Cultivons la confiance pour notre planète : mon intervention

Le 12 octobre dernier, Olivier Maurel, le réalisateur de "En quête de sens", réunissait de très nombreuses organisations autour de la confiance pour notre planète. Un bel événement, organisé par plusieurs centaines de bénévoles, de nombreuses associations, structures de l'économie sociale et solidaire et autres partenaires, avec la participation de Satish Kumar.

Retrouvez mon intervention sous ce lien et ci-dessous, et toutes les interventions de cette belle conférence ici.

 

Bonjour,

 

Je m'appelle Marie, et je m'investis pour la justice climatique et environnementale.

 

J'ai ancré l'espérance aux racines de la vie

 

J’ai grandi auprès des plus pauvres, dans les communautés ATD-Quart Monde dans lesquelles mes parents étaient engagé.e.s.

 

J’y ai rencontré aussi bien la violence du désespoir d'être une population écartée par le système que la solidarité et la force qui animent celles et ceux qui y vivent.

 

Ce sont elles et eux, qui subissent le plus durement, au delà des discriminations sociales et économiques, les désordres environnementaux, les pollutions, mais aussi les produits toxiques, dans les bidonvilles, au bord des autoroutes ou dans des logements délabrés.

 

Pour ces personnes là, l'espérance n'est ni un caprice, ni une option : elle est une condition de vie.

 

C'est cette prise de conscience qui nourrit mon engagement, ma force ; c'est en elles et eux que je puise l'énergie pour m'investir dans ce monde.

 

L'engagement, c'est un donné pour moi. Mais l'espérance, elle, elle est dure à entretenir. Et c'est bien d'espérance dont j'aimerais vous parler aujourd'hui, autour d'un très beau poème d'Andrée Chedid : L'espérance. Celle qui prend sa source au plus profond de nous, au plus profond de la vie, au plus profond du vivant.

 

J'ai ancré l'espérance aux racines de la vie

 

Pour qu'il y ait espérance, il doit y avoir un constat, et une révolte.

 

Révolte contre cette misère, cette exclusion, qui s'exprime de bien des façons : économiques, mais aussi sociales, et symboliques.

 

Révolte, contre l'exploitation des ressources, contre le dépassement des limites de la planète, là notre enjeu est de créer une société au sein de laquelle chacune et chacun ait leur place et sa dignité, dans un monde fini.

 

Révolte contre un monde dans lequel 1% des citoyens s'accaparent 82% des richesses produites, tel que c'est le cas aujourd'hui.

 

Révolte contre un monde dans lequel il est possible d'attenter à la nature, à notre Terre-mère, sans que quiconque n'y trouve quelque chose à redire. Révolte contre ce monde dans lequel 100 entreprises seulement ont émis 70% des émissions de gaz à effet de serre depuis 1988, c'est-à-dire depuis que l'on connaît les actes qui causent le réchauffement, et qui laissent pourtant des victimes qui se multiplient s'adapter et financer seuls les dommages qu'elles ont causé. Révolte contre un monde qui entretient de grands projets destructeurs, des centrales nucléaires dangereuses aux pesticides et OGMs, et tue son propre sol. Révolte contre un monde dans lequel les plus riches cherchent à quitter la Terre, en construisant des îles flottantes comme dans la mer au nord ou au large de Lagos, ou même à aller vivre sur une autre planète comme Jeff Bezos, le PDG d'Amazon, ou Elon Musk, le PDG de Tesla, de sorte à pouvoir échapper à la montée des eaux, l'acidification des océans, la pollution de l'air, l'appauvrissement de nos sols...

 

Révolte contre un monde dans lequel l'argent caché dans les paradis fiscaux sert à des activités de trafic d'espèces végétales et animales, et à la destruction de l'environnement, une destruction qui frappe en premier lieu les plus pauvres et bafoue souvent la démocratie : un monde dans lequel près de 200 militants écologistes sont tués chaque année, et dans lequel même en France les écologistes sont considérés comme des ennemis de la nation.

 

J'ai ancré l'espérance, aux racines de la vie.

 

Aux racines de la vie, parce que c'est bien en reconstruisant un lien harmonieux avec la nature que nous pourrons mettre fin aux misères humaines.

 

Cela, je l'ai compris très vite. Car après mes premiers engagements auprès des plus pauvres, j'ai accompagné en tant que jeune militante des combats de peuples indigènes et autochtones d’Amérique latine. Ils rencontrent des problèmes que nous connaissons : l'exploitation à tous crins de nos ressources naturelles. Mais ils sont aussi dispersés. Les Etats ne parviennent pas à s'allier pour peser dans les négociations commerciales, et sont contraints de s'engager dans le libre échange, qui à sont tour pousse à l'exploitation des ressources : pétrole, nickel, lithium. Les victimes ne parviennent pas à s'allier, car elles ont été discriminées, on les a opposées les unes aux autres, et dépasser cela est un défi en soi.

J’ai été saisie, à chacune de mes expériences en France ou à l’étranger, par l’impotence des efforts et des luttes lorsqu’elles ne sont pas coordonnées, et par le rôle de la protection des ressources et des communs naturels pour l'égalité sociale.

 

Face à la dispersion, face aux forces obscures, il nous faut travailler à des outils universels. Des outils, culturels et juridiques !, c'est-à-dire Politiques, qui nous permettent de mieux protéger le vivant, l'ensemble du vivant, pour protéger les êtres humains et garantir l'égalité et la dignité de tou.te.s.

 

*

Face aux ténèbres
NOUS DEVONS DRESSER des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

 

Après plusieurs années d'engagement auprès de ces populations, sur le terrain, j'ai donc rejoint le mouvement du droit planétaire : des droits de la nature, de la reconnaissance des écocides, puis fondé Notre affaire à tous.

 

La justice climatique et environnementale est le nouvel horizon des batailles sociales présentes et à venir.

 

Ce que nous faisons, c'est planter des flambeaux, planter des graines.

Nous menons des actions de justice climatique et environnementale :

  • avec le PCC ;

  • contre les pollueurs ;

  • pour contraindre les Etats à respecter l'Accord de Paris.



Et nous ne sommes pas seul.e.s !

Parce que tout le monde s'y met, et que l'espérance se nourrit d'un élan collectif.

D'abord, ces dix familles

Ensuite, de nombreux citoyens du monde : du Pakistan aux Pays-Bas, des jeunes colombiens, aux jeunes américains

Mais aussi en Inde, en Nouvelle-Zélande, en Bolivie pour les droits de la nature

 

L'espérance se nourrit aussi de victoires, de ces victoires, qui nous tiennent chaud au cœur.

 

En France aussi.

 

En 2017, les associations environnementales françaises se sont approprié l'enjeu de la justice sociale : pour exemple, France Nature Environnement a consacré ses journées d'été à la justice sociale. Quant aux associations de la solidarité et de l'économie sociale et solidaire, dont nombre d'entre vous faites partie, elles se sont également approprié la question environnementale.

 

L'espérance se nourrit de notre capacité d'agir ensemble, et d'y prendre du plaisir, d'y trouver de la joie, pour pouvoir tenir.



*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

 

Nous avons construit notre pacte social, juridique et culturel, dans la domination de la nature. Le droit, c'est notre règlement intérieur, ce sont les règles de notre maison commune.

 

Pour nourrir et cultiver l'espérance et la confiance, nous devons etrouver les sagesses populaires, celle des peuples indigènes : « Je suis la rivière, et la rivière est moi », est déjà celle des ZADistes : « Je suis la nature qui se défend ».

 

C'est celle de chacun de nous :

lorsque l'on parle à nos plantes, à nos animaux,

lorsque, comme Christian Bobin, nous racontons les aventures d'une feuille de cerisier

 

C'est en nous, et ensemble, collectivement, que nous pouvons trouver les ressources pour nous engager durablement dans le chemin de la transformation de nos sociétés, que nous pouvons mettre fin aux inégalités, prendre soin les uns des autres, et protéger notre terre-planète. Sans jamais dépérir. Et en cultivant notre révolte.

 

Pour la justice sociale et environnementale, écoutons Andrée Chedid :

 

Ancrons ensemble l’espérance
Aux racines de la vie

 

*

Enracinons l’espérance
Dans le terreau du cœur
Adoptons toute l’espérance
En son esprit frondeur.



Merci.

 

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

 

*

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

*

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.



Andrée Chedid

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