Marie-Jean Sauret
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Billet de blog 10 nov. 2016

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Europexit

L'Europe impose un gouvernement par traités contre lesquels il sera pratiquement impossible de revenir en arrière : cet ordolibéralisme démontre à la fois le poids des politiques au service du néolibéralisme et le détissage systématique de la démocratie. Une solution minimale : l'Europexit. Que l'Europe sorte d'elle-même.

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EUROPEXIT

Les évènements politiques de ces derniers temps ne sont pas forcément réjouissants : ils permettent au moins de mieux percevoir le fonctionnement de nos institutions (allusion au vote du parlement Wallon… et pas encore à la victoire électorale de Donald Trump). Le premier constat est la constitutionnalisation des traités qui sont signés en notre nom : l’épisode du référendum sur la constitution européenne – dont le rejet a été contourné par un traité en reprenant les termes et avalisé par nos élus – n’est pas une exception. Ce tissu de traités participent d’un « ordolibéralisme », soit de la mobilisation des politiques de tout bord pour construire, grâce à un appareil juridique sophistiqué, l’Europe néolibérale de la finance, sans possibilité aucune, pour les peuples, de s’opposer et encore moins de revenir en arrière. La démocratie est devenue moins que formelle, une illusion. Cet « ordolibéralisme » est le faits d’agents : bien sûr, les grands capitalistes et industriels, mais également les politiques de tout bord convertis au (social) libéralisme, les grands commis de l’Etat, et tous ceux qui profitent du mouvement parce qu’ils sont nécessaires à son entretien.

Dans ces conditions, il n’y a aucune chance, jamais, que l’on puise dans le capital pour renflouer les caisses publiques, que l’on renforce la solidarité aux plans de la santé, de la retraite, et même du travail. Europe sociale est devenue synonyme de sa négation : réduire le coût du social partout où il existe jusqu’à le ramener à rien, exactement comme Nicolas Sarkozy a réussi à faire dire au beau mot « tolérance » exactement son contraire : « tolérance zéro ». Dans ces conditions, encore, on voit mieux ce qui s’est joué avec la Grèce : la France qui a vendu des Mirages et prêté l’argent pour les payer s’est faite la fausse amie d’un gouvernement dont elle a contribué à constituer la dette sur laquelle elle a spéculé. Et le système européen est conçu pour que ce soit les peuples qui remboursent les dettes contractées par les industriels et les banques : privatisation des bénéfices, socialisation des pertes – tel est le nouveau sens de « solidarité » et de « socialisme ». L’étonnant est de voir avec quelle désinvolture, pour ne pas dire cynisme, tel candidat ose répéter que l’harmonisation des retraites, alignées sur les plus basses, bien sûr, est une affaire de justice (!), tout en promettant la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes. Les salaires des patrons, les gains des actionnaires, les parachutes dorés, etc., eux, ne sont pas injustes. La dernière nouvelle en date n’est pas mal non plus : il y a une injustice entre les (petits) propriétaires qui ont payé leur crédit et les locataires – les premiers ne supportant plus le poids d’un loyer, on va donc les taxer !

Finalement, les élections sont l’occasion pour des professionnels de la politique au service du néo-libéralisme (à quelques exceptions) de candidater à des fonctions lucratives au service d’un système qui le leur rendra bien : il n’y a qu’à voir comment le fait d’avoir organisé l’évasion fiscale au profit de son petit pays n’empêche pas de devenir président de la commission européenne, comment le fait d’avoir été commissaire européen, membre du groupe qui a négocié avec la Grèce, n’empêche pas d’aller travailler dans les banques responsables de la crise de 2009 ou parties prenantes dans la crise grecque ! Non, le capitalisme qui règne sur l’Europe n’est ni moral, ni démocratique. Le chef de l’Etat se réjouit de la baisse de la courbe (du calcul) alors même que le nombre des chômeurs est à un niveau jamais atteint. On nous fait espérer des améliorations dans la lutte contre le réchauffement climatique, en faveur de la biodiversité, à l’échelle de 50 ans : mais combien de morts de faim, de soif, de maladie, de guerre, d’ici-là, et combien de pauvres en plus ?

L’Europe est plus tolérante avec la Turquie d’Erdogan qu’avec les Kurdes qu’il massacre, avec Israël qu’avec le peuple palestinien, avec les émirats du Golfe qu’avec leurs esclaves, leurs salariés, les yéménites… et qu’avec le premier Syriza, Podemos, etc. Certains de ses responsables ont affirmé, à plusieurs reprises, que la démocratie ne peut aller contre ses décisions. Embêtée quand même, elle a donc besoin d’une démocratie de façade : le vote des Wallons au parlement Belge le rappelle, comme le fait que le CETA signé sera ratifié (n’en doutons pas) par les parlements européens.

La crise des valeurs que la seule valorisation de la rentabilité économique entraîne explique la crise identitaire. Un tel peut à la fois rappeler les racines chrétiennes de l’Europe et nos ancêtres les Gaulois ou Francs qui n’étaient pas spécialement chrétiens, dans l’oubli des peuples qui ont « déferlé », oui, sur cette partie du monde : Phébiciens, Celtes, Normands, Francs, Ostrogoth, Wizigoth, Goth, Arabes, avant les immigrés du XIXème siècle puis ceux du XXème. Il est clair que nous sommes nettement moins chrétiens pour les actuels : si le Christ était parmi eux (« J’étais étranger et vous m’avez accueilli »), il est peu probable que les « siens » le reconnaissent ! L’Europe exploite cette crise d’identité et profite de la pente de chacun à s’en remettre à un autre – soumission volontaire – qui le soulagerait de la construction d’une réponse singulière à la question de ce qu’il est, comme s’il était possible de constituer un peuple de semblables (serfs) à l’instar d’un parc automobile qui ne comporterait que des Mercédès (domination de l’Allemagne oblige) ! C’est pourquoi notre « oligarchie » peut compter sur le soutien d’une partie de la population.

C’est cette conception de l’Europe et ses effets délétères qui devraient être mis en avant, détaillés, lors des élections. Dans ce contexte, essayer de sauver son groupe à l’assemblée nationale parait dérisoire. Il vaudrait mieux lancer toutes ses forces dans la mise en commun des expériences de solidarité, d’alternatives économiques, d’une autre vie – qui fleurissent ici ou là. Oui, mobilisons-nous derrière un candidat qui, au-delà des Grexit ou Brexit – viserait un « exit » généralisé, un « générexit » de cette Europe-là. Ou, mieux nommé, un EUROPEXIT, une Europe qui sortirait d’elle-même. Pour se retrouver autre : à repenser tout-de-suite. A dire vrai, nous sentons bien qu’il ne suffira pas de sortir de cette Europe, mais de sortir du néolibéralisme lui-même à l’échelle de la planète. Si tout le monde en souffre (oligarchie mise à part), il y a encore suffisamment de forces qui semblent lui résister : il n’est donc pas trop tard.

Novembre 2016

Marie-Jean Sauret

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