Société générale : ces banquiers qui ont perdu le sens de l'argent

L’affaire des stocks-options de la Société Générale comme les informations réunies à partir des documents financiers de la banque ( voir ci-dessous) montrent pour ceux qui en doutaient encore, que les banquiers on a totalement perdu la notion de la valeur de l’argent. Et pour une profession qui voit circuler des masses de billets, c’est vraiment inquiétant.

Ils ont fini par ne plus faire la différence entre l’argent qui leur appartient et les fonds confiés par leurs actionnaires. Patrons et salariés de banques ont pris ces dernières année l’habitude de se "servir dans la caisse". Et la Société générale n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Certes l’affaire Kerviel qui mis les projecteurs sur la banque de la défense a incité les dirigeants à afficher en 2008, une modération salariale de façade. Daniel Bouton ne pourra s’offrir avec son salaire de 2008 qu’un 35 m2 avenue Montaigne au lieu d’un 120 m2 avenue Foch. Tant pis, il fera mieux l’année prochaine.

On constatera en revanche ( voir ci-dessous), que Fréderic Oudea n’a pas oublié lui, de se faire attribuer un parachute doré de près de 6 millions d’euros et qu’il percevra probablement en 2009 un salaire et des indemnités retraite proches de 2,8 millions d’euros.

Dans les banques, les patrons se sucrent mais les salariés ne sont pas non plus oubliés, c’est pourquoi on les entend si peu se plaindre. Pour passer inaperçus, les gros bonus de 2008 du personnel de la banque de financement et d’investissement ont été intégrés dans les salaires de base début 2009.

A coté de cela, les salariés ont touché en 2008, 343 millions d’euros en intéressement, participation, décote et abondement pour l’épargne salariale. Pour eux, c’est l’équivalent d’une prime moyenne de deux tiers de mois de salaire et pour les actionnaires c’est exactement la moitié du dividende qu’ils vont toucher.

Mais le meilleur reste à venir. Comme dans d’autres sociétés, les dirigeants de la Générale ont eu une politique de stock-options généreuse. Or, pour distribuer ces stock-options le moment venu, la banque a acquis 7,2 millions d’options d’achat de titres Société générale à 86 euros. Faites le calcul : le cours est à 32€ et il n’est pas près de revenir au cours d’exercice des options. Le bilan recèle donc une perte potentielle d’environ 400 millions.

Que conclure de tout cela ? Que les actionnaires sont floués. Que les dirigeants se sont servis année après année de l’actionnariat salarié pour se constituer une solide digue anti-OPA de façon à ce que le personnel et les titres d’autocontrôle verrouillent encore aujourd'hui 14% des votes. Et que les salariés eux même qui ont vu leur pécule fondre, risquent aussi d'être les dindons de la farce.

 

 

 

 

Fiche Société Générale

Daniel Bouton, président

Salaire fixe

Il n’a pas quitté la banque après les 4,7 Mds€ de pertes de l’affaire Kerviel, il a simplement abandonné son poste de PDG pour un poste de Président non exécutif du conseil. Son salaire est passé de 1 200 000 € en 2007 à 700 000€ en 2008. Daniel Bouton a renoncé en 2008 à toucher 50 % de cette somme.

Salaire variable

Il n’a plus de rôle exécutif mais se voit encore accorder une rémunération variable de 60 % du salaire fixe. Quelle performance sera récompensée ? On ne sait pas. Pour l’année 2008, Daniel Bouton y a en tout cas renoncé, reste à savoir s’il percevra ce salaire variable en 2009.

Jetons de présence

Le conseil a décidé de ne pas lui verser les jetons de présence dus soit 45 175 €.

Retraite

Daniel Bouton recevra mensuellement lorsqu’il fera valoir ses droits à la retraite 58,2 % de sa rémunération fixe de 2007 soit environ 725 000€ payable par la banque.

Parachute doré

Aucun

 

Fréderic Oudea, directeur général

Salaire fixe

Frédéric Oudéa a été nommé en avril 2008, Directeur général. A ce titre son salaire annuel fixe a été fixé à 850 000€ ( il a touché 612 742€ pour tenir compte du fait qu’il a été nommé en cours d’année). S’ajoute à cela le salaire qu’il a touché en tant que Directeur financier soit 241 291€.

Salaire variable

Le salaire annuel variable de Frédéric Oudea est fixé à 200 % du fixe. Il aurait donc pu atteindre 2 550 000€ en 2008 mais Frédéric Oudéa a renoncé à celle-ci en 2008.

Indemnité compensatrice

Au salaire s’ajoutera en 2009 une indemnité compensatrice de 300 000€ pour changement de régime de retraite liée à la fin de son contrat de travail.

Parachute doré

Indemnités en cas de départ :

1. Aucune indemnité en cas de faute grave ou de démission

2. Dans les autres cas : le montant de l’indemnité est plafonnée à deux années de salaire fixe + variable ( si le départ avait lieu à présent cela donnerait la somme de 5 100 000€) ou à trois années de fixe si le départ a lieu après 2010. Cette indemnité est versée sous condition de performance à savoir, avant 2010, la rentabilité annuelle des fonds propres (ROE) doit dépasser 6 %. Après 2010 , le ROE doit être supérieur à celui du quart des concurrents les moins bons.

Indemnité de non concurrence :

Elle est due dans tous les cas et égale à un an de salaire fixe ( soit 850 000€) en cas de départ quel qu’en soit la cause , ceci en contrepartie de la clause de non concurrence d’un an.

Retraite

Il bénéficiera de l’allocation complémentaire des cadres de direction de la Société générale

 

AUTRES DIRIGEANTS

 

Didier Alix, directeur général délégué

Salaire du Directeur général délégué Didier Alix perçu en 2008 : 500 000€ de fixe + 500 000€ de variable 2007 + 100 000€ de prime exceptionnelle pour 2007 soit 1 100 000€ perçus en 2008 + à venir prime variable 2008 versée en 2009 jusqu’à 200 % du fixe ; Retraite: il recevra mensuellement lorsqu’il fera valoir ses droits 56,8 % de sa rémunération fixe soit environ 284 000€ annuellement sur la base salariale actuelle. De plus, il bénéficiera de l’allocation complémentaire des cadres de direction de la Société générale ; Indemnité de départ : celle prévue au contrat de travail actuellement suspendu , elle n’est pas divulguée.

Séverin Cabannes, directeur général délégué

Salaire du DG Délégué Séverin Cabannes perçu en 2008 : la base fixe est de 400 000€ annuel (251 000 au pro rata de sa présence sachant qu’il est arrivé courant 2008) + à venir prime variable 2008 versée en 2009 jusqu’à 200 % du fixe. A cela s’ajoutent 412 121 € qui lui ont été versés pour ses fonctions précédentes salarié. Retraite : il bénéficiera de l’allocation sur complémentaire des cadres de direction de la Société générale ; Indemnité de départ : celle prévue au contrat de travail actuellement suspendu , elle n’est pas divulguée.

Philippe Citerne, directeur général partant

Retraite: il recevra mensuellement lorsqu’il fera valoir ses droits 48,4 % de sa rémunération fixe (750 000€ en 2008 dont la moitié seulement versé) soit environ 363 000€ annuellement sur la base salariale actuelle. De plus, il bénéficiera de l’allocation sur complémentaire des cadres de direction de la Société générale ; Indemnité de départ : celle prévue au contrat de travail actuellement suspendu , elle n’est pas divulguée.

Autres précisions :

Administrateurs non renouvelés à la prochaine AG : Philippe Citerne qui quitte le groupe , ainsi qu’Antoine Jeancourt-Galignani

Montant des jetons de présence : 780 000€

Composition du comité de rémunération : Président Jean-Martin Folz et membres : Luc Vandevelde, Patrick Ricard, Michel Cicurel.

SALARIES

En 2008, les avantages accordés aux salariés de la Société Générale hors salaires, primes et bonus ont atteint 343 millions d’euros. Ces sommes leur ont été versés sous forme de participation, d’intéressement, d’abondement aux plans d’actionnariat salarié ainsi que de décote sur les attributions d'actions.

 

CHARGES DES STOCK-OPTIONS

La Société Générale détenait au 31 décembre dernier, 11 millions de ses propres actions. Ces actions ont été achetées pour 884 millions d’euros. Elles n’en valaient plus que 396 millions à fin 2008. 88 % de ces actions sont destinés à couvrir des stocks options ou des attributions d’actions gratuites. La plus grande partie de ces actions ne sera jamais exercée.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.