Permis de vendre et permis de tuer
Israël autorise les commerçants à faire entrer à Gaza des produits « à double-usage »alors que ces mêmes produits sont interdits aux ONG.
Des sources racontent que les piquets de tente en métal et les groupes électrogènes sont interdits aux ONG mais autorisés aux cargaisons commerciales.
Israël fait fonctionner un système parallèle de contrôle des cargaisons à Gaza. Il autorise que le matériel entre dans la bande de Gaza à des fins commerciales mais pas pour l’aide d’urgence. Le matériel de base, comme les groupes électrogènes ou les piquets de tente sont sur une longue liste noire d’objets « à double -emploi « . Israël dit que ces objets sont contrôlés car ils sont utilisé à des fins militaires par le Hamas ou d’autres groupes.
Cependant depuis au moins un mois les autorités ont autorisés les entreprises à transporter des objets à double emploi, dont les piquets de tente , nécessaire en hiver pour faire tenir les abris de fortune.
On peut maintenant acheter ces piquets à Gaza. Ils sont contrôlés par les mêmes militaires israéliens qui interdisent les mêmes objets aux organisations humanitaires.
«Évidemment que les israéliens savent que ces objets sont là. », rapporte une source diplomatique. « C'est choquant de voir que ces produits sont accessibles sur le marché .. »
La pénurie limite le travail des organisations humanitaires qui soutiennent les Palestiniens et fournis des opportunités lucratives à bon nombre de commerçants qui obtiennent des permis d’importer de la part des autorités israéliennes. Le commandant américain de la nouvelle base américaine située dans le sud d’Israël a été informé de cette situation sur l’importation des biens à double-usage. Le lieutenant général Patrick Franck a discuté de cette affaire avec le Centre de Coordination Militaro-Civil ( CMCC) qui a été mis en place en octobre dernier pour diriger la mise en place du cessez-le-feu avec le plan-spéculatif Trump. Aucune d’information n'a filtré sur ce sujet.
Israël a évidemment des précédents et un long dossier quand il s’agit d’exploiter l’entrée des biens dans la bande de Gaza à des fins politiques, relate Tania Harry , directrice de Gisha, un groupe israélien de défense des droits humains, qui a surveillé les contrôles aux frontières depuis plus de 20 ans. « En surface, pour le secteur privé, charger des camions de biens qui sont sur la liste des « double-usage » peut paraître troublant ou illogique, voire inconsistant, mais on voit que c’est très cohérent avec leur politique : ils essayent de renforcer certains acteurs et d’en affaiblir d’autres. » Les contrôles sur l’entrée des groupes électrogènes par exemple ne reflètent pas le risque imminent de danger du produit lui -même, mais la question est plutôt de savoir entre les mains de qui il est, où il est, comment est-il utilisé ?
Ceux qui peuvent obtenir des permis se font beaucoup d’argent. On peut se procurer ces produits sur le marché à des prix exorbitants. Les associations et les personnes sans argent ne peuvent donc pas avoir d’abris sécurisés avec des piquets en fer, ou de l’électricité.Les Égyptiens, les Israéliens et certains Palestiniens font des affaires très lucratives pendant que d’autres sont dans une misère extrême. Certaines compagnies ont la protection des militaires israélien pour faire leur business, à la marge, dans une activité clandestine qui permet à certains groupes violent de s’équiper sous l’œil complaisant des militaires. Quand on parle frais commerciaux à Gaza, on paye pas seulement des taxes au Hamas, mais aussi aux marchands côté israélien, explique Ahmed Alkhatib, un résident membre du conseil Atlantique. « Nous savons tous ce que Gaza a été et sera : un grand marché captif pour l’économie israélienne. » Grâce a ces listes de produits à double emploi, Israël a, depuis le blocus, contrôlé la consommation des Gazaouis, calculant à la calorie près la nourriture, empêchant toute possibilité de construction pérenne pour l’eau et l’électricité,etc..etc…
Les génocidaires ont pu orchestré une famine avec ce système. La semaine dernière, Israël a demandé à 37 ONG humanitaires de disparaître de Gaza dans un délai de 60 jours, à moins qu’elles ne donnent la liste précise de leurs employés palestiniens.Les conséquences humanitaires pour les Gazaouis sont la différence entre la vie et la mort. Le secteur commercial privé peut, quant à lui, faire rentrer et vendre ce qu’il veut. Certaines associations sont surprises en arrivant de voir que tout est politique ! Ainsi, en ce qui concerne les piquets de tente, c’est parce qu’Israël a détruit 9 maisons palestiniennes sur 10 à Gaza que le business des piquets de tentes est devenu si lucratif. Ces objets, malgré les demandes incessantes des ONG, sont toujours sur le liste noire.. pour les ONG. La main mise économique d’Israël sur la bande de Gaza dure..elle a commencé il y a 20 ans, au moins -
La fameuse liste est secrète, de nouveaux objets y sont inclus, d’autres sont indiqués d’une manière tellement large comme par exemple, « équipement de communications. » qu’on se demande si même parler avec un téléphone ou envoyer un mail est un acte .. terroriste.
Depuis deux ans, les fauteuil roulants, les béquilles, les déambulateurs sont inclus dans cette liste, ainsi que les détecteurs de fumées et les panneaux solaires. La liste inclus aussi le papier et les stylos, alors que 600000 enfants ont été privés d’école pendant deux ans.
Les associations humanitaires ont fait de listes avec les produits qui sont généralement interdits afin de réduire les délais et afin de gagner du temps et de l’argent en ne commandant pas des pièces qui seront très probablement refusées. Depuis octobre 2023, la communauté internationale est évoquée pour exercer une pression sur Israël au sujet de la liste des biens à double-emploi mais malgré la création du CMCC, cette pression est très faible.
Les diplomates sont inquiets de la situation aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza. Beaucoup d’incertitudes sont présentes quant à la reconstruction. Des groupes humanitaires négocient des fins d’immatriculation en Israël. Les difficultés pour ces ONG ne sont pas seulement liées à la liste des produits à double-emploi. Certains produits ou objets sont tout simplement interdits parce qu’Israël considère qu’ils ne correspondent pas à des besoins humanitaires. Comme dit plus haut, le papier, les crayons, qui permettent entre autres de redémarrer le système éducatif, font partie de ces objets. Le bœuf et le mouton congelé aussi. Seul le poulet est accessible pour les ONG, alors que les commerçants ont accès au mouton et au bœuf qu'ils vendent excessivement cher.
De même, l’ouverture des points de passage est très limitée. Les opérations et les manœuvres militaires, les délais, les « coordinations », la paperasse, tout ceci entrave la libre circulation de l’aide humanitaire. Ce qui rentre concrètement est bien en dessous des seuils sur lesquels les négociateurs du « cessez-le-feu » s’étaient mis d’accord. Les quelques cargaisons ont permis d’endiguer la famine mais les experts de la sécurité alimentaire le montrent : 1,6 million de Gazaouis font face à une malnutrition chronique qui est visible partout. De plus, si le « cessez-le- feu » était officiellement rompu, ces gens retomberaient immédiatement dans la famine. La malnutrition, le froid, les maladies,voilà ce qui attend les gens de Gaza en ce début d’année.
Lire de l’article du Guardian: