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Billet de blog 28 octobre 2015

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Mai 68 : Manif aux « Quatre sans cul »

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Allez !... vu la vaste audience qu’a recueillie mon dernier billet, je me hâte de satisfaire ces nombreux et impatients lecteurs en poursuivant une relation véridique et imagée de mes tribulations d’étudiant « fasciste » en Mai 68.

Viré par mon digne Père à l’été 67  pour accumulation de conneries dépassant les bornes, je m’étais retrouvé à doubler le CPEM à Grenoble tout en ayant chopé in extremis un poste de pion dans un CET pourrave, à La Ravoire près de Challes-les-Eaux, à quelques kilomètres  de Chambéry. Il y avait d’ailleurs un bistrot dans ce hameau, qui s’appelait « Le Bout du monde ». Ça l’était. D’une tristesse infinie. Sous les tourelles non moins  sinistres et algides d’un Château dit de La Batie, que surplombaient d'encore plus mornes falaises dauphinoises, si fréquentes. Le pied.

Dire que dans ce bahut, seuls le Dirlo, un fat ridicule au demeurant, trois ou quatre autres pions et moi étions de droite, sinon tout le reste pointait à gauche et même à gauche toute. Ambiance....

On comprendra dès lors que je me tirasse le plus souvent possible sur Grenoble, à « Condi », pour y retrouver ma bande de copains de l’année précédente. C’est alors que je fis la connaissance de Bobonne.

Et donc, contractuel dans les environs de Chambé lorsque la chienlit s’était abattue sur le pays, les élèves ayant déserté, les profs et pions (ceux de gauche), tous excités, ayant aussi déserté, le directeur itou, le pionicat de La Ravoire se retrouva livré à lui-même.

Mollard étant du coin préféra rentrer chez lui. Restait donc sur place un lot de résistance droitière, dont Garcia qui préparait le CREPS, Freyssinet (un hyper calme), Truchot, quelques autres... et moi.

C’est Truchot qui eut l’idée géniale de nous annoncer qu’une manif, gaucharde évidemment, devait avoir lieu le lendemain aux « Quatre-sans-cul », à Chambé. Il nous prit du coup l'envie de voir comment c'était. Une manif de gauchards.

Nous voilà donc partis ledit lendemain, direction Chambé et ses splendeurs de ville de province.

Arrivés là, il y avait déjà foule, criant des slogans, assez excitée.  Des mecs à brassards rouges se précipitent illico sur nous : -« Étudiants ? ». Le ton peu amène nous incite à répondre en chœur : -« Non, non !... Pions au CET de La Ravoire ». Bien inspirés. Car nous sentîmes tout de suite  que ça irait mieux ainsi pour notre matricule. D’ailleurs, un coup d’œil panoptique nous fit constater une sorte de dichotomie dans cette masse de gens agités. Idem dans les comportements : Les uns, jeunes chevelus, allaient en tous sens, hurlant et gesticulant, visiblement prêts à casser, hystériques, pendant que des hommes et femmes d’âges mûrs les regardaient de biais, plutôt hostiles, tout en y allant bien sûr de formules revendicatives conventionnelles, chaque groupe sous ses drapeaux syndicalistes.

Après quelques secondes d’hésitation le chef de meute des brassards rouges nous assigna sans contredit possible... à une situation d'entre-deux. La plus mauvaise place, généralement, celle des bâtards, mais pour une  fois la plus propice à voir in extenso ce que je vais conter ci-après.

Et tout ça s’ébranla...

Mais comme dans l’histoire du car où tout le monde est bleu, les « ouvriers » marchaient devant, suivis par...nous, les indifférenciés, qui les « collions » discrètement... et enfin la troupe indocile et notoirement inquiétante  des « étudiants », ceux-là comme par hasard très encadrés par le service d’ordre à brassards.

Comme il était fortement question de « liberté » dans les égosillements de ces bonnes gens, je crois que c’est Truchot , toujours à l’affut d’une connerie, qui tenta quelques « Liberté sexuelle !...» sonores mais peu convaincus, et aussi vite ravalés sous l’effet du regard comminatoire d’un « brassard » qui s’était, l’air de rien, glissé à proximité de notre groupuscule.

Les choses allaient donc leur train braillard quand, la tête de manif étant parvenue au niveau des « Quatre sans cul », deux vieux flics débonnaires, envoyés là en faction, désœuvrés et tenant leurs vélos par le guidon, furent l’objet prévisible d’une huée générale de la part des premiers contestataires... mais disons-le tout de suite : inoffensive. Bon-enfant même.

Cela vous avait un tour anecdotique, paysan, interjections vaudevillesques, vannes complices et des plus rigolardes... quand, soudain, partant de derrière la manif, et jetées par les meneurs étudiants qui les avaient promptement ramassées autour des arbres de la place (si je me souviens bien), quelques pierres atterrirent à proximité des deux flics, pris alors de panique.

Vous dire la célérité d’un membre du service d’ordre ouvrier, se ruant sur un pouilleux à quelques mètres de nous, lequel était en train de ratisser nerveusement le sol pour en extraire un futur projectile.

L’homme au brassard l’empoigna par le col, le poussa violemment contre un mur, faillit lui mettre un coup de boule, se ravisa en lui hurlant en pleine face : « Fils de p... ! Si tu recommences je t’éclate ta sale gueule de... (J’ai oublié : quelque chose comme « bourgeois », ou « nantis » mais c’est ce que ça voulait exprimer : Une haine de classe).

C’est de ce jour que je me suis promis de ne plus jamais participer à quelque mouvement de foule que ce soit. On y perd le sens commun.

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