C’est l’inefficacité du système carcéral qu’il faut pointer, pas Taubira

Les attaques répétées contre Christiane Taubira sont aussi abjectes que creuses. Abjectes, quand elle portent sur sa personne. Parce qu’en politique ce sont les idées que l’on doit confronter, et non pas les personnes que l’on doit affronter. Creuses, parce que nul individu intellectuellement honnête ne peut nier l’inefficacité du système carcéral, dont, rappelons-le, 63% des anciens détenus sans aménagement de peine, récidivent.

Déjà lors de la rédaction de son ouvrage Surveiller et Punir, Michel Foucault soulignait le paradoxe selon lequel la prison a toujours été accompagnée des mêmes critiques, dès son commencement, et sans qu’on y remédie : “Car tout de suite la prison, dans sa réalité et ses effets visibles, a été dénoncée comme le grand échec de la justice pénale” Ainsi que le dénonçait Alexis de Tocqueville (Note sur le système pénitentiaire, 1831) à travers une démonstration chiffrée,  reproduite par Foucault, la prison ne forme pas des individus corrigés mais elle “essaime dans la population des délinquants dangereux”.

La droite ne peut pas faire l’économie de la question de l’efficacité de la peine carcérale qui se mesure au degré de réinsertion de l’individu dans le corps social.

La réforme de 1945, et ses principes ne sont toujours mis en oeuvre. Doit-on rappeler parmi eux, celui du principe d’assistance à la réinsertion : ” L’assistance est donnée aux prisonniers pendant et après la peine en vue de faciliter le reclassement”.

La prison, ou les milieux fermés, ainsi que le démontre Foucault, conduisent, en outre, au rapprochement de bandes organisées futures, d’individus deshumanisés par l’isolement et le poids d'un regard stigmatisant. Jacques Audiard l’avait parfaite illustré dans son film  “Un Prophète” .

Loin d’être angélique, la perspective de “probation” dessinée par Christiane Taubira, porte en elle le germe d’une refondation du système des peines, visant à réinsérer l’individu dans le corps social et donc à prévenir la récidive. (Consulter article du Monde)

A cette réflexion nécessaire doit être ajoutée celle, essentielle, de la suppression de la détention provisoire à laquelle j'avais consacré un essai en 2005.

Marie-Sophie Mozziconacci

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