Carole Delga: une campagne polluée par l'autoroute Castres-Toulouse

Les tensions montent dans le Tarn au sujet de l’autoroute Castres-Toulouse. Le débat s’invite dans la campagne des Régionales en Occitanie, obligeant les candidats à prendre clairement position dans ce dossier. Carole Delga, qui met l'environnement au centre de sa communication, suscite l'indignation en faisant de la région un des principaux financeurs publics de cette autoroute.

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Les excursions médiatiques d'une partie des élus du sud-ouest pour défendre le projet d’autoroute Castres-Toulouse ne semblent pas rencontrer leur public. La faiblesse des arguments ne trompe plus les citoyens inquiets des problématiques actuelles et catastrophés par les coûts environnementaux et financiers engagés. A l'approche de l'attribution du marché, les aberrations contenues dans le dossier d'enquête publique, dénoncées depuis des années par le collectif PACT, apparaissent au grand jour. Les impacts de cette autoroute ont été largement sous-estimés. De Toulouse à Mazamet, les citoyens sont de plus en plus nombreux à interpeller les candidats aux élections départementales et régionales.


affiche du collectif RN126 affiche du collectif RN126
Malgré le lobbying d'une certaine presse locale, ce projet disproportionné est loin de susciter l’engouement des Tarnais: prix du péage exorbitant; gain de temps limité, destruction de l'environnement, débauche d'argent public... Les problématiques plus localisées se multiplient le long du tracé, comme à Puylaurens et à Soual où le futur concessionnaire obtiendrait en cadeau de bienvenue des portions de la route nationale déjà aménagées en 2X2 voies, tandis que les villageois verraient le trafic revenir dans leur village. Voyant l'étau se resserrer sans qu'un itinéraire de substitution ne soit proposé, la colère monte chez les habitants.


CAROLE DELGA: UN GREEN NEW DEAL EN GOUDRON

Face à l’urgence climatique, de nombreux projets sont abandonnés dans l’hexagone. La métropole de Rouen vient de faire machine arrière et retire sa contribution à un projet routier controversé. Le maire s’explique avec lucidité dans un article de France 3 Normandie:

« 2020 a été jalonnée dans le monde mais aussi dans notre pays par des évènements climatiques extrêmes. Elle a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des relevés météorologiques. L’urgence écologique nous oblige à nous interroger et à réfléchir en conscience ».

Le projet d’autoroute Castres-Toulouse est l'archétype du projet déconnecté des enjeux actuels. Une militante en appelle à un Green New Deal en Occitanie :

« Nous voulons stopper l’hyper-métropolisation […], que chacun puisse vivre bien à la campagne dans un environnement préservé, avoir un nouveau modèle de développement […] moins consommateur de terres agricoles ».

Cette militante, Carole Delga, est pourtant prête à engager la région à hauteur de 59 millions d’Euros dans un projet d’autoroute qui anéantirait 450 ha d’espaces naturels et agricoles. La Présidente de région, élue en 2015 avec les voix des écologistes, se retrouve cette fois isolée dans une posture schizophrène.

En campagne pour les régionales, elle a beau agiter le spectre du Rassemblement National et scander des slogans écolos, il faudra faire preuve de plus de cohérence pour espérer unir la gauche. Les candidats de LFI et d'EELV se sont quant à eux clairement prononcés contre ce projet d'autoroute et comptent bien faire entendre leur voix.

DES ESPRITS ENCLAVÉS

"Et c'est au cours d'un déjeuner fin juillet avec le ministre des Transports, Dominique Perben, et Jacques Barrot, commissaire européen aux Transports que Pierre Fabre a obtenu l'accord de l'État pour un recours à une concession afin d'aménager en 2X2 voies la liaison Verfeil-Castres" | la Dépêche (10-11-2006) - "Castres. Une autoroute pour Toulouse d'ici 2014"

Depuis cette promesse de mise en concession accordée au patron d'une grande firme pharmaceutique, les défenseurs de l'autoroute détournent le regard lorsqu’il s’agit de répondre aux incohérences et aux irrégularités de ce projet. La réponse de la Présidente de la région Occitanie dans cette séquence publiée par le collectif Stop Carrière Montcabrier 81 en est une récente illustration:

Intervention Conseil Régional © Stop Carrière - Montcabrier 81

Galvanisé par la position intenable de Carole Delga et par les récents doutes exprimés par le maire de Castres pour qui il ne cache pas son désamour, le député LREM Jean Terlier voit là l'occasion de réaffirmer son leadership dans la défense de ce projet.  Celui qui envisageait un temps de conquérir l’hôtel de ville de Castres a fait de cette autoroute son cheval de bataille. Les préoccupations de cet ambitieux député, qui n'est visiblement pas très au fait de l'urgence environnementale, ne peuvent qu'interroger sur sa capacité à relever les grands défis de demain. En attendant, il préfère fantasmer « une unité nationale » derrière ce dossier : https://www.facebook.com/watch/?v=204572548068796                       « L’autoroute va arriver, sera là demain. On aura notre autoroute », fanfaronne-t-il en compagnie des quelques chefs d’entreprises castrais pro-autoroute dans un article du Journal d'Ici .

Le projet d'autoroute Castres-Toulouse est basé sur des schémas de pensée archaïques déconnectés des enjeux des mobilités d'aujourd'hui, sur un déni total de la crise environnementale et économique dans laquelle nous entrons. Il est un exemple de plus des connivences malsaines entre acteurs de la vie politique et intérêts privés, qui relèguent au second rang l'intérêt général. Il révèle l'incapacité de nombreux élus à agir dans une éthique et une lucidité politique conforme à ce qui est attendu de représentants éclairés.

Face à la colère et à la prise de conscience grandissante des citoyens qui dénoncent cette aberration écologique et financière, Mme Delga serait bien inspirée de prendre de la hauteur pour reconsidérer sa position, son aveuglement risque de peser lourd dans sa campagne. Il est évident que ce projet obsolète ne pourrait voir le jour sans générer de fortes tensions avec des populations convaincues de défendre l'intérêt général et la préservation de l'environnement pour les générations futures.

De nombreux élus ont aujourd'hui la clairvoyance et le courage politique de reconsidérer leur position vis-à-vis de projets inutiles et imposés, les autres ne seront convaincus qu'au prix de mobilisations citoyennes et de déroutes électorales.

 


Le projet d'autoroute Castres-Toulouse en quelques chiffres

Distance de 54 km - Péage estimé en 2025 entre 8,5 et 10 € [la DREAL l'estimait à 7,5 € en se basant sur les valeurs de 2010] - Gain de temps de 10 à 13 mins par rapport à la route actuelle - Coût de 500 millions d’ dont 250 millions d’ d’argent public - 450 Ha d’espaces agricoles et naturels artificialisés


 

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