Un "autre projet" pour la santé ?

Au moment même où l’on déplore la fermeture de lits dans les hôpitaux, la direction du Centre Hospitalier du Vinatier a décidé de la fermeture d’une unité supplémentaire contre l’avis des médecins en responsabilité dans ce pôle de psychiatrie. La décision tombe par courriel vendredi 10 avril, sans aucune discussion préalable avec les personnes concernées du pôle : « Cette fermeture devra être effective le vendredi 17 avril à 17h. Les services techniques procéderont ensuite à la sécurisation des locaux. » Dans une unité au 10 avril, il y a 22 patients et toute une équipe pluri-professionnelle au travail. Cette fermeture d’unité serait la 3ème sur le Vinatier au cours de cette crise, soit 80 lits fermés, plus de 10% des lits de l’établissement. 


À Lyon, dans ce deuxième hôpital psychiatrique de France, les fermetures d’unités se sont multipliées depuis le début de la crise sanitaire. 


D’abord il s’est agi de « se réorganiser » et nous y avons participé, comme toujours.

La logique a été la suivante : créer des unités où les patients atteints de troubles psychiatriques et contractant le COVID pourraient être hospitalisés. Deux unités se sont d’abord transformées pour être ainsi dédiées au COVID. Le haut de notre vague a été de 15 patients hospitalisés dans ces unités. Mais la direction ne s’est pas arrêtée là. Deux autres unités se sont vidées, les patients ont été déplacés pour pouvoir accueillir de futurs patients COVID ; Au cas où.

Elles sont restées vides. L’ensemble de ces unités accueille actuellement 10 patients présentant des troubles psychiatriques et une infection au coronavirus pour 50 lits dédiés.


Par ailleurs, il s’est agi d’avoir du personnel « en réserve ». Si les soignants sont malades du COVID, il faut que d’autres personnels puissent prendre le relais. Alors deux pôles de psychiatrie adulte ont choisi de fermer chacun une unité ; Leurs soignants ont été placés en réserve. Dans le pôle où j’exerce, nous avons choisi que le personnel de l’hôpital de jour et du centre de soin groupal soit en réserve. Ces structures étant déjà contraintes à fermer du fait du caractère groupal pour diminuer la propagation du virus. Nous avons fermé dix lits aussi, ceux des chambres doubles, les patients sont sortis d’hospitalisation le plus vite possible. Mais la direction ne s’est pas arrêtée là. Et a décidé donc la fermeture d’une unité en une semaine pour avoir des personnels en réserve, nous a-t-on dit ; Au cas où.

Des personnels en réserve il y en a : 150 soignants en réserve sur l’établissement selon les syndicats, pas de difficulté d’effectif sur notre pôle.


Dans une unité qui devrait fermer au 17 avril, il y a toujours 22 patients, où devraient-ils aller ? 


Et alors pourquoi ?


Après la justification par les effectifs, on nous a indiqué que c’était une mesure d’équité. Si les deux autres pôles de psychiatrie adulte ont choisi de fermer une unité, il faut que nous suivions. Pas question d’organiser les soins selon les positions des équipes qui y travaillent. En psychiatrie la situation est complexe, il se rajoute aux diminutions de moyens que nous subissons depuis 15 ans, des batailles idéologiques majeures qui brouillent les enjeux de ces fermetures.


Après le principe d’équité, on nous assure que cela est temporaire, uniquement le temps de la crise du COVID. Mais pourquoi ? Alors que les patients ont toujours besoin de soins psychiatriques, arrivent aux urgences et que l’on s’inquiète des effets du confinement sur la santé mentale. 


Serait-ce pour ouvrir des lieux de soins ailleurs, ou autrement ? Une plateforme téléphonique s’est ouverte sur le Vinatier le 31 mars. Elle peut recevoir des appels téléphoniques tous les jours de 8h à 20h. Mais enfin, cela n’est pas comparable avec 80 lits d’hospitalisation à temps complet. 


Au cœur de cette crise sanitaire où l’on paye le prix d’une gouvernance administrative et financière de l’hôpital, cette même logique est accentuée à l’hôpital psychiatrique du Vinatier. Sous couvert de la crise sanitaire, en argumentant sur celle-ci, on ferme des lieux de soins, on ferme des lits d’hospitalisation. On ferme pour fermer. On ferme pour moins dépenser. On ferme pour économiser. En ce moment même où on espère ce « plan massif » pour la santé.


Alors y a-t-il vraiment un « autre projet » pour la santé ?

 

Dr M. KLIFA

Psychiatre, Praticien Hospitalier

CHS Le Vinatier

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