Témoignage: un fonds de solidarité pour pouvoir vivre (en musique!!!)

Au fil d'un ... fil, l'idée a été lancée d'un fonds de solidarité qui permettrait (à moi ou à d'autres, rien de personnel, hein...) de se dégager un peu de la nécessité immédiate de pourvoir aux besoins vitaux pour pouvoir écrire, produire, créer quelque chose d’utile à toute la communauté

Au fil d'un ... fil, l'idée a été lancée d'un fonds de solidarité qui permettrait (à moi ou à d'autres, rien de personnel, hein...) de se dégager un peu de la nécessité immédiate de pourvoir aux besoins vitaux pour pouvoir écrire, produire, créer quelque chose d’utile à toute la communauté (en tout cas quelque chose que plusieurs membres de la communauté auront reconnu comme valant, en soi, d’exister, et donc d’être soutenu).

 

Je veux soumettre ici, pour débat et réflexion, une expérience personnelle.

Un de mes oncles, octogénaire (qu’il me pardonne, c’est dit !...), et qui n’en est pas à son premier « coup » solidaire (j’ai entendu dire qu’il veille à consacrer à la solidarité autant que ce qu’il consacre à ses loisirs) sensible à ce qui se passait en Grèce, et en Espagne, a été choqué, l'an dernier, d'apprendre nos nouvelles, à ma soeur et moi.  Il se trouve qu’une de mes sœurs vit depuis vingt ans à Barcelone, avec son mari (Sénégalais) et leur tout petit (mais grand !!!) garçon. Il travaille comme il peut, elle est au chômage depuis longtemps déjà. Barcelone, pas Byzance, quoi.

Bref, notre oncle trouvait révoltante l’idée que des gens proches de lui soient confrontés à de telles injustices et doivent vivre dans la misère.

 A l’époque, je venais de recommencer les cours de piano (j’en joue depuis quarante douze ans environ), et je désirais vraiment très fort pouvoir offrir la possibilité à mes enfants (respectivement 14 et 9 ans à l’époque) de découvrir cet univers d’expression, pour pouvoir partager aussi.  

Il a donc lancé un appel, sous forme de lettre, qu’il a demandé de faire suivre à qui de raison. Il y exposait les raisons de sa colère, et y proposait de créer un fonds, sur lequel les donateurs volontaires, sans engagement de régularité ou de montant, pourraient déposer des sommes d’argent destinées à être utilisées par ceux, du cercle familial ou amical (restreint), qui en auraient besoin. En pratique, même si le prétexte a été fourni par la crise en Grèce et en Espagne (à un moment où mon salaire m’était diminué de moitié), et donc lié à des personnes particulières pour mon oncle, ce fonds n’est pas nominativement destiné à une ou plusieurs personnes. Ceux (celles) qui en bénéficient aujourd’hui l’abonderont peut-être, demain…

 Le fonds est géré par une amie, comptable qui se charge de tenir les comptes et d’effectuer les virements.

Je reçois personnellement, depuis avril dernier, chaque mois, environ 300 euros (jamais moins) ; je ne sais pas qui participe au fonds, et je cesserai de recevoir ce pécule quand je le demanderai (pour l’instant, je ne suis pas très bien barrée, mais je l’envisage), à condition bien entendu que le fonds soit alimenté jusque-là. Ca représente donc une somme importante, dont l’atout principal est qu’elle est versée régulièrement. Cela m’assure mon loyer, quoi qu’il arrive. Et me permet de me focaliser sur le reste, et de ne pas faire une croix sur la musique… Ca ne fait pas de moi une riche rentière, mais c’est une aide très importante.

Voilà. Lors de sa création, cela a suscité moultes réactions, certaines très positives, d’autres plus réservées, d’autres encore carrément hostiles.

Au-delà du caractère personnel, voire intime (dont je fais mon affaire personnelle… ), j’aimerais recevoir les avis de ceux qui le veulent sur ce sujet. Il y a dans chaque difficulté, dans chaque drame de celui qui n’a plus de quoi manger, ou doit se refuser un « luxe » (les cours de musique en sont un excellent exemple, à mon sens), une dimension sociale indéniable. La question étant, à mon avis : comment gérer de front les deux dimensions, sans tomber ni dans le paternalisme, ni dans l’assistanat, ni dans le misérabilisme ? Solidarité pourrait, si la forme exprime le fond, être un joli palimpseste (j’adore ce mot, pardonnez-moi).

Je pense que nous serons tous amenés, dans le futur, à revisiter activement nos principes, nos convictions et nos pratiques en matière de solidarité. Voilà, … à vos claviers, donc. Merci

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