Les Sciences Économiques et Sociales, une discipline scolaire qui dérange ?

Les Sciences Économiques et Sociales, une discipline scolaire à abattre ?

 

 

Depuis la publication par le ministère du projet de programme de seconde en SES, la polémique enfle dans les médias. Il semble que le ministère ait choisi la politique du déni et de l’affrontement par tribunes interposées. C’est ainsi qu’une éditorialiste de La tribune a ouvert le bal le 5 février dernier en évoquant une « bataille des programmes ». Une idée forte dans cet édito, les français sont nuls en économie car ils ne savent pas calculer le taux d’intérêt effectif de leur emprunt et s’ils sont si nuls, c’est la faute de l’enseignement de SES ! (qui ne concerne pourtant que 28,6% d’une génération de jeunes de 15 ans, ce que feint d’ignorer évidemment notre éditorialiste). Passons sur le tropisme qu’il y a à réduire la compréhension des enjeux économiques au fait de savoir calculer un taux d’intérêt effectif. Poursuivons.

Le 10 février 2010, c’est au tour de Jean-Pierre Boisivon, professeur émérite à l’université Paris-II-Panthéon-Assas mais aussi ancien président de l’Institut de l’Entreprise et acolyte de Michel Pébereau, de se fendre d’une tribune dans Le Figaro afin de promouvoir le projet de programme du ministère. Jean-Pierre Boisivon nous dit que pour intéresser et faire comprendre l’économie aux lycéens de 15 ans, il faut commencer par « familiariser les lycéens avec les mécanismes de l’entreprise » et que pour ce faire, il faut démarrer par la maîtrise des « outils » plutôt que des « thèmes ». Il se garde bien de justifier cette affirmation gratuite ou de nommer les fameux outils préalables. Il s’agit ici pour l’auteur de cette tribune de justifier la disparition voulue par le ministère des questions liées à l’emploi, aux inégalités et aux enjeux du partage de la valeur ajoutée dans le programme de SES de seconde, pour leur préférer, en première approche, les calculs d’élasticités, coûts qui le fait" et "qu’est-ce qu’on y met" ? Sur la question de savoir qui le fait, il n’y a pas en France que des professeurs de sciences économiques et sociales, il y a aussi des professeurs d’économie et gestion […]. Ce n’est pas seulement parce que j’ai une bonne opinion d’eux que cela fera avancer le débat, mais c’est parce que je pense, qu’ils gagnent, eux, et leur enseignement et leurs programmes à être connus, que je pense qu’il y a une piste quelque part, là, en mettant un peu l’ensemble dans un pot commun des sciences économiques et sociales théoriques[…]. Donc on a des programmes, on a des professeurs,… […] il y a peut-être des choses que l’on peut enlever dans d’autres programmes, dans d’autres disciplines, et pourquoi pas, pour commencer, dans l’enseignement de l’économie tel que c’est fait. On peut imaginer là encore des propositions audacieuses et puis ensuite un travail qui consisterait à éplucher les programmes dont je parle c’est-à-dire ceux de sciences économiques et sociales» (L’intégralité de cette déclaration filmée peut être vu en ligne sur le site de l’APSES).

 

 

Marjorie GALY, professeur de SES au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg.(http://www.toileses.org)

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