Florilège des réactions à la crise grecque

Depuis l'annonce du référendum du 5 juillet et les Eurogroupes répétés des derniers jours, les réactions des observateurs, journalistes ou personnalités politiques, sont nombreuses et bien souvent amusantes pour qui sait prendre un peu de recul (bien que désolantes en ce qui concerne la qualité de l'information). Presse écrite, débat au Parlement européen: retour sur l'instrumentalisation d'une crise et le déferlement de mépris, parfois violent, qui représente la menace la plus inquiétante pour l'avenir démocratique de l'Europe, et bien plus que celle prétendument incarnée par A. Tsipras pour certains commentateurs.

Le débat en plénière du Parlement européen à Strasbourg: une accumulation de fausses vérités simplistes

Manfred Weber, représentant du Parti Populaire Européen, s'est adressé à Alexis Tsipras en ces termes: "Vous engagez la provocation, nous engageons le compromis. Vous cherchez l'échec, nous sommes à la recherche de la réussite. Vous n'aimez pas l'Europe, nous aimons l'Europe."

Le monde en noir et blanc ou la finesse d'analyse de M. Weber. Comment avancer que Tsipras n'aime pas l'Europe alors qu'il n'a cessé d'affirmer que la Grèce appartient à la famille européenne? Comment avancer qu'il ne recherche que l'échec alors qu'il n'a cessé d'avancer une volonté de parvenir à un compromis? Quand les conditions d'un dialogue de sourd sont réunies...

Esteban Gonzalez Pons, membre du PPE: "L'Espagne a dû prêter les six milliards d'euros qu'elle n'avait pas; elle a dû emprunter 21 milliards de plus sous forme de garanties. Si vous ne payez pas ce que vous devez, il faudra quand même payer les travailleurs espagnols. Est-ce que vous pensez que c'est juste d'après ce que vous avez dit en termes de solidarité européenne? Est-ce que ça vous semble normal que les opinions publiques considèrent que c'est injuste que les travailleurs paient pour vos erreurs et les erreurs des responsables politiques grecs?"

Faire de la morale et monter les "honnêtes" travailleurs les uns contre les autres pour pointer du doigt le mauvais élève de l'UE.


Guy Verhofstadt, député du groupe libéral, a, pour sa part, avancé: "Depuis cinq ans, nous avons avancé en état de somnambulisme vers un Grexit avec l'aide et le soutien de l'extrême droite".

Mais de quelle extrême droite parle-t-on? S'agit-il d'Aube dorée? Ou bien du parti des Grecs indépendants, parti de droite, mais qui, en aucun cas, ne peut être qualifié d'extrême droite?

Nigel Farage, leader du parti UKIP pour l'indépendance du Royaume-Uni, analyse la situation en termes de différences culturelles indépassables: "Ce que nous constatons dans cette chambre ce matin et dans le reste de l'Europe est une différence culturelle indépassable entre la Grèce et l'Allemagne, une division entre le Nord et le Sud de l'Europe."

Son pari réussi: utiliser la Grèce pour montrer les impasses et les difficultés du projet européen et renforcer les sentiments antieuropéens en opposant une Europe du Nord à une Europe du Sud.

 

Les Grecs, ce peuple qui se croit différent et qui empoisonne la zone euro

Dans un article "Grèce, une hystérie française" daté du 8 juillet 2015, Arnaud Leparmentier reconnaît l'erreur de son tweet lié au référendum "Le plus drôle, c'est que les grecs vont virer Tsipras en votant oui à l'europe", tout en pointant du doigt une autre erreur: "[...] Nul ne pensait qu'un petit pays pesant 2% de la richesse de la zone euro allait gangrener toute l'union monétaire". Et les Grecs continuent d'être un poids, parce qu'ils se pensent supérieurs de par leur histoire: "Car curieusement, nul ne s'est ému du destin des Baltes ou des Irlandais - sans histoire - ni vraiment des souffrances espagnoles et portugaises, grands peuples qui conquirent le monde".

Il y aurait donc des peuples sans histoire, des grands peuples et des petits peuples. Comment accepter de tels arguments essentialistes? Quel avenir pour une Europe qui comparerait les souffrances de ses peuples pour les minimiser?

 

Prédiction alarmiste incompréhensible

Citée à plusieurs reprises, l'intervention d'Alain Minc sur BFMTV le 2 juillet dernier en fera rire plus d'un:

"Si les Grecs votent non et sortent de l'Euro, et donc inventent une monnaie hyper-dévaluée, l'État grec, enfin ce qui tient lieu d'État parce que c'est déjà un État un peu faiblard, va s'effondrer. Alors on va avoir une espèce de Libye de religion chrétienne orthodoxe, à un endroit qui est un endroit stratégique."

La Grèce, un endroit stratégique, aux portes des Balkans qui s'agitent dangereusement dernièrement? C'est bien le seul point qu'on ait compris !

 

L'infantilisation de la Grèce

Anne Bauer, correspondante de la Grèce à Bruxelles, n'hésite pas à qualifier la Grèce de "plus mauvais élève de la zone euro, celui qui triche et ne réforme pas suffisamment".

Il faut beaucoup d'arrogance pour dire au pays qui a subi les coupes budgétaires les plus brutales de la zone euro qu'il ne se "réforme pas assez vite". Cette infantilisation fait d'ailleurs écho au souhait de Mme Lagarde de pouvoir dialoguer avec des "adultes"...

 

Tsipras: "ce bouffon magnifique"

Consternation devant l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert dans le Point du 2 juillet sur la "France neuneu":

"Habités par un antiaméricanisme frénétique, les nouveaux neuneus vivent dans un monde irréel et fantasmatique. C'est cette cécité pathologique qui amena leurs ancêtres à tomber dans les panneaux du XXème siècle, du stalinisme au maoïsme. Leurs successeurs font certes moins de mal, qui se contentent de se ventrouiller dans le poutinisme ou dans le culte d'Alexis Tsipras, ce bouffon magnifique, héros du FNPA (contraction du Front national et du Nouveau Parti anticapitaliste)".

 

Syriza: une menace pour l'Europe

Dominique Moïsi, Conseiller spécial à l'IFRI, interviewé pour les Echos le 7 juillet dernier faisait la déclaration douteuse: "L'Europe se trouve aujourd'hui face à trois menaces: le djihadisme, le poutinisme et le populisme. D'un côté de la Méditerranée, il y a Dieu dans ce qu'il y a de plus intolérant, de plus dur, et, de notre côté, un retour d'un marxisme qui ne se cache plus du tout. Les idéologies sont de retour dans ce qu'elles ont de plus classiques."

Faire le parallèle entre Syriza et l'islam radical est honteux. Et puis, Alexis Tsipras, un marxiste forcené? Et si on mettait ces commentateurs face à un marxiste pur et dur et non face à un keynésien, que diraient-ils?


La désinformation est décidément un mal répandu et dangereux qui risque de nuire davantage à Tsipras ainsi qu'à son projet politique après les applaudissements de l'extrême droite et des adversaires de la construction européenne au Parlement européen. Car comme le rappelait Eva Joly hier, quand les partisans de la ligne dure contre la Grèce comprendront-ils que "la véritable menace ce n'est pas M. Tsipras mais l'extrême droite qui se délecte de voir l'Europe affaiblie"?

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