marion.kli
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 avr. 2020

Un "autre projet" pour la santé ?

marion.kli
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au moment même où l’on déplore la fermeture de lits dans les hôpitaux, la direction du Centre Hospitalier du Vinatier a décidé de la fermeture d’une unité supplémentaire contre l’avis des médecins en responsabilité dans ce pôle de psychiatrie. La décision tombe par courriel vendredi 10 avril, sans aucune discussion préalable avec les personnes concernées du pôle : « Cette fermeture devra être effective le vendredi 17 avril à 17h. Les services techniques procéderont ensuite à la sécurisation des locaux. » Dans une unité au 10 avril, il y a 22 patients et toute une équipe pluri-professionnelle au travail. Cette fermeture d’unité serait la 3ème sur le Vinatier au cours de cette crise, soit 80 lits fermés, plus de 10% des lits de l’établissement. 


À Lyon, dans ce deuxième hôpital psychiatrique de France, les fermetures d’unités se sont multipliées depuis le début de la crise sanitaire. 


D’abord il s’est agi de « se réorganiser » et nous y avons participé, comme toujours.

La logique a été la suivante : créer des unités où les patients atteints de troubles psychiatriques et contractant le COVID pourraient être hospitalisés. Deux unités se sont d’abord transformées pour être ainsi dédiées au COVID. Le haut de notre vague a été de 15 patients hospitalisés dans ces unités. Mais la direction ne s’est pas arrêtée là. Deux autres unités se sont vidées, les patients ont été déplacés pour pouvoir accueillir de futurs patients COVID ; Au cas où.

Elles sont restées vides. L’ensemble de ces unités accueille actuellement 10 patients présentant des troubles psychiatriques et une infection au coronavirus pour 50 lits dédiés.


Par ailleurs, il s’est agi d’avoir du personnel « en réserve ». Si les soignants sont malades du COVID, il faut que d’autres personnels puissent prendre le relais. Alors deux pôles de psychiatrie adulte ont choisi de fermer chacun une unité ; Leurs soignants ont été placés en réserve. Dans le pôle où j’exerce, nous avons choisi que le personnel de l’hôpital de jour et du centre de soin groupal soit en réserve. Ces structures étant déjà contraintes à fermer du fait du caractère groupal pour diminuer la propagation du virus. Nous avons fermé dix lits aussi, ceux des chambres doubles, les patients sont sortis d’hospitalisation le plus vite possible. Mais la direction ne s’est pas arrêtée là. Et a décidé donc la fermeture d’une unité en une semaine pour avoir des personnels en réserve, nous a-t-on dit ; Au cas où.

Des personnels en réserve il y en a : 150 soignants en réserve sur l’établissement selon les syndicats, pas de difficulté d’effectif sur notre pôle.


Dans une unité qui devrait fermer au 17 avril, il y a toujours 22 patients, où devraient-ils aller ? 


Et alors pourquoi ?


Après la justification par les effectifs, on nous a indiqué que c’était une mesure d’équité. Si les deux autres pôles de psychiatrie adulte ont choisi de fermer une unité, il faut que nous suivions. Pas question d’organiser les soins selon les positions des équipes qui y travaillent. En psychiatrie la situation est complexe, il se rajoute aux diminutions de moyens que nous subissons depuis 15 ans, des batailles idéologiques majeures qui brouillent les enjeux de ces fermetures.


Après le principe d’équité, on nous assure que cela est temporaire, uniquement le temps de la crise du COVID. Mais pourquoi ? Alors que les patients ont toujours besoin de soins psychiatriques, arrivent aux urgences et que l’on s’inquiète des effets du confinement sur la santé mentale. 


Serait-ce pour ouvrir des lieux de soins ailleurs, ou autrement ? Une plateforme téléphonique s’est ouverte sur le Vinatier le 31 mars. Elle peut recevoir des appels téléphoniques tous les jours de 8h à 20h. Mais enfin, cela n’est pas comparable avec 80 lits d’hospitalisation à temps complet. 


Au cœur de cette crise sanitaire où l’on paye le prix d’une gouvernance administrative et financière de l’hôpital, cette même logique est accentuée à l’hôpital psychiatrique du Vinatier. Sous couvert de la crise sanitaire, en argumentant sur celle-ci, on ferme des lieux de soins, on ferme des lits d’hospitalisation. On ferme pour fermer. On ferme pour moins dépenser. On ferme pour économiser. En ce moment même où on espère ce « plan massif » pour la santé.


Alors y a-t-il vraiment un « autre projet » pour la santé ?

Dr M. KLIFA

Psychiatre, Praticien Hospitalier

CHS Le Vinatier

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
A Hong Kong, Pékin met les médias au pas
En moins de vingt ans, l’ancienne colonie britannique est passée de la 18e à la 80e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). De nombreux journalistes partent ou s’apprêtent à le faire, tandis que d’autres ont décidé de résister.
par Alice Herait
Journal — Asie
« Une grande purge est en cours »
Le militant hongkongais Au Loong-Yu réside temporairement à Londres, alors que sa ville, région semi-autonome de la Chine, subit une vaste répression. Auteur de « Hong Kong en révolte », un ouvrage sur les mobilisations démocratiques de 2019, cet auteur marxiste est sévère avec ceux qui célèbrent le régime totalitaire de Pékin. 
par François Bougon
Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal
Face à Mediapart : Fabien Roussel, candidat du PCF à la présidentielle
Ce soir, un invité face à la rédaction de Mediapart : Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français à la présidentielle. Et le reportage de Sarah Brethes et Nassim Gomri auprès de proches des personnes disparues lors du naufrage au large de Calais.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE
Billet de blog
Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France
Signé par tous les partis indépendantistes, le comité stratégique indépendantiste de non-participation, l’USTKE et le sénat coutumier, le document publié hier soir fustige le gouvernement français pour son choix de maintenir la troisième consultation au 12 décembre.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan