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Billet de blog 7 janvier 2026

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Personnes transgenres aux Etats-Unis : des signes avant-coureurs d'un génocide

Des spécialistes du génocide tirent la sonnette d'alarme face à ce qu'ils décrivent comme une escalade des attaques visant les personnes transgenres, non binaires et intersexes aux États-Unis. Traduction de l'article de Walker Bragman, publié le 04/01/2026 sur le site du Lemkin Institute for Genocide Prevention and Human Security.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je ne suis pas l'autrice de cet article : il s'agit d'un article de Walker Bragman, publié le 4 janvier dernier sur le site du Lemkin Institute for Genocide Prevention and Human Security, et que j'ai traduit pour le partager parce qu'il me semble d'une importance cruciale et d'utilité publique.

Comme d'habitude la discussion est ouverte, mais tout commentaire insultant, discriminant ou haineux sera supprimé, et son auteur.ice signalé.e et bloqué.e.

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Des spécialistes du génocide affirment que les politiques visant les Etasunien.nes transgenres correspondent aux premiers signes avant-coureurs d'atrocités de masse

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Des spécialistes du génocide tirent la sonnette d'alarme face à ce qu'ils décrivent comme une escalade des attaques visant les personnes transgenres, non binaires et intersexes aux États-Unis

Des expert.es, dont deux anciens présidents de l’International Association of Genocide Scholars [IAGC - Association internationale des spécialistes de génocide], avertissent que le pays pourrait déjà être dans les premières phases d'un génocide.

« Je suis préoccupé par le génocide des personnes transgenres aux États-Unis dans un avenir proche », a déclaré le Dr Henry Theriault, qui a été président de l'IAGC de 2017 à 2021.

En droit international, le génocide désigne les actes visant à détruire, totalement ou partiellement, des groupes religieux, nationaux, ethniques ou raciaux. Mais les expert.es interrogé.es par Important Context ont fait valoir que ces catégories juridiques sont peut-être trop restrictives, ou interprétées de manière trop restrictive à l'heure actuelle.

M. Theriault a déclaré que les attaques visaient de plus en plus des groupes définis socialement plutôt que ceux explicitement couverts par la Convention des Nations unies. Haley Brown, ancienne chercheuse spécialisée dans les génocides, et plus particulièrement dans les attaques contre les personnes transgenres, a déclaré qu'« il existe très peu de travaux universitaires sur ce sujet ».

Le Dr Gregory Stanton, ancien président de l'IAGC et aujourd'hui fondateur et président du groupe Genocide Watch, a déclaré que les attaques contre les personnes transgenres et non-binaires aux États-Unis constituent une tentative « génocidaire » visant à « détruire un groupe de genre ».

Stanton a souligné que Raphael Lemkin, qui a inventé le terme de "génocide" dans les années 1940, comprenait également qu'il avait une définition plus large, au-delà des contextes religieux, nationaux, ethniques et raciaux.

« Son point de vue était que les groupes politiques, culturels, sociaux, économiques... devraient tous être inclus dans la définition du génocide », a déclaré Stanton, ajoutant : « Je pense qu'il aurait également inclus les groupes de genre. »

« Je pense que ce qu'ils font ici, c'est qu'ils essaient de détruire un groupe de genre », a-t-il ajouté. « Je pense donc qu'il s'agit bien d'un génocide. Je pense que l'objectif ici est littéralement, physiquement, de détruire ce groupe. »

Depuis des années, la droite politique intensifie son discours d’élimination à l'encontre des Etasunien.nes transgenres, et rejette leur identité en les qualifiant d’idéologie. Lors de la CPAC 2023 [Conférence d'action politique conservatrice], le commentateur conservateur Michael Knowles a appelé à « éradiquer » le soi-disant « transgenrisme » de la vie publique.

Au cours de sa première année, la deuxième administration Trump a rapidement pris des mesures pour marginaliser les Etasunien.nes sortant des normes de genre. Le président a publié plusieurs décrets visant à affaiblir les protections contre la discrimination ainsi que l'accès aux soins de santé. En 2025, le NIH [National Institute of Health] a supprimé le financement des recherches liées aux questions LGBTQIA+, dans le cadre d'un recul plus général des initiatives dites DEI [Diversité, équité et inclusion].

Les législateurs républicains se sont lancés dans une croisade similaire. Plus de la moitié des États limitent désormais l'accès des jeunes aux soins d’affirmation de genre et leur participation aux activités sportives. Vingt États ont désormais des réglementations explicites sur l'utilisation des toilettes par les personnes transgenres.

L'existence des personnes transgenres et les soins d’affirmation de genre de genre sont fondés sur des preuves et soutenus par pratiquement toutes les grandes organisations médicales du pays.

Haley Brown a également déclaré à Important Context que les lois sur les toilettes publiques donnaient de fait aux acteurs non étatiques une permission tacite pour commettre des actes de violence.

« Il a toujours été question de contrôle », a-t-elle déclaré, expliquant : « C'est cette idée que je vais créer et renforcer mes valeurs idéales de la société et de l'État, jusqu'aux caractéristiques et traits physiologiques mêmes des êtres humains qui existent dans cet État. »

M. Theriault s'est dit préoccupé par « les changements juridiques qui sont en train de se produire et la haine flagrante exprimée par [Trump], ses partisans et les dirigeants gouvernementaux, ainsi que par la manière dont ils agissent en conséquence. »

« Je pense que, pour les personnes transgenres et les personnes immigré.es, nous en sommes à un point où le mal est déjà fait », a déclaré M. Theriault. « La question n'est donc pas tant de savoir si un génocide va se produire, mais plutôt comment l'empêcher. »

Le Dr Elisa von Joeden-Forgey, présidente de l'Institut Lemkin contre le génocide, estime que les États-Unis se trouvent actuellement « au début ou au milieu d'un processus génocidaire contre les personnes transgenres, non binaires et intersexes ».

Elle affirme que les Républicains utilisent les personnes transgenres pour susciter la peur, en particulier autour des enfants, de la famille et de leur conception idéale de la masculinité, ce qui prépare leur base au génocide.

Stanton a déclaré que les États-Unis connaissaient actuellement un « durcissement des catégories », les personnes étant soit des hommes, soit des femmes — une dichotomie qui, selon lui, n'existe ni dans la nature ni dans de nombreuses autres cultures. Il a qualifié cette dichotomie de « totalitaire » et inspirée de « l'idéologie nazie », expliquant que les Nazis avaient également une vision binaire des hommes et des femmes et qu’ils avaient tué de nombreuses personnes LGBTQIA+.

Brown a souligné que la théorie complotiste d’un soi-disant « marxisme culturel » — selon laquelle les gauchistes, les féministes, les marxistes et les personnes LGBTQIA+ tenteraient de détruire la civilisation occidentale — a été directement empruntée aux Nazis et à leurs affirmations antisémites sur le « bolchévisme culturel ».

« L'administration Trump et ses partisans... ont identifié un ensemble d'«"ennemis" ou de "personnes indésirables" » et ont attisé les préjugés du public à leur égard « d'une manière qui dégénère en violence », a déclaré M. Theriault.

Il a averti que les Etasunien.nes transgenres sont plus vulnérables que d'autres groupes en raison de leur faible proportion dans la population. Aujourd'hui, iels représentent environ 1 % de la population totale des États-Unis, soit à peu près l'équivalent des Juif.ve.s en Allemagne en 1933. La violence à leur égard augmente depuis des années, les meurtres ayant doublé entre 2017 et 2021.

Von Joeden-Forgey a déclaré que la communauté LGBTQIA+, « comme d'autres très petits groupes minoritaires, a tendance à être une sorte de signal d’alarme », soulignant que tout au long de l'histoire, les États « utilisent certaines communautés comme cobayes » pour insensibiliser leurs populations à la violence.

« Le processus génocidaire consiste en réalité à détruire des identités, à détruire des groupes par tous les moyens possibles », a-t-elle déclaré, expliquant que même les génocides qui entraînent des morts en masse ont « commencé par des techniques moins violentes — au début ».

Brown a évoqué d’éventuelles mesures à venir qui s'inscriraient dans la lignée de ces tendances historiques, comme l'abrogation des « lois qui empêchent les gens d'utiliser certaines défenses juridiques », telles que la « défense fondée sur la panique transgenre » dans les affaires de meurtre. « La droite a toujours détesté les lois sur les crimes de haine », a-t-elle déclaré.

Thériault a déclaré que les États-Unis pourraient adopter des politiques visant à rendre la vie « insupportable » pour les personnes transgenres américaines, les empêchant ainsi de vivre pleinement leur identité, ce qui entraînerait une hausse dramatique du taux de suicide. « On pourrait prendre toutes sortes de mesures différentes de celles du passé, mais qui seraient tout aussi destructrices pour les personnes transgenres en tant que groupe », a-t-il affirmé.

Quel que soit l’avenir, Von Joegen-Forgey a déclaré que la situation était « terrifiante », ajoutant que « personne ne part en guerre... au nom des victimes d'un génocide ».

« Aucune démocratie ne commet de génocide contre un groupe », a-t-elle averti. « Dès lors qu'il y a génocide, ce n'est plus une démocratie. L'État en question commettra d'autres atrocités de masse. »

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Cet article est le premier d'une série en plusieurs parties, qui examine les schémas génocidaires et les parallèles historiques durant la seconde administration Trump.


© 2026 Important Context

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L'article en version originale anglaise est disponible ici.

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