ELECTIONS DU 20 SEPTEMBRE: L'AVENEMENT DU PASOK... DE TSIPRAS

Au lendemain des élections du 20 septembre 2015, une contribution à l'analyse de la situation que j'ai voulu partager avec vous: il s'agit d'un article d'Aris Chatzistéphanou, journaliste, producteur radio, réalisateur (DEBTOCRACY, CATASTROÏKA, FASCISME S.A., etc).

 

Le soleil vert se lève

21/09/2015

C’est donc le PASOK qui a triomphé lors de ces élections. Pas le parti du PASOK, mais la culture du PASOK. Ces hommes qui depuis des années préfèrent la tranquillité à la liberté. Ce ne sont pas les pires au monde. Ils ne portent pas dans leur chair d’anciens collabos des Nazis ou tortionnaires (ou tout au moins, ils sont beaucoup moins nombreux qu’au sein d’autres partis). Il se peut même que leur père ait encore, oubliée dans le fatras de la cave, une reproduction de Guernica de Picasso. Mais pour ce qui est de la pratique politique quotidienne, ils sont semblables, voire pire. Les élections ont eu pour incontestables vainqueurs Berlin, bien entendu, et les créanciers de la Grèce. Non pas parce qu’il en est sorti un parlement où la seule voix anti mémorandum est désormais celle du KKE, mais parce qu’aucun autre homme politique que Tsipras ne peut mettre en œuvre le programme inhumain d’austérité qu’exige la Troïka. Les « socialistes » et socio démocrates ont toujours endossé cette lourde responsabilité, que les partis de droite ne pouvaient satisfaire sans se trouver face à de vastes réactions populaires. C’est le PASOK qui a réalisé le plus grand nombre de privatisations dans le pays. C’est le PASOK qui a jeté la Grèce sur les falaises de l’euro. C’est le PASOK qui a amené la Troïka pour la première fois, métamorphosant ainsi la Grèce en une colonie de la dette. Et quand la situation est devenue intenable, c’est le PASOK qui a nourri la bête du fascisme, que le système réclamait comme une solution de dernier ressort. Il se peut bien qu’il se soit maintenu, dans l’inconscient collectif, comme le « parti de la rapine », mais en vérité, sa véritable contribution fut d’avoir fait céder les réactions populaires face à la politique néolibérale la plus dure. C’est pour cette raison que sa valeur d’usage, aux yeux des élites économiques grecques et étrangères, s’est avérée, pour plus de trois décennies, absolument inestimable. Aujourd’hui, c’est le SYRIZA qui entreprend d’assumer ce rôle. Les élections du 20 septembre marquent indubitablement un triomphe personnel pour Alexis Tsipras, mais aussi le coup le plus rude porté à la démocratie parlementaire. Tout d’abord en raison de la présence forte d’Aube Dorée, laquelle constitue une contestation directe de toute notion de démocratie ; ensuite, en raison de l’entrée au parlement de Vassilis Leventis, qui incarne un « troll » de la démocratie parlementaire. Le SYRIZA, en métamorphosant le OXI du référendum en OUI, est parvenu à laisser hors du parlement la véritable notion de confrontation politique. Près de la moitié des électeurs Grecs ne se sont pas rendus aux urnes, remettant en question, dans une large mesure, le processus lui-même. Nous devrons attendre de voir les caractéristiques anthropo géographiques exactes du vote, mais la première impression est que ce sont les plus progressistes, dans les couches pauvres et parmi les jeunes, qui se sont abstenus, ceux-là même qui ont voté OXI au référendum. Cela signifie cependant que la lutte autour des memoranda va rapidement se déplacer dans la rue. Et à ce point s’ouvrent deux perspectives (qui ne s’excluent pas nécessairement l’une l’autre) : celle d’une authentique réaction populaire qui renversera dans les faits les memoranda, et celle d’un retour aux époques sombres le fascisme bénéficiera d’une promotion en tant que voix soi-disant « antisystémique » au cœur du bloc parlementaire unifié des forces mémorandiennes. La gauche anticapitaliste, qui aurait dû mener cette nouvelle confrontation, s’est avérée, jusqu’à présent, incapable de dépasser ses obsessions partisanes. Il suffit de lire les premiers commentaires de ses cadres, mais aussi de nombre de ses membres, sur Twitter et Facebook, pour comprendre que, une fois encore, le grand ennemi était celui qui se tenait à côté, et non pas celui en face. D’autres ont simplement eu peur de dire leurs pensées tout haut, persuadés qu’en agissant ainsi ils perdraient des voix. Les plans alternatifs qu’ils avaient élaborés les ont effrayés et, au lieu de parler avec franchise aux gens des problèmes d’une période de transition, ils ont préféré, une fois encore, arrondir leurs positions. De nouvelles structures et de nouvelles formations seront nécessaires pour donner une voie/voix à la rage. Faute de quoi cette rage sera individualiste, sombre et raciste. Elle recherchera des boucs émissaires en la personne des réfugiés, et son salut auprès de fascistes et de charlatans. Le noir n’est cependant pas le plus plausible des scénarios. Contrairement au rouge. Une chose est sûre : tous ceux qui ont troqué leur liberté pour leur sécurité réaliseront, une nouvelle fois, qu’ils ont perdu et la liberté, et la sécurité.

Aris Chatzistéphanou [journaliste – Info War - Unfollow ]

traduction Marie-Laure Veilhan

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