camarades révolutionnaires parlaient aux gendarmes, dont certains qui avaient l’air de se demander si ils étaient censés rester là et opprimer ces gens…Mais je ne peux pas vraiment savoir si c’était ça ou si ils étaient eux-mêmes à bout.

Notre pause fut de courte durée, nous nous sommes arrêtés à la cantine vegane de la Zone pour manger un dernier couscous au prix libre, à l’air libre, avec d’autres zadistes crevés mais heureux. Puis nous avons pris à nouveau la route, les mêmes champs boueux, avant de rejoindre une grande route. On a eu de la chance parce qu’on avait 10 km de marche à faire pour rejoindre le mini van…Mais on est tombés sur un camarade qui nous a amenés de bon cœur au plus près en voiture, passant devant les dispositifs policiers encore présents partout dans les villages entourant Notre dame des landes.

Entre temps, la zone où étaient retenus nos amis, a été débloquée et ils ont pu nous rejoindre plus facilement. Nous avons fait la route d’un coup, sans véritables pauses mais…quoi qu’il en soit, je me suis sentie différente en rentrant chez moi, je ne suis plus disposée à encaisser sans broncher.

En tout cas et pour finir…Si une chose est sûre en ce moment, c’est que la révolution est en marche !

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