Marine Turchi
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Billet de blog 21 mars 2017

Quand le FN décide du casting d’un plateau de France Culture

Invité d'une émission de France Culture consacrée au Front national – son fonctionnement, ses affaires –, Mediapart a été décommandé après que Jean-Lin Lacapelle, le secrétaire général adjoint du parti, a fait savoir qu'il ne viendrait pas si nous étions en plateau.

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Un dirigeant politique qui menace de ne pas venir en plateau si tel journaliste s’y trouve. C’est en France, sur une radio du service public.

Le 1er mars, coup de fil de l’émission « L’Atelier du pouvoir » sur France Culture pour m’inviter en studio, deux jours plus tard, en tant que journaliste couvrant le Front national. Le thème: « l’organisation du Front national, son fonctionnement ». « Et on abordera aussi l’affaire des assistants parlementaires du FN », me dit-on. L’un des dirigeants du FN, Jean-Lin Lacapelle, un vieil ami de Marine Le Pen qui occupe le poste stratégique de secrétaire national aux fédérations, a été invité, ainsi qu’un ou une chercheur/chercheuse. Je refuse d’abord, j’ai un rendez-vous déjà calé cette matinée-là. Mon interlocuteur insiste. Je finis par accepter.

Le lendemain, nouveau coup de fil. Il s’excuse platement mais il est « contraint d’annuler » mon invitation. Le motif? Jean-Lin Lacapelle ne viendra pas si je suis en studio. Je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu. Je lui fais répéter. « Vous comprenez, avec les temps de parole, il faut qu’on invite le FN », m’explique mon interlocuteur. Je tombe de ma chaise. Depuis quand un dirigeant politique, qu’il soit du Front national ou d’un autre parti, choisit-il les invités? 

En fin de journée, texto de Thomas Wieder, le journaliste du Monde qui co-anime cette émission diffusée le samedi midi sur France Culture. Il tient « à [s’]excuser de cette annulation ». Je lui demande des explications sur les raisons fournies par Jean-Lin Lacapelle, et par cette décision pour le moins incroyable de France Culture. « Comment pouvez-vous annuler la venue d’une journaliste sur volonté d’un dirigeant du FN? ». « Ça n’a évidemment rien à voir avec le fait qu’il soit FN. Il arrive que des invités déjà bookés réagissent ainsi dans tous les domaines », me répond-il. Ah bon? 

Lundi, j’ai découvert que l’émission – qui se présente comme celle « qui vous parle de politique autrement » –, a bien été diffusée, le 11 mars, intitulée « FN: un parti comme les autres? » (elle est disponible ici). En plateau, Jean-Lin Lacapelle, l’historienne spécialiste du Front national Valérie Igounet, Olivier Faye, qui couvre ce parti pour Le Monde, et Stefan de Fries, correspondant néerlandais à Paris pour RTL Pays-Bas. « Jamais ce parti n’a semblé aussi proche du pouvoir et ce malgré différentes affaires judiciaires qui l’affectent », explique l’animateur en préambule.

Jean-Lin Lacapelle, lui, a souri de cette annulation sur Twitter:

Sur le compte Twitter de Jean-Lin Lacapelle, le 20 mars.

Ce n’est pas la première fois que les dirigeants du Front national formulent de telles exigences. Le 17 février, après les révélations communes de Mediapart et Marianne sur les soupçons d’emplois fictifs de deux assistants de Marine Le Pen, trois dirigeants du FN – Florian Philippot, Nicolas Bay, Sébastien Chenu – ont décliné l’invitation de BFMTV en sachant qu’un des auteurs de cette enquête serait présent en plateau (lire l’article d’Arrêt sur images). Le vice-président du FN Florian Philippot est pourtant un grand habitué des plateaux de la chaîne d'info. Craignait-il des questions gênantes sur le sujet? BFMTV a en tout cas maintenu notre présence en plateau pour aborder cette affaire du Front national.

Cela n'empêche pas le parti d'extrême droite de se poser en défenseur de la liberté de la presse. Le 18 mars encore, invité de l'émission de Laurent Ruquier, Florian Philippot a joué ce refrain. Le Front national effectue pourtant un tri sélectif clair de ses journalistes. Depuis que Marine Le Pen a pris sa tête, plusieurs médias ou journalistes se voient interdire tout accès à ses événements publics, comme l’émission Quotidien de Yann Barthès et Mediapart.

Lors de récents déplacements importants, Marine Le Pen a également trié sur le volet les médias embarqués, comme l'a relevé notre confrère du Monde. Plusieurs équipes de journalistes ont également été prises à partie ces dernières années lors d'événements frontistes ou en marge d'enquêtes sur la galaxie FN. Le Front national, un parti comme les autres?

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