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Billet de blog 7 oct. 2022

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Est-ce que nous ne sommes qu’un pansement sur une plaie qui ne fait que saigner ?

Au bout d’un an du #MeTooThéâtre, que reste-t-il ? Le backlash féministe. Les victimes qui n’osent toujours pas parler aux directions de théâtre et aux écoles. La protection des hommes accusés. La remise en cause de la parole des victimes. La mise à l’écart d’une parole féministe radicale.

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A mes soeurs de lutte, Agathe, Julie, Louise et Séphora. 

Aujourd’hui, ce sont les un an du #MeTooThéâtre. 

Il y a un an, j’ai décidé de médiatiser le viol que j’ai subi, l’insensibilité d’une institution tenue informée de ma plainte et de prendre le risque de voir ma procédure judiciaire brisée au nom de la lutte. 

Nous avions créé le #MeTooThéâtre pour alerter sur l’omerta, pour pallier au “tout le monde savait”. Sauf que ce processus de silenciation est encore majoritaire dans le théâtre. J’entends encore aujourd’hui des personnes remettre en cause la parole des victimes du milieu théâtral en sélectionnant les “bonnes” et les “mauvaises” victimes en fonction de critères absurdes : notoriété, âge, place dans le milieu théâtral. 

Après un an, je me demande encore pourquoi il y a eu autant de résistance dans un milieu dit intellectuel et artistique pour signer une tribune qui demandait simplement de ne plus agresser et violer dans le théâtre. Nous avions fait, dans cette tribune publiée le 13 octobre 2021, plusieurs demandes au milieu théâtral : une enquête quantitative sur les violences sexistes et sexuelles dans la profession. Cela n’a pas été entendu. Nous avions demandé un travail de sensibilisation des équipes d’écoles et de théâtre et la mise en place d’un.e référent.e en matière de VSS formé.e.s. Cela n’a pas été entendu et peu de théâtres l’ont mis en place, sur base du volontariat. La création d’une charte déontologique pour éviter la banalisation de relations entre les élèves et les professeurs qui amène à des situations de violence et d’emprise par l’écart hiérarchique. Cela n’a pas été entendu. Nous avions demandé la mise en place de la parité au sein des postes de direction de théâtres nationaux, scènes nationales, centres dramatiques nationaux et dans les établissements d’enseignements artistiques. Cela n’a pas été entendu. Nous avions demandé une attention particulière sur les parcours de femmes racisées. Cela n’a pas été entendu. Nous avions demandé la valorisation du matrimoine théâtral. Cela n’a pas été entendu. 

La seule avancée que nous ayons obtenue, c’est le conditionnement des subventions au respect d’engagement contre les violences sexuelles. Mais de quoi parlons-nous ? Si un théâtre protège ou ne déprogramme pas un artiste accusé de violences, est-ce un engagement contre les violences sexuelles ? 

Aussi, que penser d’un milieu qui a préféré s’émouvoir d’une déprogrammation et de chaînes accrochées à une porte d’entrée d’un théâtre plutôt que de s’émouvoir de jeunes femmes de 18 ans agressées par des professeurs de 50 ans, de comédiennes qui, après avoir été agressées, doivent quitter des projets pour ne plus croiser leurs violeurs ?

Presque aucune communication n’a été faite par des théâtres pour témoigner de leur soutien envers le mouvement que nous avons lancé, envers les victimes qui osaient témoigner ou pour réaliser les recommandations que nous avons faites. 

Cela fait un an que j’écoute des témoignages de femmes violentées, qu’on met en contact des victimes avec des avocates, qu’on trouve des co-victimes, qu’on prévient le ministère de la culture, qu’on conseille pour porter plainte, que l’on informe les théâtres, les écoles. Est-ce que nous ne sommes qu’un pansement sur une plaie qui ne fait que saigner ? 

Après un an, j’espère en avoir aidé. Parce que le seul objectif, en lançant le #MeTooThéâtre, c’était de faire en sorte qu’aucune femme victime du milieu théâtral ressente la solitude qui m’a enfermée il y a deux ans. 

Un an que l’on sait tous et toutes qu’il y a des atrocités faites au nom de l’art, au nom de la possession. Un an qu’il ne se passe rien, que la ministre de la culture parle de présomption d’innocence. Alors, qu’est-ce que je dois faire de tous les noms entendus, de toutes les histoires de violences que l’on m’a confiées ? A quoi est-ce que cela sert ? 

Et puis parfois, je me demande pourquoi autant de réactions pour dire qu’une gifle est une violence conjugale, qu’il faut exclure ces auteurs de la vie politique quand mes bleus n'émeuvent en aucun cas une institution et le milieu théâtral ? 

Au bout d’un an, que reste-t-il ? Le backlash féministe. Les victimes qui n’osent toujours pas parler aux directions de théâtre et aux écoles. La protection des hommes accusés. La remise en cause de la parole des victimes. La mise à l’écart d’une parole féministe radicale. Le manque de courage politique de mettre à l’écart les hommes accusés ou condamnés pour violences conjugales et sexuelles. 

Il faut faire exploser tout ça. Il faut nous rejoindre. Il faut des discussions collectives sur le sujet. Il faut boycotter les théâtres qui sont coupables ou complices de violences sexistes et sexuelles. Emparez-vous de cette question autrement que dans des représentations esthétisées des violences faites aux femmes. Parce que sinon, nous ne sommes qu’un outil de création ou de validation auprès des féministes. Nous valons mieux que ça. J’ai la rage, je ne décolère pas et avec le Collectif #MeTooThéâtre, nous continuerons coûte que coûte le combat. Mort à l’omerta.

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