Réponse civilisatrice à Claude Guéant.

À Claude Guéant. Mon commentaire est long, très long et même peut-être serait-il fastidieux pour vous de le lire et surtout de le comprendre. Il est tiré d'un ouvrage rédigé par moi-même avec bien sûr quelques corrections qui m'ont obligées juste pour y mentionner votre nom.  

Comment peuvent-ils savoir, tous ces cons de l'UMP, le peu qu’ils doivent au monde arabe. À cette civilisation tant décriée, et considérée comme mineure par un Claude Guéant de pacotille. Ce minable leader umpiste, Duce médiatique décati, aux ordres d'un président de bas étage, qui n’aurait jamais pu accéder aux écrits de Cicéron, de Lucrèce, de Sénèque, de Marc Aurèle, ou les Entretiens d’Epictète rédigés par son disciple, le grand Flavius Arrien. Encore si l’envie saugrenue et la possibilité intellectuelle lui aurait donné la chance de volontairement s’y essayer ? Vers qui aurait-il dû se tourner, ce guignol de circonstance, pour manifester son extrême reconnaissance ? Vers qui Claude Guéant? Sinon vers tous ces hommes d’un passé illustre, marqués eux, de mille tolérances. Eux les transmetteurs du savoir grec et romain. Eux les garants d’un creusé antique qu’ils avaient pieusement conservé, traduit et enrichi avant qu’il ne rejaillisse au levant d’un nouveau monde. Tout ce trouve là, à profusion devant nos yeux émerveillés. Sauvé du désastre de l’inculture et de la bestialité. Tout. Ou presque tout ! Les textes d’Aristote et de Plotin. De Platon et des sept sages présocratiques. D’Hippocrate et de Galien. D’Archimède et des Pythagoriciens. D’Euclide et de Ptolémée. Les écoles d’Athènes, d’Alexandrie, jusqu’à celles de Gondêshâpûr en Perse Susiane (Khûzistân), où vinrent se réfugier au VIème siècle, les sages détenteurs de la culture hellénistique, en proies à l’intolérance et aux persécutions chrétiennes et byzantines de l’empereur Justinien.

Oui tout cela nous le devons à Eux ! Eux ! Rien qu’à eux ! Ces arabes lumineux. Rendus un temps, Nouveaux Maîtres de la connaissance des choses, qui effacèrent les traces du déclin gréco-romain. Qui philosophes. Qui astronomes. Qui mathématiciens. Qui médecins. Qui alchimistes. Qui... Une liste si longue et si dense, qu’elle déroulerait, sur des milliers de pages, l’apogée de tous ces hommes qui arpentèrent les terres d’Orient, en ne réunissant sous la chape de leur esprit et de leur âme que la beauté d’un seul courant. Celui de la sagesse et la poésie. Et à ce titre, Mahomet n’a-t-il point dit, que de la poésie procède et précède à la sagesse ? N’est-ce point là l’esprit authentique de la philosophie ?

Les voici ces hommes minable Claude Guéant:

 

Ibn al-Muqaffa‘. (???-757). Ecrivain. Historien.

Abû ‘Uthmân ‘Amr ibn Bahr al-Djâhiz. (780-868). Ecrivain. Grammairien.

Muhammad ibn Mûsâ al-Khârezmi. (800-847). Mathématicien. Astronome.

Abû Yûsuf Ya‘qûb ibn Ichâq al-Kindî. (801-870). Philosophe.

Abû Bakr Muhammad ibn Zakariyyâ’ al-Râzî ou Rhazès. (860-923). Médecin. Alchimiste. Philosophe.

Abû Dja‘far Muhammad ibn Djarîr al-Tabarî. (839-923). Historien. Ecrivain. Juriste.

Abû Kâmil. (fin IXème–début Xème). Mathématicien.

Abû Nasr Muhammad al-Fârâbî. (872-950). Philosophe.

Abû al-Tayyib al-Mutanabbî. (915-965). Poète.

Abû al-Wafâ’ al-Bûzadjânî. (940-997). Mathématicien. Astronome.

Firdûsî. (930-1020). Poète.

Ibn al-Haytham al-Hazîn. (965-1039). Physicien. Mathématicien.

Abû al-‘Alâ’al-Ma‘arrî. (973-1058). Poète. Ecrivain.

‘Alî ibn ‘Abd al-Rahmân ibn Yûnus. (979-1009). Astronome.

Abû ‘Alî al-Husayn ibn Sînâ ou Avicenne. (980-1037). Médecin. Philosophe.

Abû Rayhân al-Bîrûnî. (973-1048). Ecrivain. Encyclopédiste.

Abû Hâmid Muhammad al-Ghazâlî ou Algazel. (1058-1111). Philosophe.

‘Umar Khayyâm. (1047-1123). Mathématicien. Poète. Astronome.

Ibn Badjdja ou Avempace. (???-1138). Philosophe.

Abû Marwân ibn Zuhr ou Avenzoar. (1073-1162). Médecin.

Muhammad ‘Imâd al-Dîn al-Isfahânî. (1125-1201). Ecrivain. Historien.

Abû al-Walîd Muhammad ibn Ruchd ou Averroès. (1126-1198). Philosophe.

‘Umar ibn al-Fârid. (1182-1235). Poète.

Nâsir al-Dîn al-Tûsî. (1201-1274). Astronome. Mathématicien.

‘Alâ al-Dîn ‘Atâ Malik ibn Mûhammad al-Djuwaynî. ( ???-1283). Historien.

‘Abd Allâh ibn ‘Umar Baydâwî. (???-1286) Ecrivain.

Abû al-Faradj ibn al-‘Ibrî ou Bar Hebraeus. (1226-1286). Historien. Médecin. Philosophe.

Abû al-Fidâ’. (1273-1331). Historien. Géographe.

Zain al-Dîn ibn al-Wardî. (1290-1349). Ecrivain. Poète

‘Alî ibn Muhammad Djurdjânî. (1389-1413). Ecrivain. Philosophe.

Jamshîd ibn Mas‘ûd al-Kâshî. (???-1436). Alchimiste.

 

Pour ne citer que les plus célèbres d’entre eux. Cherchez ! Oui cherchez les dans vos encyclopédies ou vos dictionnaires si vous en détenez cancres de l'UMP! Ils se trouvent inscrits sur les pages glorieuses, à la rubrique générique de la création. Avec l’en-tête majuscule, dédiée à tous ceux qui épanouissent la vie. Une recherche prolifique qui ne saurait pourtant oublier tous les autres, qui n’y figurent pas. 

Passer sous silence tous ces hommes plus obscurs, qui étudiant les écrits à l’ombre des mécènes, émirs, califes, sultans, vizirs, furent pour tous, les bâtisseurs d’une continuité temporelle du savoir. L’Occident réceptacle des invasions barbares vit, par l’action salvatrice d’une civilisation noble et mystérieuse, que de toute manière il ne comprend pas, et ne comprendra sans doute jamais, son retard de mille ans partiellement gommé, au seul bénéfice de toute l’humanité. Vous doutez Claude Guéant?

Remémorez-vous les livres d’histoire relatant cette époque maudite, où les monastères ne recelaient que quelques grimoires, sauvés dans l’à peu près d’une débâcle, des flammes de l’enfer. Certains commentateurs en distribuent une liste exhaustive qui placent seuls quelques textes de Cicéron, un zeste d’Euclide, un soupçon d’Aristote dont l’Organon, et une pincée de Porphyre l’Isagogè, laissés à l’appréciation propédeutique des moines copistes. Avec ou sans brillantes enluminures. C’est tout !

Dès lors ne restaient plus à l’étiage du savoir, que bien peu de textes épars, recopiés avec amour et sur lesquels s’appuyèrent néanmoins les penseurs occidentaux pour apporter à ces temps assombris, un semblant d’humanité. Gloire peut être ainsi donnée à Cassiodore (480-575), Isodore de Séville (560-636), Boèce (470-524), ou au théologien scolastique, Jean Scot Erigène (IXème) comme aux autres compilateurs, scoliastes et traducteurs anonymes, pour l’ensemble de leurs œuvres. Avoir fait tant de prouesses avec si peu de moyens. Qu’en aurait-il été, s’ils avaient eu à portée de main les doctes chef-d’œuvres recelant les merveilles émanant du passé ?

Dire alors cette évidence me semble ici de circonstance. Sans les Arabes. Oui ! Sans cette orientale sauvegarde Claude Guéant, l’homme du vingtième siècle n’aurait certainement pas pu marcher sur la Lune. De même je m’aventurerais, sans friser le ridicule, vers cette affirmation non dénuée de sens. Sans les barbares de toutes sortes...Stop. À ce titre, il me faut, pour être en accord avec toutes les réalités qui pèsent sur le monde, évoquer le cas du calife ‘Umar. En 642 cet homme instruit par la foi du Prophète Mahomet, qui sans nul doute depuis le Paradis d’Allâh, ne lui en demandait pas tant, détruisit ce qui restait de la bibliothèque d’Alexandrie Le Sérapeion, sous de biens fallacieux prétextes. Attestant par-devers lui, à tous les anges du ciel, que les livres qui s’y trouvaient, ne correspondaient point aux canons coraniques. La bêtise lénifiante se loge partout où la doctrine fanatique prend le pas sur la richesse de l’esprit. En fin de compte, les barbares de tous les temps se tiennent par la main. Que ce soit ‘Umar, les Huns, les Wisigoths, les Ostrogoths, Justinien ou Claude Guéant.

...Je reprends. Sans les barbares de toutes sortes, qui détruisirent et détruisent encore, les marches du savoir, l’homme du vingtième siècle aurait pu, qui sait ? Accéder aujourd’hui aux étoiles lointaines. Le temps et le retard pris sur la connaissance ne se rattrapent pas. Dire cela à cet aréopage de crétins et d’imbéciles de l'UMP qui nous entoure de leur grave suffisance, pourrait paru bien étrange. Qu’ont-ils à faire de la Lune et des étoiles lointaines ? Seules de toutes les choses, leur importe sur la sphère terrestre, le pouvoir affidé aux financiers et leurs préoccupations boursières de Wall Street de la City et du Palais Brongniart. Que de temps devrais-je laisser se perdre, à leur expliquer qu’au quotidien des hommes, de nombreux termes usités de nos jours, le sont comme un signe absolu d’extrême reconnaissance, en tirant leur racine étymologique de ce monde musulman. Des termes comme Algorithme qui honore le mathématicien astronome Muhammad ibn Mûsâ al-Khârezmi, latinisé en Alghoarismi. Le premier à avoir écrit un traité d’arithmétique illustrant la numérotation décimale créée par les Indiens, avec usage du zéro appelé sifr qui signifie vide, et donnera naissance au mot chiffre. Une numérotation à la magique simplicité, qui sera prolongée plus tard vers 1423 par l’introduction des fractions à décimales de Jamshîd ibn Mas‘ûd al-Kâshî, et que tous nos écoliers utilisent encore de nos jours, après qu’elle eût été introduite en Occident vers l’an 970 par Gerbert d’Aurillac (938-1003), le futur Pape Sylvestre II.

Poursuivant plus avant les travaux novateurs du mathématicien grec, Diophante d’Alexandrie (325-410), qui dès le IVème siècle créa les premiers systèmes théorétiques faisant appel aux équations du premier et second degré à une ou plusieurs inconnues, al-Khârezmi écrivit son traité à l’usage d’une vision mathématique inédite et inconnue jusqu’alors de l’occident chrétien, que l’on appellera plus tard algèbre. Le mot sera tiré de l’intitulé de son ouvrage : Al-mukhtasar fî hisâb al-jabr wa’l-muqâbala, recopié vers 1145, par les traducteurs occidentaux. Et tout particulièrement par Robert de Chester et Gérard de Crémone (1114-1187) qui respectivement en tireront une version latine : Algebrae et almucabola, et De jebra et almucabola. Oui, algèbre vient bien du terme arabe al-jabr. Comme l’alambic al ’inbîq des chimistes, ou plutôt des alchimistes al-kîmîyâ’, qui utilisaient les matières alcalines al-qilyi, ou l’alcool al-kuhl. Ou bien encore l’almanach al-manâkh que les premiers astronomes tel ‘Umar Khayyâm réformèrent en utilisant les appareils de visée optiques et autres astrolabes usturlâb.

Considérant le monde au travers des instruments, ils fixèrent le point d’almicantarat al-muqantarât. Ce cercle parallèle à l’horizon, pris sur la sphère céleste à une certaine position. À une certaine hauteur. Une hauteur pour une action précise et un but précis. Atteindre cet univers d’espace libre, pour des hommes libres et la libre pensée. Foin de dogmatisme, la précision et le perfectionnement des données observables, n’entraînèrent certes pas une refonte de l’univers géocentrique d’Aristote, cité par ailleurs dans l’Almageste de Ptolémée, mais ils permirent un développement accru des éléments mesurables, ouvrant ainsi le champ fécond de ce qui sera plus tard la théorie héliocentrique de Nicolas Copernic (1473-1543), puis de Johannes Kepler (1571-1630). La ronde elliptique des planètes, ordonnancée en une mystérieuse valse divine qui tourne inlassablement autour d’un astre unique et flamboyant. Le Soleil.

Dès lors, devrions-nous leur parler du monde des étoiles à ces abrutis de l'UMP. Qu’auraient-ils rétorqués au rêve grandiloquent d’un enfant des étoiles ? Le rêve d’un homme entouré de messages lumineux qui ne peuvent se recueillir qu’à l’aune de la poésie. La main tendue vers le futur et toutes les galaxies. Que pouvons-nous y faire ?

Le 17 février 1600, les inquisiteurs du Saint-Office, brutalité en tête, condamnèrent au bûcher l’ancien moine dominicain Giordano Bruno. Un défroqué du couvent des dominicains de Naples ! Pourquoi ? Oui pourquoi tant de haine venant de ces Pères de l’Eglise Chrétienne chère à claude guéant? Parce qu’il avait justement déposé son froc ? Non ! Parce qu’il avait choisi la voie impie de l’apostat ? Non plus ! Alors pourquoi ? Oui ! Pourquoi brûler un homme au terme d’un procès qui dura huit ans ? La réponse ! Pour avoir tout simplement déclaré, ô irrévérence divine et sacrilège ! Dans son ouvrage hérétique publié en 1591; de l’infini de l’Univers et des mondes que... l’Univers est infini !

L’homme d’une culture exceptionnelle, un enfant des étoiles, rejeté comme une pierre qui ricoche, de tous les antres barbares, comme de toutes les cours d’Europe, passa sa vie à fuir les humeurs versatiles et changeantes de tous les théologiens. De toutes les querelles politiques, entre abrutis catholiques et abrutis protestants. Une vie d’errance continue qui l’emmena en quinze ans, entre 1576 et 1591, à aborder avec bonheur toutes les variantes métaphysiques issues du christianisme, vues, revues et corrigées par les dogmes de toutes les églises, qui par la suite ne purent que l’excommunier. Forcément. Ainsi, il professa à Genève, Toulouse, Paris, Oxford, puis dans l’Allemagne luthérienne. Incompris et banni, il entra en 1591, dans les bonnes grâces d’un riche marchand vénitien, Zuane Mocinego, qui le prit à son service et sous sa protection afin de parfaire son éducation, en recueillant les fruits de son savoir. Passé le terme d’une année, le marchand peu reconnaissant le livra le 23 mai 1592 à l’Inquisition romaine. Aujourd’hui le mémorial de Giordano Bruno s’élève sur la piazza di Campo de’ Fiori à Rome, à l’endroit même où quelques siècles auparavant s’élevèrent les flammes des bouchers. De toutes les manières laissons aux abrutis comme Guéant leurs pesantes certitudes, et oublions les maux induits qui tombent sur ceux qui ont raison avant, qu’elle ne soit bien plus tard, authentifié par les autre, la preuve de leur raison.

 

Alors monsieur Guéant, cela vous a instruit?

 

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