Les retenus du CRA de Mesnil Amelot, en grève de la faim, «punis» par les CRS

Récit de B. sur les CRS et le transfert des retenus vers d'autres CRA. La police n'apprécie ni les médias, ni les justes révoltes.

Propos recueillis par des bénévoles et transmis à l'Observatoire de l'enfermement.

"Ce matin, lundi 13 avril, deux équipes de CRS arrivent à 11h au CRA du  Mesnil Amelot, « équipés » de casques, de boucliers, etc

B. un retenu qui fait la grève de la faim pour demander des mesures de sécurité sanitaires en urgence après l’hospitalisation de deux codétenus et d’un autre qui est malade, mais pour lequel la police a refusé de demander une ambulance répondant qu’il serait testé mardi. Tous était en contact direct avec le Géorgien qui a été hospitalisé.

B . « Soit l'avion soit la libération », dit-il. Lorsque les CRS envahissent la cour, tous se couchent sur le sol.

« Un CRS me désigne du doigt un autre se dirige vers moi, me donne un coup de pied et de bouclier et me met devant le mur : me redonne un grand coup de bouclier en me disant : « regarde ce que tu as fait, tu es content ? regarde cet article de presse en me tendant son téléphone au visage » et il me supprime mon téléphone.

Ils m’ont baissé mon jogging, puis palpation des  parties intimes. Je suis menotté immédiatement, je ne dis rien et reste calme. Ramené à l’intérieur avec 7 codétenus, dans des cellules d’isolement pour 2, les 5 autres retenus sont menottés aux bancs pendant des heures, de 11h à 14h. Ils nous ont proposé un déjeuner. Nous refusons car nous sommes en grève de la faim, donc menottes…

Nous sommes embarqués pour être transférés sur le CRA de Rouen « Loin de ta famille ! disent-ils, et sans tes sacs comme les SDF ».

En arrivant au CRA de Rouen, une affiche au mur. 

« DANS LE CENTRE,  LE PORT DU MASQUE ET GANTS SONT INTERDITS » 

Il y a une vingtaine de retenus dans le CRA  de Rouen :

« Nous sommes considérés comme des otages. Nous n’avons pas le droit à la promenade si nous continuons la grève de la faim. Nous la continuons, j’ai même refusé une bouteille d’eau le soir.

Les policiers nous ont averti : « Ici c’est une école de police. Une fois un retenu s’est échappé, il a terminé à l’hôpital  nous l’avons tabassé. Les jeunes policiers en formation sont tous armés, si tu fuis, ils tirent sur toi »/

Mes 2 sacs sont restés au Mesnil  Amelot, volontairement laissés par « punition », tout comme mon téléphone supprimé.

Dans mon sac , mon extrait de naissance, tous mes papiers et jugement, mon argent, quand je leur ai demandé, la réponse est brève. « Rien à foutre, tu vas arriver comme un SDF. »

Je n’ai rien à me mettre, aucun habit propre, ni  argent.

Un autre codétenu, Malien, lui a été transféré au CRA de LILLE, menotté au pied et aux mains et scotché, quand il a demandé ses sacs : ils lui ont répondu « Tes sacs on va les jeter ». Lui aussi faisait partie de la révolte de cette nuit pour demander notre libération et protection du Cod-19. »

 

Conclusion des bénévoles

Nous avons la liste des sacs de ces retenus volontairement abandonnés dans le CRA du MESNIL, avec leur contenu, dont tous les documents juridiques et papiers d’identité et argent.

Humiliations et petites vengeances aux conséquences violentes. Pas de papiers, pas de carte de séjour : perte  de dignité, perte d’identité...  jusqu’à assister à cette contamination réelle et programmée dans d’autres CRA

L’État devra rendre des compte sur ces crimes sanitaires et humanitaires.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.