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Billet de blog 12 octobre 2020

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CONGO-BRAZZAVILLE: UNE RENTREE SCOLAIRE DE TOUS LES DEFIS

Une réflexion du THINK-TANK ATELIERS CITOYENS DU CONGO: Au Congo-Brazzaville, ce 12 octobre sonne l’heure de la rentrée scolaire pour environ 1 million 400 000 élèves et étudiants. Que nous réserve cette rentrée scolaire? Quelles mesures ont été prises?

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Au Congo-Brazzaville, ce 12 octobre sonne l’heure de la rentrée scolaire pour environ 1 million 400 000 élèves et étudiants. Face à l’épidémie de la Covid 19, les failles du système éducatif ont explosé frontalement aux visages des différents Ministères en charge de l’Éducation, les sommant dans l’urgence de prendre des mesures efficaces pour assurer la continuité de l’école pour tous.

LES SOLUTIONS POUR PALIER A L’URGENCE DE LA COVID

Dans le contexte de crise le gouvernement se devait de relever le défi.

Ainsi, les programmes scolaires ont été diffusés à la radio, à la télévision, sur internet et dans la presse écrite. De plus, des groupes de discussions sur des applications mobiles telle que WhatsApp ont été créés pour communiquer avec les élèves. Des réunions en visioconférence sur Zoom , ou sur la plateforme interactive du Ministère de l’Education Primaire et Secondaire et de l’Alphabétisation (MEPSA) ont été rendues possibles.

Une volonté que nous devrions saluer sauf que ces pistes de solutions n’ont pas pris en compte certaines réalités congolaises tenaces. En effet, les problèmes de délestage (distribution de l’électricité répartie par tranche horaire et par zone habitée) par exemple et pire encore le manque d’accès à l’électricité tout simplement excluent de fait une partie de la population.

Au registre des réalités congolaises non prises en compte, on peut ajouter le coût élevé de la connexion internet, le réseau qui n’est pas de bonne qualité en zone rurale, le fait que dans certains ménages il n’y ait ni téléviseur, ni smartphone. Nous comprenons que de nombreuses familles se soient senties totalement exclues de ce droit à l’école pour tous, encore plus en cette période de crise sanitaire.

Des fascicules ont été distribués pour essayer de combler ces lacunes mais tout le monde ne les a pas reçus et là encore certains se sont interrogés : « comment travailler avec des fascicules sans explications d'un professeur pour faciliter la compréhension ? »

 RENTREE SCOLAIRE ET PROBLEMES A RESOUDRE

Alors, à l'orée de la rentrée 2020-2021, encore beaucoup de questions et d'inquiétudes se posent du côté des citoyens ! Le gouvernement lors de ses annonces du 4 septembre est quant à lui optimiste et serein par rapport aux décisions prises.  Essayons de nous appesantir sur certains points précis :

-      Il est évoqué l’objectif de 50 élèves maximum par classe pour les villes avec des classes à grands effectifs (plus de 100 élèves).  Mais dans quels établissements cela va-t-il être possible lorsque l'on sait déjà que dans les lycées Thomas Sankara, Savorgnan de Brazza, Agostino Neto et Patrice Lumumba c’est impossible. En effet, le nombre d’élèves avoisinent les 150 par classes, particulièrement en classes de Terminales. Quid des internes des lycées d’excellence.

 -       Que dire de l’idée du système rotatif avec 3 jours en présentiel et 3 jours à distance, durant lesquels l’école à domicile se poursuit comme dispositif complémentaire avec des cahiers d’activités ?  Le gouvernement n’aurait-il pas pu investir dans la réfection ou la construction de nouvelles infrastructures ? De nouvelles salles de classes ne pouvaient-elles pas être construites ou aménagées dans d'autres espaces disponibles pour résorber la question de la pléthore d’élèves ? Pourquoi ne pas recourir à la commande d’écoles modulaires, qui existent déjà dans certains pays africains anglophones ? 

Nous nous interrogeons également sur le dispositif du suivi de l'élève durant ces 3 jours d’école à domicile. Va-t-il demeurer identique à celui mis en place durant le confinement ? Comment l’élève se gère en l'absence des parents ? L'autonomie et le sérieux n'étant pas des qualités inhérentes à tout à chacun surtout pour les plus jeunes.

-       Pour ceux qui n'ont pas de problème d'effectifs, continueront ils le rythme normal de toute la semaine ? Comment s’assurer de l’égalité de la dispense des cours pour les élèves sur l’étendue du territoire national ?

-       En ce qui concerne les Enseignants, il est prévu de réquisitionner ceux qui devaient partir en retraite ainsi que les diplômés sortis des écoles de formation. Nous espérons que cela s’organisera de manière à suppléer aussi les vacataires qui sont souvent rémunérés par des cotisations des familles d’élèves.

PISTES A EXPLORER POUR SOLUTIONS PERENNES 

Parmi les chantiers pour se doter d’un système éducatif digne de ce nom, il faudrait repartir sur le socle que constitue le corps enseignant. Il est temps de songer à un recensement des enseignants et régler aussi la question des honoraires des vacataires qui, à priori n’auraient rien touché du fond Covid 19.

Sans parler des problèmes annexes tels que le transport des élèves, son coût et le phénomène des « demi-terrains » (phénomène qui consiste à s’arrêter à mi-chemin ou faire payer le double ou triple du trajet au passager pour l’amener à destination) ponctionne lourdement le portefeuille des parents d’élèves.

Alors bien évidemment, il ne s'agit pas de remettre en question des mesures prises mais de tout simplement s'interroger sur la mise en pratique de ces dernières sur le terrain, au vu de la précédente expérience.

Selon les chiffres de la Banque Mondiale d’avant COVID (octobre 2019), l'indice capital humain du Congo était de 0,42 (sur une échelle de 0 à 1) avec de faibles progrès en matière de santé et d'éducation. Selon ce même rapport, seuls 30% des élèves du primaire avaient atteint le niveau de compétence requis en mathématiques et 40% en français.

La crise de la Covid 19 met également en exergue les problèmes latents, ceci est indéniable et touche encore plus les pays défavorisés.

Mais elle crée une opportunité partout dans le monde pour repenser l'éducation ; avec un triple objectif car il s’agit de former : l’homme, le travailleur et le citoyen.

Tenir compte des potentialités de chaque élève, le préparer à la vie professionnelle et le préparer à l’interaction dans la société avec une responsabilité citoyenne.

Pour l'heure, il faut mettre en place des approches adaptées à nos réalités. Insister sur ce qui est réalisable, qui peut rapidement porter ses fruits, et se positionner dans une démarche d'éducation inclusive.

AU DELA DE LA COVID, PENSER L’ECOLE DE DEMAIN

Dans une approche prospective il est utile d’avoir à l’esprit que la mission de l’école est de façonner le citoyen congolais de demain. Mission cruciale qui touche différents aspects : acquisition de la connaissance mais aussi éducation à la citoyenneté, éducation alimentaire, éducation financière et initiation à l’entrepreneuriat.

Il faut penser dès aujourd’hui l’idée de cette école pour qu’elle soit un objectif.

-          Education alimentaire en primaire,

L’idée serait de renforcer la coopération avec la FAO afin de développer le concept d’éducation alimentaire et nutritionnelle au Congo. Cela signifie que l’école doit être un vecteur d’apprentissage dans la compréhension des enjeux stratégique alimentaire et de nutrition, notamment les effets de l’alimentation sur la santé. L’élève devra apprendre à utiliser les ressources alimentaires dont disposent le Congo. Une démarche qui demande d’intégrer les conditions climatiques et culturelles mais aussi de comprendre que l'éducation alimentaire est un levier efficace contre la malnutrition. En effet avoir une alimentation saine et équilibre permet d’être en bonne santé et de pouvoir jouir pleinement de ses facultés cognitives. 

-          Education financière au collège : l’éducation financière permettra d’aborder les différents questions financières aux quelles un citoyen aura à rencontrer tout au long de sa vie (Assurance-vie, Acquisition, Voiture, Mariage, Epargne … ). Comment gérer son argent en fonction de son objectif de vie et prenant en compte le contexte économique. Car effectivement dans un contexte économique assez tendu, sensibiliser les jeunes aux questions financières est nécessaire, pour ne pas être exposé à une extrême pauvreté.

Une école dans laquelle l’élève est encouragé à avoir un projet et dans laquelle la famille et les établissements accompagnent les parcours individuels.

Une école qui donne sa place à l’art et l’artisanat comme l’un des vecteurs de la construction de l’élève.

Une école qui rappelle à chacun le service commun et qui encourage l’esprit d’initiative.

Réglons les points névralgiques de notre système éducatif aujourd’hui et envisageons avec ambition un système éducatif performant et compétitif pour demain.

Badeela Malonga (Secrétaire Générale des ACC)

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