Printemps du confinement Jour19: peut-on terrasser un virus ?

4 avril - Paris, les médecins urgentistes ne cessent de répéter que le confinement est nécessaire. Harvey V. Fineberg, célèbre médecin américain veut terrasser le virus. Ten weeks to crush the curve, il publie un article sur le site NejM.org énumérant les six étapes d'un plan de mobilisation américain contre le virus. Mais, peut-on scientifiquement terrasser un virus ?

" Nous sommes en  guerre contre le coronavirus a déclaré le Président, et pour gagner cette guerre, nous devons le combattre. Harvey V. Fineberg est un célèbre médecin américain - directeur de l'Université Harvard, consultant pour l'OMS, président de l'ancien Institut de Médecine. Cette phrase guerrière, est celle introduisant cet article parut dans The New England of Médecine, et signé par Harvey V Fineberg, lui même. Une énumération des six résolutions réfléchies par ce médecin de 74 ans pour éradiquer le virus. Une campagne nationale d'éradication du covid-19 en dix semaines sur le sol américain sonnerait, selon lui, dès début juin, la défaite du virus.

Avec plus de 3 565 décès, les EU sont devenus l'épicentre de l'épidémie, la propagation du covid-19 mettant en danger des millions d'américain.e.s, le président n'a pas mis le pays en confinement total. Bien qu’adhérent à la déclaration de "guerre " du président, dans son article, Harvey Fineberg, est inquiet et très critique sur ce qu'il nomme les demi-mesures engagées pour entrer dans cette " guerre ". Une guerre contre le covid-19 que le président ne semble pas mener avec les moyens adéquate.

 "La Chine l'a fait à Wuhan, nous pouvons le faire". Un yes we can revival, pour casser la propagation du virus et sauver la population américaine d'un effondrement économique. Devant, l'urgence de la situation aux EU - Harvey V. Fineberg adhère au slogan sanitaire du président américain ,  tout en critiquant un engagement peu efficace, des" demi-mesures " pouvant entraîner des conséquences déplorables sur l'économie à long terme et mettre en danger des millions d'américain. Partageant le lexique guerrier utilisé par le chef d'Etat américain, Harvey Fineberg, médecin de renommée, déroule son plan national de lutte contre le coronavirus par ordre de priorité en six étapes:

  • un commandement de crise sanitaire coordonné
  • des millions de diagnostiques à disposition
  • fournir des équipements de protection pour le personnel soignant
  • répartir la population en cinq groupes différenciés par rapport à l'infection de Covid-19
  • mobiliser et sensibiliser le public
  • s'appuyer sur la recherche fondamentale

Ce samedi, le ministre de la santé, Olivier Véran donnait une interview sur Brut. Il appelait le pays à sauver des vies. Il avertissait sur le respect du confinement. Il nous responsabilisait sur la propagation du virus, voulant nous faire croire que tous les pays du monde menacés par cette pandémie sont confinés. Les EU, l'Allemagne, la Corée du sud, le Japon, Singapour ont utilisé des masques et le dépistage massif dès le début de l'épidémie, excepté les EU, pratiquant pour certains une isolation des personnes infectées. Avons-nous montré une volonté à appliquer ce plan de santé qui a fait ces preuves dans les pays qui l'ont appliqué dès février ? Après le scandale des stocks de masques vidés, le premier ministre, Edouard Philippe, le jour d'un conseil des ministres sur le covid-19, préférait donner priorité à l'utilisation du 49.3 de la Constitution dans le but d'imposer la réforme des retraites par points. Pour le gouvernement, en ce jour de 29 février 2020, la privatisation des retraites était plus importantes que de protéger la population du covid-19 lors d'un conseil des ministres.

Aujourd'hui, le ministre semble supplier la population de sauver des vies à défaut d'avoir pris les mesures sanitaires appropriées, une façon de nous responsabiliser en se déchargeant des erreurs commises dan la gestion de cette épidémie. 

Pour l'heures, les EU ne pratiquent ni le confinement total, ni le dépistage massif. En ces circonstances extraordinaires, ce médecin, président de l'Institut de Médecine aux EU, alerte sur l'urgence de pratiquer des tests sur la population, " d'abord nous avons besoin de savoir qui est infecté ", il préconise différenciés les malades modérés de ceux qui présentent des formes sévères en les accueillant dans des espaces publics transformés en dispensaire; en Allemagne, une partie du stade Dortmund a été aménagé comme tel en consultation covid, de source AFP. Différencier la population en cinq groupes afin de casser la chaîne de transmission en isolant chaque groupe dans des espaces différents pour ne pas créer des foyers de contaminations plus virulent. Ainsi, les patients infectés avec des symptômes faibles seront pris en charge dans des structures à part de celles des hôpitaux. Pour les personnes exposées au virus, une réquisition des hôtels pour les transformer en lieu de quarantaine de quinze jours.

Cette situation imminente aux EU, a transformé les relations diplomatiques entre puissances, la pénurie des pays du G7, et notamment celle qui se profile aux EU donne lieu à des irrégularités commerciales. Récemment, les EU ont capté une partie de la livraison chinoise de masques à la France en dehors de tout accord commercial, article Médiapart Masques:les preuves d'un mensonges d'Etat.

Ce confinement aveugle que pratique la France est d'une part lourd de conséquences sur l'activité de production du pays et d'autre part impactant au niveau social causant des dommages collatéraux dans la vie des gens - perte de salaires, emplois, fermeture des établissements scolaires, réseaux associatifs, pénurie de soins, de médicaments, de protections des soignants. Le confinement et son efficacité est en phase d'évaluation, selon le premier ministre, le confinement total n'a pas empêché une pénurie d'équipements de protection et de tests dans les hôpitaux et les EHPAD, propageant le virus dans ces lieux sensibles. Concrètement, on meurt peut-être plus de la pénurie engendré par le confinement que du virus ? Pourtant, nous sommes dans ce train à l'arrêt sans pouvoir tirer le signal d'alarme. 

 Malgré tous ces efforts de guerre, peut-on terrasser un virus ? Alors que le gouvernement, de façon récurrente, utilise un langage militaire pour ciblé l'ennemi, alias le covid-19, la recherche académique, elle, adopte un langage plus savant dont les connaissances bien utilisées nous permettent d'appréhender l'épidémie avec plus de savoir, sans céder à la peur, qui elle, se propage dans les têtes et change le comportement des gens. La distanciation sociale est vécue comme une obsession de l’aseptisation des relations humaines ce qui nous renvoie à des dictatures puritaines, alors qu'hier sortir dans la rue avec la tête couverte d'un voile était un signe ostentatoire, nous marchons maintenant dans nos rues et croisons des personnes camouflés par des masques, des écharpes, rendant nos rue déjà esseulées anonymes. 

" On vit, on cohabite avec les micro-organismes, et les animaux aussi, on trouve des équilibres, de la même manière, on va trouver des équilibres, avec le coronavirus, le système immunitaire des personnes infectées par le coronavirus, va réagir, ces personnes vont fabriquer des anticorps spécifiques et elles vont guérir grâce à ça et donc toutes les espèces s'adaptent à des organismes qui vivent en eux, et qui du coup sont pathogène à un moment et ne le sont plus après. " s'est expliqué Jean François Chambon de l'Institut Pasteur, début mars sur France Culture.

Harvey Fineberg, craint une réintroduction du virus depuis un autre endroit du monde, c'est pourquoi il priorise plus que les traitements, un vaccin " sûr et efficace ", qui protégera chacun, et servira de " rempart " en cas de réapparition du virus. En réfléchissant à sa méthode de différenciation de la population en contact avec le virus, différencier en cinq groupes, cette organisation des malades associée à la généralisation des tests dits diagnostiques, c'est à dire, avec recherche d'anticorps immunisants, cette méthode pourrait s'apparenter à un essai clinique randomisé à l'échelle de la population américaine; ou du moins, une étude épidémiologique nationale pouvant servir à l'élaboration d'un vaccin. Dans cette course au vaccin qui semble pour l'heure fédérer la recherche académique avec leurs homologues, le "fair play" scientifique sera-t-il au rendez-vous quant à choisir le vaccin qui protégera le monde entier d'un virus émergeant ayant causé un nombre de morts important, mais n'ayant pas encore dépasser le seuil de celui de la grippe, à savoir 650 000 décès en 2019. " La course au brevet est au détriment de la recherche. " de reconnaître l'historien de la santé, Patrick Zilberman.

En France, le Pr. Olivier Schwartz de l'Institut Pasteur, affirmait sur France Culture, que la recherche collaborative sous la supervision de l'organisme de science Aviesan, avait pour but le financement d'un candidat vaccin, ayant besoin d'1milliards d'euros. Qui pourrait financer une telle recherche ? Et ce fameux candidat vaccin qui aurait vu le jour grâce à une veille épidémiologique, ce vaccin de la rougeole associé au covid-19, une pratique courante de faire des tirs groupés de vaccins faisant augmenter le tarif des produits, est-il le candidat-vaccin de l'après confinement ?

 " Le vaccin est une stimulation de cette défense immunitaire, c'est un leurre qui est présenté au système immunitaire, qui va fabriquer des anticorps spécifiques avant même d'être infecté, quand il sera infecté ultérieurement les anticorps spécifiques étant déjà présent dans le sérum, cela va directement bloquer la réplication virale, ce qui évite de faire la maladie. " , explication de Jean François Chambon de l'Institut Pasteur, sur l'utilité du vaccin au micro de France Culture, début mars.

Contribuer à l'élaboration d'un vaccin par nos prises de sang nécessaire aux tests de sérologie diagnostique, n'est pas en soi un problème, mais c'est la transparence qui doit accompagner cette campagne qui n'est pas présente qui peut engendrer une méfiance et des tensions; un sentiment de prise d'otage scientifique, où nos droits n'ont plus d'espace, comme notre expression citoyenne. Nous ne sommes pas les enfants de la nation, mais des individus libres et égaux en droits; et les médecins pratiquant la médecine en application de leur code déontologique.

Plus que le combat contre le virus, c'est la confiance de la population qui se gagne sans coup de matraque, de verbalisations, mais par la transparence et la bienveillance et le respect de la démocratie participative de la population.

 

 

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