Le paradis des bêtes

 Un garçonnet aussi mignon que naïf se faufile dans la chambre où son père goûte la présence d'une charmante créature. Le drap couvre. L'enfant découvre sans voir. Un jeu de fauves : « Une histoire d'hommes ».

 Dominique (Stefano Cassetti) joue avec son fils Ferdinand (Léon Brachet). Comme son fils, il a besoin d'attention, d'admiration, de légèreté. Le fils devenu magicien, espère, le temps d'une soirée en famille, retenir l'admiration de ses parents. Le père espère, multipliant les effets d'illusion, gagner l'estime de ses enfants. Le fils a fait disparaître sa soeur Clarisse (Valentine Klingberg) par un artifice de prestidigitation enfantin. Le père tente d'effacer la mère par un éloignement et un divertissement constant.

 Cathy (Géraldine Pailhas) est conciliante. Elle a conscience que son mari Dominique, a pu avoir un passé trouble, une enfance difficile. Elle se consacre à l'éducation des enfants. Mère au foyer, elle tisse les liens qui ont manqué à Dominique. Cathy prend sur elle le dénigrement de la soeur de Dominique, Stéphane (Muriel Robin) qui a du mal à concevoir qu'elle « ne fasse rien de ses 10 doigts », et que Dominique puisse être « comme un chien » quand elle prend ses distances. Dominique est violent mais faible. Il accable Cathy du fardeau de son mal-vivre. Il la cogne avec ses mains, avec la portière d'une voiture, avec des paroles acerbes. Volage, Dominique éprouve sans cesse le besoin d'être rassuré, tout en fuyant toute responsabilité. Clarisse, sa fille et "petite princesse", décrypte. Elle pétille d'intelligence. Elle sent qu'il se joue de son frère et d'elle. Ferdinand dit ne pas avoir « d'opinion » incarnant l'âge exempt de jugement. Clarisse discerne.

Dominique troque sa fonction d'amuseur avec celle de père en laissant les enfants sur le caroussel. Il offre à Cathy la possibilité d'avoir son tour, et ainsi de trouver sa place. De femme. Et de mère.

 Le premier-long métrage d'Estelle Larrivaz concilie la justesse d'un sujet audacieux avec un esthétisme singulier. Le jeu des enfants acteurs Valentine Klingberg, Joshua Groleas et Léon Brachet nous transporte sans emphase sur le questionnement légitime du mimétisme comportemental de la violence intrafamiliale. La sociologie du couple incarné par Stefano Cassetti et Géraldine Pailhas permet d'évoquer la « banalité du mal » qui frappe sans distinction sociale. La contemporanéité nous interpelle également sur la non-linéarité des libertés individuelles, et l'état d'asservissement dans lequel certaines femmes peuvent se trouver, de nos jours, confrontées à la figure du PN (Pervers Narcissique). La justesse du film tient également à une fin qui évite la mièvrerie d'un « on efface tout et on recommence », tout en évitant de sombrer dans la perpétuation de la victimisation.

 Le Paradis des bêtes signe les débuts d'une réalisatrice de talent. Si on peut s'étonner que les chaînes TV n'aient pas contribué, en amont, au financement du film, on ne serait pas surpris, en revanche, que la performance de la réalisatrice et des acteurs dirigés, connaisse une reconnaissance institutionnelle similaire à Angèle et Tony.

 

 

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