Non, les hommes ne nous sauveront pas du Covid-19

Je ne supporte plus le paternalisme des hommes qui nous gouvernent, qui nous embauchent et qui nous soignent. Ils sont partout, nous promettant une sortie de crise prochaine. Ils prétendent nous sauver, mais de quoi ? Ils ne protègent que leurs intérêts, au mépris du reste de l’humanité.

Non, les hommes ne nous sauveront pas du Covid-19. Ils nous le répètent depuis un an, mais je n’y crois pas. “Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants (...). Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là”, promet le Président de la République le 16 mars 2020 [1]. Emmanuel Macron se pose en “white savior”, le sauveur blanc au secours des pauvres et des malades. A ses côtés : Jean Castex, Premier ministre, et Olivier Véran, ministre de la Santé. Tous des hommes blancs cisgenres et hétérosexuels.

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Ils ne sont pas seuls. Depuis le début, les hommes monopolisent la parole et l’image : “experts” en santé, “experts” en politique, “experts” en économie, à la télévision, à la radio, dans les journaux, sur internet. Le temps de parole des femmes a été divisé par deux sur le petit écran [2]. Les médias invitent en priorité des hommes cisgenres, blancs, hétérosexuels, valides et bourgeois pour nous expliquer la crise sanitaire. Oui, ils nous mansplainent à longueur d’antenne notre quotidien, nos souffrances et notre avenir.  

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Ces hommes craignent pour leur vie, et à raison. La majorité des victimes du Covid-19 sont des hommes de plus de 60 ans [3].

Les femmes sont moins touchées par le virus, mais se retrouvent “en première ligne” de la crise sanitaire, nous le savons. Les femmes et les personnes minorisées perdent leur travail, nourrissent leurs enfants, nettoient l’appartement. Nous affrontons la précarité et le deuil. Nous ne craignons pas forcément de mourir, mais nous redoutons que nos proches y passent. Nous supportons la charge mentale, émotionnelle et sexuelle du foyer. 

Les femmes et les personnes minorisées ont tout à perdre, dans la crise. Nous ne bénéficions pas toujours du télétravail ou du chômage partiel car nous occupons souvent des postes dits "essentiels" (hôpital, supermarché, école), ou aucun poste. Confiné·es à domicile, nous risquons des violences domestiques, psychologiques, physiques ou sexuelles.

Au même moment, les hommes privilégiés se remplissent les poches. Les dix plus riches du monde ont vu leur fortune totale augmenter de plus de 500 milliards de dollars depuis le début de la pandémie [4]. Les inégalités économiques, sociales, médicales se creusent. 

Bill Clinton à l'investiture de Joe Biden © Getty Images Bill Clinton à l'investiture de Joe Biden © Getty Images
Non, les hommes ne nous sauveront pas du Covid-19. Ils sont incapables de s’en protéger eux-mêmes. Ils pratiquent assidûment le “manslipping” - l’art de positionner son masque en dessous du nez - dans la rue, au travail ou à l’investiture du président américain Joe Biden [5]

Depuis un an, les femmes et les personnes minorisées ont disparu des rues, des bars et des lieux de pouvoir. Je me trompe : cela a toujours été le cas. Les hommes, les politiques, les entreprises et les médias nous invisibilisent à dessein. Ils privilégient leurs amis, leurs patrons, “la reprise économique”. Nous ne sommes pas concerné·es, nous le savons. Nous ne reprendrons rien du tout, ils garderont tout pour eux.

Si seulement nous existions, nous pourrions les mettre à la porte. Nous pourrions nous sauver du Covid-19. Nous-mêmes.

 

Marie Albert, aventurière, journaliste et autrice féministe

Merci à T. et A. pour leur relecture.

N.B. J’écris “le Covid-19” car le masculin l’emporte sur le féminin. Je n’écris pas “la Covid-19” car la féminisation menace la langue française. Vous refusez toujours d’écrire agente d’entretien, pompière, doctoresse, autrice. Je refuse d’écrire “la Covid-19”.

 

[1] Discours “Nous sommes en guerre”, Emmanuel Macron, 16 mars 2020

[2] Étude “Pendant le confinement, le temps de parole des femmes a baissé à la télévision et à la radio”, Institut National de l'Audiovisuel, 9 septembre 2020

[3] Bulletin “COVID-19 : point épidémiologique”, Santé Publique France, 21 janvier 2021

[4] Rapport “Le virus des inégalités”, Oxfam France, 25 janvier 2021

[5] Article “Is Mask-Slipping the New Manspreading ?”, James Gorman, New York Times, 20 janvier 2021

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