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Billet de blog 1 févr. 2017

extraction minière

Depuis plusieurs mois maintenant, j’ai pris le temps de m’interroger et d’étudier certains aspects concernant la proposition de réouverture de la Mine d’Anglade à Couflens-Salau. C’est à travers les différentes associations civiles mises en place autour de moi (PPERMS, association Couflens Salau Demain, Nous 09…) et mes lectures personnelles que je me suis forgée une opinion.

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Les traditions sont-elles toutes bonnes à garder ?

 En matière d’économie, on nous dit plutôt le contraire : les locomotives d’ hier ne sont pas celles d’aujourd’hui. Il faut, pour évoluer dignement, se tourner vers l’avenir : la planète et ses naufragés sont à sauver, la COP 21 nous a montré, pendant plusieurs semaines que les combats du futur sont ceux de l’écologie, du respect de la nature et de ses forces créatrices. Depuis maintenant plus de 30 ans, des hommes et des femmes, dans nos vallées, s’efforcent de faire vivre ce progrès social en implantant des petites exploitations laitières, des gîtes et autres zones de tourisme à échelle humaine, qui font la valeur et la saveur de nos espaces. Faudrait –il faire vaciller ce modèle ? Pour répondre à cette question, je me suis penchée sur la loi du nombre. Je me suis dit que, peut-être, dans l’intérêt du plus grand nombre, serait-il nécessaire de sacrifier biquettes et campings à la ferme…Si la réouverture de l’ancien site et l’ouverture d’une nouvelle mine sur la commune de Couflens Salau , soit sur une superficie de 42 km2, pouvaient permettre la création pérenne de multiples emplois et revitaliser la région, alors, soit…

Comment trouver la réponse à cette question ? Comment s’engouffrer dans le sacrifice du plus grand nombre sans état d’âme ou du moins, avec le moins d’état d’âme possible ?

J’ai consulté nombre de documents concernant les demandes de permis déposés par Variscan Mines ainsi que les permis octroyés ( Silfiac, 173km2, en Côtes d’Armor et Morbihan, par exemple), Comme Variscan Mines a déjà six licences d’exploration en France, je me suis dit qu’il devait y avoir des retombées économiques maintenant ou dans un avenir très proche.

Les traditions se perdent, nous dit M. Bonnemaison, directeur de Variscan Mines. «  Une mine, ce n’est plus Germinal ! Une mine, c’est entre 30 et 100 personnes » … mais souvent aucune personne de la région n’est embauchée pendant la période d’exploration (qui peut durer 5 ans) compte tenu du manque d’expertise et de main d’œuvre qualifiée. En Bretagne, en Creuse, c’est le même constat : la Junior s’installe dans une zone rurale dévastée par le chômage et fait miroiter des emplois. M. Bonnemaison dit encore : « Une mine, c’est 100 à 150 emplois directs et entre 300 et 600 dans la sous-traitance. » Je suppose que les chiffres varient en fonction de la superficie…42 km2, pour rappel, à Couflens Salau.

Les habitants des communes bretonnes concernées par les permis d’exploration et donc  par les propos de M. Bonnemaison ont réagi fortement car, au plus fort de l’activité, 32 salariés ont été embauché, dont 5 communaux pendant 3 ans.

L’extraction minière est peu créatrice d’emplois en France. Le contexte social ne permet pas, comme nous l’a fait remarquer un membre de l’équipe de géologues présent lors de la réunion publique  du 18 mars à St Girons, l’extraction à ciel ouvert comme dans d’autres pays…La configuration particulière de la  mine de Salau permet en revanche une automatisation et une robotisation accrue. Les emplois sont donc très peu nombreux, hautement qualifiés et très probablement et en tout état de cause pendant la période de sondage, ponctuels et sous forme de missions. En contrepartie, combien d’emplois perdus dans l’agriculture et l’agro tourisme ? Pour avoir des réponses, il faut se pencher sur ce qui s’est passé ailleurs (Merléac, Dompière, Salsigne..) Dans ce dernier village, situé dans l’Aude, 10 ans après la fermeture de la mine d’or, les agriculteurs et les consommateurs ne peuvent toujours pas manger les légumes issus de leur sol car ceux –ci sont déclarés impropres à la consommation.

En matière d’emplois, je reste dubitative quant à la solidité du projet pour l’économie locale…

La société Variscan Mines se focalise actuellement sur la France, après s’être beaucoup investie dans l’Est australien. Aujourd’hui, le Massif Central, la Bretagne, les  Pyrénées et les Ardennes semblent être l’Eldorado pour la Junior. Les permis octroyés à St Pierre, Merléac, loc Envel, Silfiac et Beaulieu sont mentionnés sur le site de Variscan Mines comme prometteurs à court terme ;  M.Bonnemaison reconnait qu’une fois sur dix, la prospection ne mène à rien. Mais la dixième peut apporter des marges très confortables aux actionnaires. Il dit aussi que le carottage de prospection – tel qu’il a eu lieu en Bretagne, n’est ni polluant, ni gênant. On fait passer quelques avions au-dessus de la zone à explorer, on envoie à 150 mètres de profondeur un tube au diamètre d’un verre de table et on extrait une carotte de terre qu’on refroidit ensuite à l’eau. Cette technique ne sera pas celle utilisée à Anglade puisque l’extraction se fait dans la roche, et en montant… Quelle est l’expérience de Variscan dans cette configuration ?  L’exploitation, si elle a lieu, ne concerne plus Variscan Mines. Selon M. Bonnemaison, les réactions opposées à ces prospections sont d’ordre politiques et n’ont aucun impact sur les décisions économiques, ni aucune valeur scientifique. (Propos recueillis lors d’une interview que M. Bonnemaison a  donné au Télégramme Bretagne en octobre 2015)

La France semble avoir à nouveau le béguin pour l’extraction minière. La prospection a le vent en poupe. Nos sous-sols intéressent des Juniors aux dents longues, abondées par des fonds d’investissement Luxembourgeois (Cominor)  ou

Singapouriens (Variscan Mines). Notre mode de consommation est de plus en plus gourmand en métaux : on en utilise pour amener l’électricité dans nos maisons, pour nos voitures, ordinateurs, téléphones, nos avions mais aussi dans la chimie, dans nos pâtes dentifrices, nos encres et autres pigments. Cette boulimie nous a amené à consommer plus de trois millions de tonnes de métaux en 2012 (collectif ALDEAH, février 2014)

Quels sont les atouts de l’exploitation de la mine de Salau ? D’après les informations recueillies le 18 mars, il s’agirait essentiellement d’extraire du tungstène afin d’alimenter l’Aérospatiale, l’Aéronautique et l’Armement afin de ne plus dépendre de la Chine pour cette denrée.

Dans un monde en quête d’espoir, face au chômage, à la misère sociale, on nous propose une relance économique portée par une entreprise dont les fonds d’investissement sont basés  dans un paradis fiscal, et dont la méthodologie pour remplir les poches de ses actionnaires et redonner un espoir au Couserans est la fouille systématique de nos sous-sols à des fins d’autonomie militaire. Ce schéma, qu’on retrouve pendant chaque crise du capitalisme, qui consiste à faire chanter le coq français de l’autonomie militaro industriel traverse malheureusement tous les cycles du système capitaliste à la papa, et plait à tous les courants politiques, de droite et de gauche. J’entends  la nostalgie « des gens d’ici », la quête du Graal, le retour à un âge d’or qui n’a, pourtant jamais existé. La puissance de la crise et des souffrances individuelles et collectives sont et vont  être exacerbées par des positionnements traditionalistes. La réunion publique du 18 mars nous a permis de voir et d’entendre ces souffrances, exprimées dans des « casse-toi fainéant… l’armée paie tes indemnités... t’es pas d’ici… » Malheureusement, aucun modérateur n’est venu s’opposer à ces propos, tandis que les huées des « anti tout «  ont été largement rapportés. Selon moi, il y a une barrière éthique à respecter. On refuse l’affichage sauvage dans sa commune, soit, mais pourquoi alors ne pas aussi s’insurger contre ces propos ?

Exacerber les tensions locales qui existent entre différents groupes qui partagent un espace, proposer un schéma de relance économique  basé sur le complexe industrialo militaire, ne me rappelle que de mauvais souvenirs…

Une grande partie de notre jeunesse ne semble pas vouloir de ce modèle sociétal. Doit-on leur imposer par la force, à grands coups de c’est ça ou le RSA ?

Et même si… 

Et même si 30 ou 40 emplois étaient créés, ce serait à quel prix ? Quelles sont les véritables préoccupations du gouvernement en matière de relance minière en France ? Le code est révisé mais la Compagnie Nationale des Mines de France (lancée par Montebourg) ne verra pas le jour. On nous parle de mines responsables, vertes, mais il n’y a pas de cadre strict. Les majors internationales continueront à faire ce qu’elles veulent : la relance minière est de la poudre aux yeux. Les enjeux économiques sont trop grands pour que les ressources des sous-sols français intéressent à terme les majors. Selon moi, la France secoue à nouveau le cocotier de la relance minière pour attirer quelques juniors et se tourner vers l’exploitation internationale (Guyane, Nouvelle Calédonie, Afrique…), beaucoup plus lucrative. On appelle cela refaire du capital…  (Lire dans les Echos, Y. Jegourel, directeur de Master à Bordeaux – Banque, finance et négoce international) 

Ne nous laissons pas tenter par ce mât de misère. PPERMS se targue d’être une « association pour quelque chose «  et non pas «  contre tout ». Quand j’ai signé pour cette association, j’ai pensé que c’était « pour discuter ». Me serais-je trompée ? Serait-elle pour la guerre ? Les vieilles recettes éculées ? Le clivage social ?

Quant à la présence d’amiante, je laisse les spécialistes débattre à ce sujet. Après tout, je n’étais pas là, en 1964, 1970, 1982… le sujet est assez sensible et touche à des vies humaines, il doit être traité avec tous le respect que nos anciens méritent. Je présume que les coprésidents de PPERMS, pertinents sur le sujet, sauront écouter avec respect tous les avis contradictoires qui leur arriveraient aux oreilles. Ils les écouteront avec toute la patience nécessaire face à cet enfer blanc, face aux peurs et aux maladies qu’il engendre.

Pour toutes ces raisons, économiques, éthiques et de santé publique, je suis opposée à la réouverture du site minier de Couflens Salau.

Marie Richard

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