Femmes et confinement, de la protection au cauchemar

FEMMES ET CONFINEMENT, DE LA PROTECTION AU CAUCHEMAR quels impacts auront les mesures de confinement sur les violences faites aux femmes ? Un risque peut en cacher un autre, derrière le risque majeur de la propagation du virus covid-19, un second ne tardera pas à émerger après la mise en confinement massive des populations au sein des pays européens, celui des violences basées sur le genre.

Entendons nous bien, mes propos n’ont pas pour objet la critique positive ou négative de la mise en confinement annoncée hier lundi 16 mars, par Emmanuel Macron. Il est évident que la mesure en elle même est une nécessité pour contenir, autant que faire se peut, la propagation du virus et tenter d’obtenir un pic épidémique moindre. Cette obligation a pour finalité la protection du plus grand nombre et éviter la saturation de notre système de santé déjà fragilisé par des années de politiques destructrices en matière de services publics (à vous les politiques : #onvousl’avaitbiendit).

Il existe cependant un risque immédiat pour une tout autre catégorie de la population, les femmes. L’accroissement de la vulnérabilité n’apparaît pas du fait de l’isolement naissant, non, elle est belle est bien liée à une condition inégalitaire préexistante à l’apparition du covid-19, une intarissable inégalité femmes-hommes. Pour rappel et en quelques chiffres, "à travail égal, les femmes sont en moyenne rémunérées  24 % de - que les hommes, les femmes représentent 2/3 des adultes analphabètes dans le monde, 153 pays ont des lois favorisant la discrimination économique des femmes. Last but not least, dans le monde, une femme sur trois subira des violences au cours de sa vie". (source Oxfam International). 

Le nombre de violences faites aux femmes n’a pas amorcé de courbe descendante, pour preuve en 2019 c’est entre 122 et 149 féminicides en France, selon les sources pour 121 en 2018. Il ne faut donc pas se voiler la face, malgré les déferlantes sur la libération de la parole des femmes avec #metoo, #balancetonporc et #noustoutes, etc, les inégalités femmes-hommes restent bien présentes en France et partout dans le monde. La mise en confinement va accroitre le danger qui pèse sur de nombreuses femmes.

Les violences dites « de genre », qu’elles soient physiques, morales ou psychologiques et à l’issue mortelle dans les pires scénarios, sont le pendant connexe de la mise en isolement au sein du foyer ; où comment une mesure de protection peut soudainement virer au cauchemar et accroitre la vulnérabilité puis le risque pour d’autres. Les services de proximité sont fermés, les contacts avec les collègues, les ami.e.s, la famille, avec les commerçant.e.s, les autres parents ou toute autre personne susceptible de pouvoir venir en aide à ces femmes sont rompus, elles sont désormais seules avec leur histoire.

Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a annoncé aujourd’hui et au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron,  que des mesures de protection seraient effectives dès ce jour contre les violences conjugales.Merci mais insuffisant, et comment pourrions nous, pourraient-elles avoir confiance en un état qui tabasse les femmes lors d’une marche pacifique en pleine journée internationale pour le droit des femmes ?!.

Nous le voyons sur le terrain des réponses d’urgence humanitaire, seules des mesures de lutte contre l’inégalité et la discrimination entre les genres peuvent permettre de créer des environnement sûres et d’atténuer le risque. En d’autres termes, la résilience se prépare avant, lorsque tout va bien, en ce sens nous avons échoué. Le système actuel Patriarcal, capitaliste, destructeur du vivant est un échec cuisant de notre société et profondément créateur d’inégalités. Ces femmes payent le prix aujourd’hui de l’inconscience politique mondiale.

D’aucuns diront que je dramatise, prenons un exemple concret sur lequel nous avons un tout petit peu de recul : la Chine. Un officier de police à la retraite, militant des droits de l’Homme qui est le fondateur d'une ONG contre la violence domestique à Jingzhou, une ville de la province centrale du Hubei, a déclaré au journal Sixth Tone que les rapports de violence domestique ont presque doublé depuis que les villes ont été mises en quarantaine. Il a ajouté dans l’interview que le poste de police du comté de Jianli, qui est administré par Jingzhou, avait reçu 162 rapports de violence domestique en février - trois fois plus que les 47 rapports du même mois de l'année précédente. Le nombre de cas signalés en janvier a également doublé par rapport à la même période de l'année précédente. "Selon nos statistiques, 90 % des causes de violence sont liées à l'épidémie de COVID-19 » a déclaré ce militant au journaliste de Sixth Tone.

J’aime à penser que nous pourrons tirer les leçons de notre façon de vivre, que nous rectifierons le tir avant une situation d’effondrement plus massive. La résilience se construit maintenant. Nous sommes à un tournant, saurons nous collectivement prendre le chemin de la solidarité, de l’entraide et de la décroissance, nécessaire à une société égalitaire, équitable et juste ?

Une pensée particulière à toutes ces femmes et personnes sans domicile plus largement, pour qui être confiné chez soi ne veut rien dire…

 

Marie Bécue

Consultante : Genre et protection en situation de crise humanitaire

Conférencière: Femmes et effondrement, résilience et vulnérabilité - Ecoféminisme

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