Maria Denaxa, journaliste grecque basée à Paris, sur l'état d'urgence

Voici un billet "à chaud" de Maria Denaxa (elle l'a fait circuler sur les réseaux sociaux), que j'ai voulu partager avec mes amis non hellénophones..Maria Denaxa est journaliste, correspondante de la chaîne télé privée grecque "Mega" à Paris depuis des années.

Bulles françaises

de Maria Denaxa , journaliste grecque, correspondante de la chaîne privée MegaTV à Paris

Le mensonge, la manipulation et l’hypocrisie, je ne les supporte pas, ni en tant qu’être humain, ni en ma qualité de journaliste.

Depuis plusieurs jours, je suis et décris la tragédie des morts et des vivants qu’a laissée derrière lui le massacre terroriste à Paris.

Pour la seconde fois depuis janvier et les évènements de Charlie Hebdo, j’ai vu Hollande, politiquement agonisant, ressusciter et, de général, se muer en chef d’une imaginaire alliance sacrée et du porte-avions Charles de Gaulle.

Comme si les djihadistes allaient faire marche arrière, tandis qu’Obama et Poutine –des incapables- n’attendaient que le leader « charismatique » français pour se « rabibocher » sur la question de la Syrie, qui plus est en une semaine !

Laissez-moi rire (jaune)…

Dans ce climat de désorientation générale, outre l’image du belliqueux Hollande, la scène est agrémentée du « sentiment patriotique ».

Une exclusivité que n’exploitaient, jusqu’il y a peu, que la droite et l’extrême droite.

Ces derniers jours, l’Élysée incite ainsi les gens à mettre à leurs portes, à leurs fenêtres, à leurs balcons des drapeaux français en signe de deuil après la tragédie qui a frappé le pays, résultat de l’absurdité, des manœuvres et des décisions de ses  nains politiques aussi !

On demande donc aux gens, au cœur de leur deuil, d’applaudir – à travers un geste patriotique symbolique -  à toutes ces promesses politiques non tenues qui ont entraîné la France jusqu’au point actuel :

-          la guerre injustifiable en Libye

-          le « business sacré » avec le Qatar (1)* ou l’Arabie Saoudite (2)*, où là aussi on décapite, on lapide des innocents, on maltraite le peuple, on finance en secret l’État Islamique que la France combat, tout comme les rebelles Syriens qui ont infiltré l’État Islamique et sèment la mort, des armes françaises entre les mains…

-          depuis janvier, toutes les promesses du Premier Ministre Valls concernant la lutte contre le terrorisme sont restées lettre morte, alors même que les autorités françaises avaient eu connaissance –depuis août, peut-être plus tôt- que les djihadistes planifiaient une vaste attaque terroriste dans une salle de concert au cœur de Paris.

-          De plus, les autorités, au lieu de suivre ou surveiller tous les Français probables djihadistes listés par les services secrets, espionnaient les conversations téléphoniques de Sarkozy et des adversaires politiques de François Hollande !

Que dire donc maintenant…

- du nouveau record battu en octobre par le chômage en France ? Le pays compte désormais 3 598 000 personnes sans aucune source de revenu !

- de la nouvelle chute de la consommation de 0,7% par rapport au mois précédent ?

- des élections régionales de décembre qui constitueront une vraie promenade de santé pour l’extrême droite ?

- de l’échec des services secrets français, comme du marathon diplomatique de Hollande pour la formation d’une alliance internationale ?

- ou de l’abandon et du désintérêt de l’état, depuis des années maintenant, à l’encontre des banlieues où des enfants d’immigrés grandissent à la marge de la société française, trouvant refuge dans l’extrémisme et le terrorisme ?

Rien sur tout cela !

Ce qui « vend » mieux auprès de l’opinion publique, c’est le paroxysme de communication autour de la monumentale cérémonie mémorielle que certains même des parents de victimes du 13 novembre ont dédaignée pour les raisons invoquées plus haut.
Tout comme « vendent » bien mieux les fables patriotiques et François Hollande en « Dieu de la Guerre », qui ont augmenté sa cote de popularité de rien de moins que 17 points, au cœur d’une période d’intense mécontentement social et de remise en question de sa politique, et à la veille d’un affrontement électoral crucial.

 (1)* Le 17 novembre, quatre jours tout juste après les attentats, François Hollande a reçu au palais présidentiel français l’Émir du Qatar, avec lequel il avait signé en mai dernier un accord de vente de 24 rafale d’une valeur de 6,3 milliards d’euros. L’Élysée n’a pas souhaité faire de publicité autour de cette visite.

 (2)* L’Arabie Saoudite qui applique la Charia, tout comme l’État Islamique, a passé au printemps dernier des commandes d’une valeur de 50 milliards d’euros à la France. François Hollande s’est rendu à Riyad il y a quelques mois, et Manuel Valls le 15 octobre.

P.S. Les « corsets » du « journalistiquement correct » ne sont pas pour moi. Mercidevotrecompréhension...

@mdenaxa

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