Où est-elle l’obscénité?

Une œuvre de Joana Vasconcelos a été censurée à Versailles. Madame Pégard qui avait invité l’artiste portugaise a beau s’en défendre avec des arguments peu convaincants : « Les visiteurs de Versailles viennent du monde entier et sont de cultures différentes. Le château n'est pas une galerie.

Une œuvre de Joana Vasconcelos a été censurée à Versailles. Madame Pégard qui avait invité l’artiste portugaise a beau s’en défendre avec des arguments peu convaincants : « Les visiteurs de Versailles viennent du monde entier et sont de cultures différentes. Le château n'est pas une galerie. Les œuvres présentées doivent entrer en résonance avec ce lieu », elle a bel et bien refusé l’immense (5 mètres !)  lustre blanc baptisé « fiancée ». Il faut dire que l’œuvre est composée de 25 000  tampons hygiéniques. Bien plus « soft » que nombre de travaux artistiques consacrés par des artistes femmes à la menstruation (Vali Export, Gina Pane, Laetitia Bourgueret entre autres), puisqu’ immaculé, ce lustre dérange pourtant. La coordination « défense de Versailles » dénonce l’entreprise de Vasconcelos et accuse celle qu’elle dénomme vulgairement« la reine des Tampax  casseroles et autres ustensiles de dérision, »   de « ridiculiser la femme et d’imposer leurs salissures à notre patrimoine le plus prestigieux. »  Bref, madame Vasconcelos se vautrerait dans  l’obscénité. Je ne connais pas l’œuvre en question, j’espère pouvoir aller la voir au 104, où elle a trouvé refuge, pour juger sur pièce, mais les circonstances m’ont fait vivre ces jours derniers une expérience d’un tout autre ordre  que je n’ai pu m’empêcher de mettre en parallèle alors que rien ne semblerait a priori  les rapprocher. Il se trouve que j’ai dû faire un passage aux urgences de l’hôpital Beaujon à Clichy. Je raconterai peut-être  cette expérience plus précisément dans  un prochain billet, mais précisons d’emblée qu’hélas j’ai fréquenté divers services d’urgence en région parisienne ces dernières années et qu’en aucun cas il ne s’agissait pour moi d’une découverte de ce monde un peu particulier. Pourtant ce que j’ai vu pendant les deux heures que j’ai passées dans  ce service avant de décider d’en  partir me semble plus obscène que tout lustre blanc, fût-il composé de coton immaculé compressé en tampon. Car ce qui m’a dégoûtée dans  cet hôpital au point de me faire fuir c’est…la saleté ; j’aurais aimé un peu de blancheur hygiénique sur le lino douteux et sur les murs grisâtres, j’aurais aimé que le sol de la salle où l’on a pris mes constantes n’ait pas été souillé de compresses tachées, que les paravents isolant les box n’aient pas été maculés de sang, que l’on ne demande pas à ma voisine dont le pied nu saignait de marcher à même la crasse pour aller se faire recoudre. J’ai vu des services d’urgence bondés, d’autres emplis de clochards et de prisonniers encadrés par leur escorte policière,  jamais je n’en avais vu de sales….

Alors je me demande….On s’offusque de voir 5 mètres de compresses de coton transformés en lustre mais l’on accepte de voir accueillir des malades dans  un endroit répugnant et peut-être dangereux pour eux. Pourtant qu’est-ce qui est au fond le plus obscène ?

Ci-dessous LE lustre interdit pour cause d'obscénité, en ce qui concerne les urgences en question je n'étais pas en état de faire des photos!

 

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