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Bénévole au dispensaire autogéré d'Elliniko à Athènes - Bruxelles, Paris, Athènes
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Billet de blog 2 déc. 2014

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À Athènes, un dispensaire social offre une alternative à la crise: "Tant de souffrance humaine est-elle justifiée?"

En août 2011, Mikis Theodorakis, compositeur, ancien militant et résistant de gauche, donnait un concert contre la vente de l’ancien aéroport d’Elliniko (aéroport international d'Athènes). Ce soir-là, lorsqu’il a vu Giorgos, cardiologue et futur fondateur du dispensaire, il lui aurait dit : « Giorgos, il faut que vous, les médecins, vous fassiez quelque chose pour que personne ne reste sans soins et sans médicaments».

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En août 2011, Mikis Theodorakis, compositeur, ancien militant et résistant de gauche, donnait un concert contre la vente de l’ancien aéroport d’Elliniko (aéroport international d'Athènes). Ce soir-là, lorsqu’il a vu Giorgos, cardiologue et futur fondateur du dispensaire, il lui aurait dit : « Giorgos, il faut que vous, les médecins, vous fassiez quelque chose pour que personne ne reste sans soins et sans médicaments». En quelques mois, le dispensaire est créé pour répondre à une demande sociale toujours croissante.La première équipe rassemble des médecins appartenant à une troupe de théâtre : chaque année, sur une île, ils jouent des contes pour enfants et soignent gratuitement les habitants qui viennent assister aux représentations. La deuxième équipe de bénévoles est composée de personnes impliquées dans un rassemblement citoyen initié par Mikis Theodorakis, L’Etincelle. Aujourd’hui, plus de 250 personnes viennent participer aux différentes équipes du secrétariat, des médecins, de la communication, de l'insertion des chômeurs.

Dès le début, le dispensaire se construit autour de trois principes : ne recevoir d’argent de personne, refuser toute incursion ou récupération politique, ne diffuser le nom d’aucun donateur. Les locaux ainsi que les frais de fonctionnement sont assurés par la municipalité d’Elliniko-Argyroupolis. Les médicaments, le matériel médical proviennent exclusivement de dons. Avec la crise, plus de trois millions de Grecs sont désormais exclus du système de protection sociale. Chômeurs, indigents, travailleurs précaires, immigrés, ces hommes et ces femmes n’ont plus les moyens de payer eux-mêmes leurs médicaments ou leurs consultations médicales.

Abandonnés par l’État, ils viennent chercher de l’aide dans des structures alternatives comme celles du dispensaire. Mais au-delà de l’aide concrète que ces hommes et femmes apportent quotidiennement à leurs concitoyens, l’action du dispensaire a une autre portée. Elle souligne l’importance d’inventer, de créer et de résister pour continuer à garder espoir et questionne le rapport à la collectivité. La mission d'information est également au cœur du projet du dispensaire. Témoins critiques d'une situation dramatique, les bénévoles recensent, à travers des communiqués d'informations, les épreuves que vivent les patients, les mesures et l'actualité des changements qui affectent le système national de santé. Le dernier en date du 28/11/2014 pose la question peut-être pathétique mais pourtant intéressante: "Tant de souffrance humaine peut-elle se justifier?"

Le voici:

"Lorsqu'ils entendent parler de la Troïka et des prêteurs, une grande majorité des Grecs pense qu'il s'agit d'acteurs impersonnels, qui prennent des mesures, retiennent de l'argent puis nous laissent, nous citoyens, à notre tranquillité, relative, quotidienne. Les faits sont plus complexes.

Dans le rapport introductif intitulé "Rapport et bilan de 2013" publié en octobre 2014 par le Parlement grec (que l'on peut trouver en ligne à l'adresse suivante: http://www.hellenicparliament.gr/UserFiles/c8827c35-4399-4fbb-8ea6-aebdc768f4f7/9069222.pdf ), il est mentionné à la page 30 que la Grèce aura versé pour 2013, 69.4 milliards d'euros à ses prêteurs. Pour atteindre ce montant, depuis 2008, l'État grec a non seulement augmenté les impôts mais également fait des coupes très importantes dans certains postes du budget national et notamment dans le secteur de l'Education et de la Santé.

Nous présentons donc les coupes budgétaires successives qui ont été faites dans ces deux secteurs afin de comprendre si les sacrifices demandés aux citoyens - qui se comptent parfois en vies humaines - peuvent se justifier.

Santé

Le budget total du système national de santé était de 12.03 milliards en 2012 et de 16.11 milliards d'euros en 2009. Il y a donc une réduction de 25.3% en trois ans et nous parlons d'une économie totale de 4.08 milliards sur trois ans.

À titre indicatif, nous pouvons dire que les réductions se poursuivent encore aujourd'hui. Les dépenses des hôpitaux publics ont diminuées de 2.653 milliards d'euros en 2012 pour atteindre 2.351 milliards d'euros en 2013 et il est prévisible qu'elles devraient atteindre les 2.253 milliards d'euros en 2014. Nous parlons donc d'une diminution de 15% ou de 400 millions d'euros sur une période de deux ans seulement.

De nouvelles réductions ont été annoncées au budget de 2015: diminution de 23% pour les hôpitaux publics et diminution de 17% pour la subvention accordée par l'État à l'EOPYY ("Réseau national de soins de premier degré"). L'année 2015 s'annonce donc encore plus difficile.

Éducation

Le budget de l'Éducation a été réduit de 6.891 milliards d'euros en 2009 pour atteindre 4.592 milliards d'euros en 2013, ce qui représente une diminution de 2.3 milliards d'euros en quatre ans et de 33%.

Il se trouve que la coupe budgétaire qui s'élève à 6.3 milliards d'euros pour le Système national de Santé et de l'Éducation est non seulement inférieure à 10% de la dette que les Grecs ont payé seulement en 2013 mais également bien inférieur à l'ensemble de la dette qui a été remboursée entre 2009 et 2013.

Pour l'Éducation, nous ne pouvons pas nous prononcer, car il ne s'agit pas de notre domaine de compétence. En ce qui concerne la santé, il est certain que les politiques de Mémorandums ont réussi à démanteler le service de santé publique, peut-être maladif mais existant, à envoyer de brillants chercheurs à l'étranger et à retirer aux citoyens grecs tout espoir de sortir de cette situation. En peu de mots, ces politiques, en dehors des conséquences tragiques que nous vivons au jour le jour, sacrifient, sur le long terme, l'avenir de notre jeunesse.

Et tout cela pour 6.3 milliards d'euros... au moment où la Grèce établit les budgets les plus restrictifs, elle a emprunté 88 milliards d'euros pour assurer le refinancement des banques. En résumé, la Grèce emprunte pour payer ses prêteurs ainsi que pour refinancer les banques (qui, pendant les années prospères, ne partageaient pas avec le simple citoyen leurs gains) et fait des coupes dans des secteurs essentiels qui garantissent à la grande majorité des citoyens, par ailleurs appauvris par la crise, des droits fondamentaux.

Ces coupes budgétaires aux conséquences tragiques étaient-elles justifiées?

Était-il justifié que les citoyens grecs aillent à l'hôpital et se fassent renvoyer à la porte car ils ne sont pas assurés? Était-il justifié que les assurés ne puissent trouver de médecins dans les

Réseaux nationaux de soins de premier degré et soient obligés de payer de leur poche 60% du coût de certains médicaments bien qu'ils soient, parfois, indigents?

Est-il justifié que les personnes handicapées voient leur pension annulée et, avec elle, leur dignité? Est-il justifié que les patients cancéreux non assurés demeurent sans traitement pendant six mois et soient obligés de chercher un à un leurs médicaments?

Est-il justifié de pleurer les morts, aux quatre coins de notre pays, seulement pour que 10% de la dette d'une année soit remboursée par des coupures budgétaires?

Tant de souffrance humaine est-elle finalement justifiée?"

Sources:

Le communiqué de presse en grec et sur le site du dispensaire social d'Elliniko: http://www.mkiellinikou.org/blog/2014/11/28/ponos/

Autorité grecque des Statistiques - "Dépenses de santé - comptes de la santé 2009-2012", Mars 2014 (dernières estimations): http://www.statistics.gr/portal/page/portal/ESYE/BUCKET/A2103/PressReleases/A2103_SHE35_DT_AN_00_2012_01_F_GR.pdf

Budget de l'Etat 2013, page 115: http://www.minfin.gr/content-api/f/binaryChannel/minfin/datastore/23/78/55/23785536b0ff793c788edcb81129a634e74727d7/application/pdf/%CE%95%CE%B9%CF%83%CE%B7%CE%B3%CE%B7%CF%84%CE%B9%CE%BA%CE%AE+%CE%88%CE%BA%CE%B8%CE%B5%CF%83%CE%B7+2013.pdf

Article, "Le budget 2014 enterre le système de santé publique": http://www.ygeionomikoi.gr/menu-arthra/menu-arth-ygeia/3245-o-proypologismos-tou-2014-tafoplaka-gia-to-dhmosio-systhma-ygeias

Etudes des dépenses du Ministère de l'Education (traitement des données Kotsifakis Th. SG, Fédération Grecque des Professeurs du Secondaire): http://www.alfavita.gr/sites/default/files/attachments/proypologismos.pdf

Article "Nouveau coup de hache sur la santé par le budget de 2015": http://www.capital.gr/News.asp?id=2164337

Article "Apprenez quel argent nous avons donné aux banques": http://www.capital.gr/Articles.asp?id=1956778&pg=2

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