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Billet de blog 18 sept. 2022

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Nos coups reçus ne seront pas impunis politiquement

Lorsqu’un homme accusé reconnaît les faits, vous accusez les médias et les réseaux sociaux de nuire à sa vie privée. Mais qui nuit à la vie privée des femmes : les réseaux sociaux qui témoignent leur solidarité à une victime ou les violences qu’un homme commet sur sa femme à l’annonce de la séparation ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A destination de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou et les autres.

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd parce que j’ai la sensation de revivre des épisodes de ma vie personnelle en lisant le communiqué d’Adrien Quatennens sur les violences qu’il a commises et les réactions de plusieurs cadres de la France Insoumise face à sa décision de se mettre en retrait du parti.

J’ai le cœur lourd parce que je m'aperçois que les mécanismes de violences conjugales et que la rhétorique de défense habituelle des agresseurs ne sont pas connus de la part des politiques pour lesquels j’ai voté et milité. Ou alors, il s’agit d’un acte délibéré de solidarité en connaissance de cause et cela ne me rassure pas. 

Ce qu’il y a de plus vertigineux dans les violences sexistes et sexuelles, c’est la répétition ad nauseam des mêmes faits, des mêmes mécanismes de défense des agresseurs et des mêmes tentatives de protection du milieu dans lequel l’agresseur intervient. Seulement, cette fois-ci un élément change : nous avons la certitude que des violences ont été commises par Adrien Quatennens. Nous n’avons toutefois pas à applaudir la reconnaissance de faits de violences. Ou alors, nous devons aussi applaudir Bertrand Cantat d’avoir reconnu le féminicide de Marie Trintignant. Voyez comme cela est perturbant.

Lorsqu’un homme accusé nie les faits, vous sortez la carte du tribunal populaire qui passerait avant la justice. Lorsqu’un homme accusé reconnaît les faits, vous accusez les médias et les réseaux sociaux de nuire à sa vie privée. Mais qui nuit à la vie privée des femmes : les réseaux sociaux qui témoignent leur solidarité à une victime ou les violences qu’un homme commet sur sa femme à l’annonce de la séparation ? Le complotisme le plus répandu concerne les témoignages de violences sexistes et sexuelles, parce que cela vous arrange bien que les victimes ne soient pas crues.

Ce que je tiens à vous dire aujourd’hui, c’est que dans vos rangs, il y a des femmes qui ont connu des violences conjugales. Dans vos rangs, il y a des femmes qui ont vécu la mise en doute de leur parole et l’euphémisation des violences qu’elles ont décriées. Dans vos rangs, il y a des femmes qui ont vu leurs agresseurs applaudis sans autre raison que la protection d’un des leurs. Je fais partie de ces femmes là.

Si nous ne valons rien à vos yeux, si les bleus que nous avons portés, si les peurs que nous avons ressenties, si les réécritures des violences que nous avons subies, si les plaintes que nous avons déposées ne valent rien à vos yeux, alors vous devenez nos ennemis politiques au lieu d’être le refuge que nous avions espéré. 

Militer pour le milliard pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles n’est pas un totem d'immunité politique. Comment se sentir en sécurité dans un parti qui euphémise des agressions sexuelles et des violences conjugales pour protéger les siens ? Nous sommes nombreuses à porter le projet politique de la France Insoumise et à ne plus se sentir chez nous face à toutes les déclarations nauséabondes qui sortent à chaque témoignage de violences sexistes ou sexuelles qui concernent des insoumis. On nous crache dessus à chaque affaire de violences, on nous salit et on nous fait bien comprendre que nos vies ne valent pas grand chose à côté de l’honneur d’un homme qui serait entâché.

Rappelons qu’un homme qui frappe une femme s’entâche seul et met seul fin à sa carrière. Ce ne sont ni les victimes, ni les féministes, ni les médias, ni les réseaux sociaux qui en sont responsables. Un homme auteur de violences conjugales est le seul responsable des violences qu’il a commises et des répercussions que cela entraîne. Dire le contraire est une faute politique grave.

Nous ne voulons ni excuses ni pardon, nous voulons pouvoir être représentées par des hommes qui n’ont ni le visage ni les mots de ceux qui nous ont battues, violées, violentées. 

Alors à vous, qui vous faites garants de la défense des agresseurs, je vous dis que vous n’êtes plus dignes de notre confiance et de nos combats. 

A Céline, je tiens à dire que nous sommes ensemble et que nous ne lâcherons rien. Nos coups reçus ne seront pas impunis politiquement. Je le promets.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.