L'art, pour nommer (et tenter de dominer) la maladie.

C’est une installation.  Des organes humains en cristal dissociés sur une table transparente.


C’est une installation.  Des organes humains en cristal dissociés sur une table transparente. A la fois d’une beauté précieuse et incapables de remplir leur rôle puisqu’isolés et si fragiles. Chen Zhen (1955-2000) était atteint d’un cancer du sang et c’est l’immense vulnérabilité de son corps souffrant, démembré par la maladie, qu’il nous donne en testament avec crystal landscape of inner body ( 2000). Cette œuvre d’art est pour moi  la plus juste représentation que j’ai pu  trouver d’une affection, heureusement rare, mais d’autant plus difficile  à vivre qu’on en parle peu et surtout pas dans  les centres d’oncologie où l’on aborde le moins possible les suites des traitements.

Il arrive en effet que les armes de destruction massive aient des effets à très long terme ; peu à peu le rescapé du cancer, qui croyait avoir durement payé avec les chimios, la radiothérapie et la curiethérapie,  le droit de reprendre pied, devient un petit Fukushima en sursis. Lentement, l’ennemi travaille en secret, sans bruit les rayons poursuivent leur ouvrage et tout aussi insidieusement la situation se dégrade. Les crises, dont il est vain de chercher à décrire l’horreur, s’accélèrent, les examens en tout genre aussi, les intrusions dans  ce corps  souffrant  se multiplient.  Un jour enfin un docteur ose nommer ce qui sape tranquillement, mais pas sans souffrances, l’intérieur du corps  lourdement irradié : entérite radique. Peu à peu l’intestin se nécrose. Et quand les traitements ne fonctionnent plus, quand on a perdu pas loin de vingt kilos, qu’on ne peut plus manger, il reste une seule option, radicale, couper… Avec l’espoir, ténu, de redonner une unité à ces fragments devenus fragiles et rares comme le verre de Chen Zhen.

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