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La bonne question est donc de savoir ce qu'on fait des renseignements et pourquoi il faut attendre que les terroristes aient quasiment les armes à la main pour les intercepter ou qu'ils aient commis leurs actes pour les neutraliser, comme on dit pudiquement.
Mon cher Vlad, je lis chez l'Obs ton excellent topo sur la situation actuelle, et je m’arrête à la réflexion ci-dessus. Car tiens-toi bien, ici sur le Club de Mediapart, il y a de cela une petite poignée de mois, une sorte de juge Roy Bean, un comique à l’autorité frileuse, au sourcil haut et remonté du col, m’avait vertement renvoyé à ma médiocrité après que j’étais passé, à ma façon, certes, le contredire sur son blog : Le ridicule du bonhomme mais surtout de son discours étaient trop tentants.
Mônsieur soutenait quelque chose comme quoi le connard dont le nom m’échappe et qui, ayant naguère mystérieusement assassiné une jeune femme, s’était tiré une balle dans le pied puis s’était rendu tout penaud aux Urgences les plus proches... alors qu’il avait initialement la noble intention d’aller commettre un massacre dans une église parisienne, ce foutraque ne pouvait être considéré comme attentatoire à la sécurité publique tant qu’il n’aurait et n’avait pas appuyé sur la gâchette de sa Kalach.
Ollé !
Comme je le chambrai, Mônsieur, me rabaissa de plus belle en me signifiant qu’on ne disait pas « gâchette » mais « détente ». Je répondis à cet attendu imparable qu'accessoirement détenteur d’un H+L 64 à 100m, sur MAS 49/56 aux EOR-Santé Libourne Novembre 72, j’usais néanmoins du terme courant afin d’être compris du commun. Je luis répondis surtout qu’on pouvait s’en tenir une couche aussi épaisse qu’un Dalloz mais qu’il y avait des limites à l’impudeur. Ou tout simplement à la connerie. Oui, parce que je ne suis pas certain du tout d’avoir ouvert l’esprit de cet olibrius, pétrifié dans ses considérations.
Or, tu as raison de soulever le problème, car en vérité Duchnoque n’est pas le seul dans ce cas d’ineptie, loin s’en faut. Notre pays abonde de ces éthérés et je pense d’ailleurs sans trop m’avancer que les salons parisiens doivent rivaliser du plus grand nombre de ces mirliflores aux propos frétillants, mais aussi, et ce qui est beaucoup plus grave, les couloirs des palais de justice : ces bonnes gens de l’art campant sur une législation que leurs pairs et prédécesseurs ont élaborée en complicité avec des chambres parlementaires où paradent les Taubiras.
Mon vieil ami le Dr Francis V..., dit « Le Toubib », un « dur » des « durs », avec qui j’ai fait un brin d’humanitaire - lui beaucoup - un matin que nous roulions entre Toumboïali et R'Kizz, dans le Trarza mauritanien, m’a raconté la fois d'une autre mission où des jeunes rebelles Dogons, ivres de bière locale, le plaquèrent lui et un de ses confrères contre un mur pour les fusiller. Ils en réchappèrent de justesse. - « Crois-moi, Mec, dans ces moments-là, tu fouettes !... ».
Il faudrait que tous ces législateurs de mes ... passent eux aussi par une case du genre « Ta dernière heure est arrivée », simulée bien sûr mais organisée d’une facture réaliste et persuasive, que la surprise et la peur les aient saisis l’espace d’une minute. Si je me souviens bien, un psychodrame semblable avait eu lieu au Parlement espagnol il y a une trentaine d’années : Un hurluberlu était entré au beau milieu d'une séance plénière et avait tiré quelques coups de pistolets en l’air. Tout le monde, sauf le Premier ministre, avait plongé sous les pupitres : Voilà qui, chez nous, ouvrirait des horizons nouveaux, un peu moins frivoles, à nos faiseurs de lois.