Bouge ton coq : Le don remplacera-t-il bientôt la subvention ?

La question de la nature de la richesse..

 

 

Bouge ton coQ est un guichet unique qui vise à réunir des fonds pour les projets associatifs d’intérêt général dans les villages, en faisant appel au mécénat d’entreprise, au don citoyen et aux subventions publiques. La plateforme a été ouverte fin janvier en partenariat avec l’AMRF et l’ADF et avec le soutien de l'écrivain Alexandre Jardin et du journaliste Pierre Bonte. 

 

Quand les associations veulent monter un projet d’intérêt général autour du lien social, de la culture pour tous, de l’économie sociale et solidaire pour répondre à un manque sur leur territoire ( non accès à la culture en zone rurale et dans certains quartiers , inégalités territoriales face à l’accès aux services publics) elles font appel aux agences de développement économique de leurs communautés de communes , de leur département, de leur région ou de l’Europe . Celles-ci les orientent dans leurs projets et les associations montent un dossier de demande de subvention soit pour leur frais de fonctionnement, soit pour une action précise, soit pour les deux. Les axes du projet de territoire, connus de tous, permettent de justifier ou non l’ octroi de la subvention . L’intérêt général est la priorité et un système de péréquation est appliqué lors de l’étude des dossiers : nombres d’adhérents, rayonnement, bilan moral et financier.. . Le système n’est pas parfait mais il à l’avantage d’être neutre , même si il n’est pas tout à fait transparent.

C’est tout un pan des compétences de l’état qui, par effeuillage successif, est passé de l’état, via les collectivités territoriales, aux associations. Celles -ci produisent donc de la richesse ( pas nécessairement monétaire) à partir de subventions publiques.

Ce système a besoin d’une main d’œuvre qualifiée.Ces salariés du lien social montent les dossiers, assistent à toutes les réunions en lien avec les compétences de leur projet, construisent le projet, accueillent le public, répondent à ses questions, soutiennent et motivent les prises d’initiatives des gens, compilent des informations sur différents supports numériques – site internet, plateforme, réseaux sociaux, affichage,bulletins d’information…

Ces emplois sont financés par n’importe quel type de  "contrat aidé " depuis maintenant 35 ans.Les gens qui travaillent en milieu rural dans ces structures sont souvent des femmes. Le salaire est menu, les temps pleins rares et les bénévoles sont souvent sollicités pour compléter les  tâches: 1,3 million de salariés associatifs, 8 millions de bénévoles.

Sous Jospin, la création des conventions pluriannuelles permet aux associations de prévoir leurs projet sur trois ans par exemple, et d’éviter cette course annuelle à la subvention. La DIIESS(Délégation Interministérielle à l'Innovation Sociale et à l'Economie Sociale  ) agit en fonds propres, loin des diktats de Bercy. Une charte est également signée en 2001, qui  met en lumière un bilan de richesse produite en terme d’indice de développement humain significatif. Au même moment le rapport Viveret ( Cour des Comptes) pointe le constat suivant : Les 26 milliards d'euros estimés de coûts sanitaires et sociaux de la pollution atmosphérique sont considérés comme une richesse produite, tandis que les actions de prévention et de réparation dans le domaine social et environnemental sont perçues comme des coûts. Dans ce rapport , on peut aussi lire :’ alors que la comptabilité publique prend en positif les destructions et les catastrophes, car elles font marcher les affaires des compagnies d'assurance, des créanciers et des constructeurs, les activités bénévoles qui, grâce en particulier aux associations, permettent d'éviter ou de limiter une partie des effets de ces catastrophes et de les réparer sont considérées comme des dépenses, c'est-à-dire comme une ponction des richesses économiques au titre des subventions qu'elles reçoivent. »

Évidemment, les néolibéraux entendent bien privatiser ce système, et toute l’économie sociale et solidaire .Mais comment faire ? Et bien tout d’abord,en favorisant le mécénat ! Faire appel au mécénat d’entreprise est désormais chose normale pour financer des champs de compétences sociétales aussi cruciaux que l’éducation populaire, l’économie solidaire, la culture pour tous ..

Vous allez me dire que c’est plutôt positif ! Que les acteurs économiques ne sont pas juste créateurs de richesse mais aussi de pollution, de violence sociale, et qu’il est donc tout à fait normal qu’ils contribuent à la réparation! Grâce au mécénat d’entreprise, des acteurs comme AXA vont pouvoir créer de la richesse non monétaire et permettre aux gens d’accéder à un haut niveau d’indice de développement humain!Les patrons du CAC 40 convertis au Polanyi -sme ? Et bien je n’y crois pas une minute. Le mécénat d’entreprise va servir et sert déjà de niche fiscale pour les plus riches.

Et pour les associations, c’est de la gestion en plus ! Voyez sur le site associathèque la procédure ! Identifier forces et faiblesses, cibler les entreprises potentielles, participer à des concours ! En plus des demandes de subventions traditionnelles faites aux collectivités territoriales ! A titre indicatif pour une petite structure associatif en milieu rural de 150 adhérents, la constitution des dossiers de demande de subvention représentent déjà 40 h de travail pour une équipe de bénévoles expérimentés : bilans, constitution des dossiers, mise en page,graphisme et évidemment personnalisation des dossiers . Il faudra doubler ce temps pour fonctionner avec les mécènes ! Du temps technocrate, du temps administratif, du temps de contrôle au détriment du temps associé au partage et à l’écoute.

Alors pourquoi nous mettre les mécènes dans les pattes ?Quelques éléments de réponse:

-Désengagement de l’état qui veut se centrer sur ses fonctions régaliennes : oui

– Niches fiscales : oui

– Décourager les bénévoles : oui ( mais non!!)

 Voilà pourquoi je ne suis pas favorable au mécénat d’entreprises au sein du tissu associatif. Si les entreprises veulent participer à la vie des associations, elles n’ont qu’ à faire comme tout le monde :

1) Payer leurs impôts au lieu de chercher la niche comme des bons toutous du CAC 40

2) Payer leurs cotisations aux associations.

3 ) Venir faire du bénévolat. Elles partageraient ainsi leurs compétences avec nous en toute transparence et pourraient faire par exemple : des maraudes dans les villes auprès des SDF, des permanences dans des associations d’entre aide féminine ou d’insertion, des lessives pour les Ressourceries, du ménage dans les locaux des associations culturelles, des collectes de livres pour financer des formations aux premiers secours, des dons de contrat d’assurance pour les locaux..Et ce sur leur temps libre bien sûr, pas sur du temps salarié

 

A bon association, salut !

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