Comment ? vous n’avez rien vu, rien entendu ?

 

 

Comment ?  vous n’avez rien vu, rien entendu ?


 

 

Préambule :

Ce texte se veut une réponse, inpirée du billet de Bernard Stiegler « Capables et incapables. 2017 était le véritable enjeu de 2012 ». Je n’ai pu me décider à mettre  en « commentaire » ma réponse sur son blog, compte tenu de sa longueur . J’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur et les lecteurs de ce blog non plus. D’autant que ce texte  pourrait s’adresser à tous ceux qui ont fait et/ou continuent à faire,  comme si tout cela n’avait pas existé…


Votre analyse de la situation est intéressante. Cependant, Je n’y vois que la période en amont de la campagne présidentielle. En effet, une fois la campagne commencée, des forces contraires entrent en action, course à l’Elysée oblige. Or,

1 - à aucun moment vous n'évoquez le rôle des médias, cette "2è peau du système" avec son pouvoir d'influence sur ceux à qui il s'adresse.

Je veux parler des médias en général (presse, radio, audiovisuel), aux ordres des puissances financières, véhiculant l'idéologie dominante, nous martelant qu'aucune autre alternative n'est possible, pratiquant la novlangue pour mieux brouiller les messages et désorienter l'électeur. Médias, méprisants jusqu'à l'insulte, l'opposition qui ose s'afficher. Sans compter l’armée d’experts en économie, politique, finance, etc. acquis à l’idéologie néolibérale.

2 - Vous écrivez : "la seule véritable question était la façon dont la France et l’Europe sauraient contribuer à la formation d’un autre monde",

mais vous ne dîtes pas qu’en 2012, un homme politique de gauche a incarné cet "autre monde", me semble-t-il, ce changement, cette rupture dont nous avions besoin et que vous décrivez avec force détail. Il a su rassembler les foules lors de ses meeting, comme aucun autre. Allant crescendo au fur et à mesure que la campagne avançait (Paris, Toulouse, et l’apothéose, son discours du Prado à Marseille).

Que s'est-il passé, alors,  pour qu'il apparaisse amoindri élection après élection  ? C'est bien celle-là, la question d'aujourd'hui.

Non, l'homme n'a pas changé, il a même persévéré, enrichi son discours, son programme aussi. Il a suivi de près le nouveau gouvernement, l'a interpellé, critiqué pour mieux faire appraître ses manquements. Il a continué ses actions de rassemblement, contribué mieux que personne à l'éducation populaire de ses électeurs. Gardien de nos repères historiques, politiques, sociaux... sans parles de ses procès remportés, au nom de la démocratie, concernant le mot « fascisme » pour qualifier un partie d’extrême-droite et l’affaire des faux-tracts de Hénin-Beaumont…

Je réitère ma question, que s'est-il donc passé, stoppant net cet élan ?

(Un début de réponse, peut-être, lorsque vous laissez à penser que la focalisation sur le FN aurait été une erreur. Même si cela me paraît nettement insuffisant pour contrer la marche en avant d'un idéal de plus de 4.000.000 de personnes.)

Mais, nous ne trouvons pas la réponse dans votre analyse  parce qu'elle omet de décrire les véritables forces en action, lors de ces présidentielles, et bien au-delà, des autres échéances électorales.

Le candidat providentiel est (était) bien au rendez-vous. Les puissances financières l’ont vite repéré, elles. Et grâce à l'ampleur illimitée de leurs moyens d'actions, elles ont été les plus fortes.

La fin justifiant les moyens, elles se sont attaquées non pas à ses idées, difficiles à contrer, mais à l’homme, à son image, n’hésitant à déformer, interpréter ses propos. Jours après jour, mois après mois, elles se sont appliquées à dénigrer, voire diaboliser, jusqu’à faire apparaître méprisable, l’homme qui incarnait cette dangereuse alternative au système en place et le beau programme de l’Humain d’abord. 

Le bashing-Mélenchon, pratiqué également par tous les partis, de l’UMP au FN, en passant par ses anciens « amis » du PS (J Dray, Assouline, Cambadélis, la liste est longue, j’en oublierais de toute façon) et des Verts (notamment J bové, principalement) et des communistes (Chassaigne), jusqu’à l’arrivée des municipales où là, la composante principale du Front de Gauche décide de faire sécession. ( Enfer et damnation !).

Comment ?  vous n’avez rien vu, rien entendu ? ou bien, auriez-vous déjà oublié ?

Pendant 2 ans ½ , il a été l’homme à abattre. Non, l’image ne me paraît pas exagérée. Il était le seul à dénoncer, à déranger ce système corrompu et ce gouvernement à sa solde. Le seul à le dire haut et fort.

Haro ! Haro sur Mélenchon !

JL Mélenchon a été  un homme seul, très seul sur la scène médiatique. Quel courage pour affronter les « chiens de garde » et quelle énergie déployée face à ses détracteurs !

Plusieurs fois, il a tendu la main. Ce n’est que depuis peu que certains se sont rapprochés (O. Besancenot, Liêm Hoang Ngoc… qui d’autre ? bien peu, en vérité). Quant à Eva Joly qui l’avait soutenu lors du rassemblement pour la VIème République - c’était le  5 mai 2013 - pfuittt… disparue ! (aurait-on réussi à la dissuader ?)

Qui connaît le programme l’Humain d’abord ! et l’écosocialisme et toutes ses belles et grandes idées qu’il a volontiers partagé lors de ses discours, conférences, débats, interviews (et avec quel brio !) ? Heureusement, nombre de ces moments ont été enregistrés et sont toujours disponibles. J’espère pour longtemps…

Pour parfaire ce bizutage en règle, on déroulait le tapis rouge à la représentante de l’extrême-droite. Mme Le Pen par ci, Mme Le Pen par là. La dédiabolisation du parti fasciste, tous azimuts. Pour le profit des oligarques, rien n’a changé : « mieux vaut Hitler que le front popuplaire ». Elle n’avait pas besoin de faire campagne, d’ailleurs, elle ne l’a pas fait ; sa représentation dans tous les médias a suffit, avec force sourire et interviews tout en rondeur par de  zèlés « journalistes ».

Enfin, comble de l’ironie, la question posée en boucle, d’un air badin, suite aux divers sondages : « Comment expliquez-vous, M. Mélenchon que vous ne décolliez pas dans les sondages alors que le score de  Mme Le pen s’envole ???»

… quel cynisme !

Et que pensez-vous que fit le peuple à qui on donnait à voir un tel spectacle, dans le brouhaha des buzz et du consensus des experts ? Un peuple qui voit la misère partout autour de lui, qui a peur, à qui on répond par « plus de sécurité », désorienté, en manque de repères, tenu dans l’ignorance, en bref, manipulé et divisé.

Il a  vite été  découragé par la stigmatisation faîte à l’encontre du tribun, celui qui « éructe », « agresse les journalistes », « n’a rien à proposer de crédible, paraît-il », j’en passe et des meilleures  jusqu’au « Mélenchon = Le Pen ». Qui dit mieux ?

Au soir du 25 mai, le résultat est sous nos yeux, qui n’en croient mais.

Alors, si d’ici 2017, se présente un nouvel homme politique de gauche pour qui  "la seule véritable question… [est] la façon dont la France et l’Europe sauraient contribuer à la formation d’un autre monde",

Que fait-on… ?

 

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