LES MOTS DE TSIPRAS, CE SOIR 3 JUILLET, POUR LE NON - LA FOULE CHANTE

Ce soir, à Athènes, se tenaient deux rassemblements: l'un pour le OUI, au stade Kallimarmaro, rassemblant quelque dix mille personnes, peut-être vingt mille. L'autre, place Syntagma, une foule immense, magnifique. Voici, traduites en français, les  paroles de Tsipras, qui ont été suivies d'un feu d'artifice de musique, de chants, d'espoir.

Alexis Tsipras, Syntagma, 3 juillet 2015, pour le NON

"Peuple grec aujourd’hui, nous ne protestons pas, aujourd’hui, nous faisons la fête, aujourd’hui la démocratie est en fête, la démocratie est fête, la démocratie est joie, la démocratie est salut, la démocratie est sortie de l’impasse et aujourd’hui nous fêtons la victoire de la démocratie ! Quel que soit le jour qui se lèvera lundi, nous sommes d’ores et déjà les vainqueurs ! La Grèce a adressé un message de dignité, elle a adressé un message de fierté

(la foule scande : OXI OXI OXI)

Personne ne peut ignorer cette ferveur, personne ne peut ignorer cette flamme de vie, cette flamme pour l’espoir, cette flamme pour l’optimisme… Aujourd’hui nous faisons la fête pour notre courage et notre détermination à prendre nos destins en mains, à donner la parole au peuple grec

(OXI, OXI, OXI…)

Aujourd’hui nous faisons la fête et nous chantons pour vaincre la peur, pour vaincre les chantages. L’Europe que nous avons connue, l’Europe de ses valeurs fondatrices n’a rien à voir avec les chantages et les ultimatums et aujourd’hui, à l’heure où je vous parle, l’Europe tout entière a les yeux tournés vers vous, vers le peuple grec, vers les 3 millions de pauvres, le million et demi de chômeurs

(OXI, OXI, OXI).

Aujourd’hui, la planète entière a le regard tourné vers la place Syntagma et les petites et grandes places de notre pays. A l’endroit même où la démocratie est née, nous donnons une nouvelle chance à la démocratie de revenir, de revenir en Europe, parce que nous voulons que l’Europe revienne à ses valeurs fondatrices, qu’elle a mises de côté depuis tant d’années pour appliquer des programmes d’austérité sans issue, imposant à ses peuples des choix contre leur volonté. Citoyens d’Athènes, peuple grec, nous donnons dimanche, tous ensemble, un message de dignité à l’Europe et au monde. Nous envoyons à nouveau un message d’espoir aux peuples parce que dimanche, nous ne décidons pas seulement de rester dans l’Europe, mais nous décidons de vivre dignement en Europe, de travailler et d’avancer en Europe, d’être égaux face aux égaux au sein de l’Europe !

(OXI OXI OXI)

Et croyez-moi, nul n’a le droit de menacer de couper la Grèce de son espace géographique naturel, nul n’a le droit de menacer de diviser l’Europe ! La Grèce, notre patrie, est, était et restera le berceau de la civilisation européenne. C’est ici, selon la mythologie, que Zeus a enlevé Europe, c’est ici que les technocrates de l’austérité veulent enlever à nouveau la démocratie ! Eh non ! Nous leur dirons NON dimanche ! Nous ne laisserons pas l’Europe aux mains de ceux qui veulent l’enlever à sa tradition démocratique, de ses acquis démocratiques, de ses valeurs fondatrices, de la démocratie, de la solidarité et du respect mutuel. Citoyens d’Athènes, hommes et femmes de tous âges qui vous retrouvez aujourd’hui ici, inondant la place Syntagma, inondant les rues d’Athènes et des autres grandes villes, ignorant ainsi le crescendo de la terreur des derniers jours, citoyens d’Athènes, le peuple grec a prouvé à maintes reprises au cours de son histoire qu’il sait renvoyer les ultimatums, les ultimatums, parfois, sont renvoyés à leur expéditeur ! Les pages les plus brillantes de l’histoire de ce lieu, les pages les plus brillantes de l’histoire de ce peuple étaient des pages de bravoure et de vertu. Je vous appelle donc à réécrire ensemble des instants historiques d’élévation et de liberté. Je vous appelle, dimanche, à dire encore un grand et fier OXI aux ultimatums, à tourner le dos à ceux qui vous terrorisent à longueur de journée. Et lundi, quel que soit le résultat du processus démocratique, du verdict populaire que d’aucuns craignaient et qu’ils ne voulaient pas voir survenir, qu’ils voulaient empêcher, quel que soit le résultat, disons un NON absolu à la division, quoi que nous décidions dimanche, lundi, Grecques et Grecs, nous n’avons absolument rien qui nous sépare, nous nous battrons ensemble pour reconstruire une Grèce meilleure que celle qu’ont créée cinq ans de ravages. Je vous appelle enfin à mettre de côté les sirènes hurlantes de la terreur, à décider avec votre esprit et votre cœur, à décider avec calme et détermination, à décider pour une Grèce fière dans une Europe démocratique, pour un peuple, un petit peuple, qui se bat sans épées ni munitions, mais qui se bat, cependant, avec en mains la plus forte des armes de toutes les armes du monde : la raison ! Nous avons la raison avec nous, nous avons raison, nous vaincrons ! Nul ne peut le cacher, nul ne peut dissimuler que nous avons la raison avec nous. La liberté, citoyens d’Athènes, peuple grec, la liberté exige bravoure et vertu. Nous, vous, tous ensemble, nous avons bravoure et vertu ! Nous sommes libres ! Nous respirons un air de liberté ! Quoi qu’il advienne, nous sommes vainqueurs, nous serons les vainqueurs ! La Grèce a vaincu ! la démocratie a vaincu ! Les Salut à vous ! Courage ! Avec fierté, avec dignité, le NON va écrire l’histoire ! Notre peuple avancera ! Notre pays dans l’Europe de la démocratie et de la solidarité ! Salut à vous !"

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