Carnet de bord d'une villageoise de la Fête de l'Huma

En créant ce texte, l'idée était de relater ces échanges de la fête de l'Humanité, qui ont contribué à faire prendre conscience de la nécessité de s'organiser, de s'opposer par la force de la pensée associé à celle l'action afin de destituer le pouvoir de l'argent roi sur le bien être des classes populaires, de donner la priorité collective à rétablir cette société égalitaire.

J'avais du temps à perdre de m'égarer dans les rues du Village de la Fête de l'Humanité.

Certains pensent, que cette cacophonie entre la prise de paroles intellectuelles et ces concerts-guinguettes un peu trop arrosés, ne ressemble à rien d'autre qu'une grande kermesse reliant les intellectuels, qui, se rapprochant des citoyen.ne.s puisent en eux, de leur force, s'assoyent à la table ronde de l'Agora, pour parler fraternité.

"La fraternité, pourquoi ?", se questionnait Edgar Morin, dans son livre présenté à la librairie Rennaissance, "Pour résister à la cruauté du monde."

"Tout devait donc tendre à isoler chaque je mais partout naît et renaît un besoin de nous et du tu."

Si je devais peindre les couleurs de la scène musicale de l'Humanité, je peindrais les couleurs de ce crépuscule arc-en-ciel éclairant de milles feux la joie des participant.e.s, déployant sa lumière, arborant son harmonie de couleurs, comme un poète, il a accompagné chaque note de cette scène explosive où le dernier groupe, Kassav, a de sa vibe carraibean, clôturé ces trois jours de fêtes, au son cuivré, rythmé, et percutant, sous le soleil international, soleil crépusculaire arc-en-ciel.

" Au Panthéon des grands Droits consacrés inscrivons un Droit au poétique du vivre. Et plus encore à celle de la mondialisation et de la Relation." , Frères Migrants de Patrick Chamoiseau.

La Fête de l'Humanité est un lieu pour se retrouver, partager, réfléchir, échanger, sans barrières sociales, ou du moins pour certain.ne.s. La Fête de l'Huma est ce lieu où la Région rejoint Paris, où Paris rejoint la Région, nous invitant à réfléchir sur les actes liberticides de ces temps, féminicides, réfugié.e.s sacrifiés, violences policières programmées, lois fascisantes..., créant ainsi un espace pour penser au renouveau à faire battre le coeur des citoyen.n.e.s par les mots, la musique, les actes, le sourire, la solidarité, à nous donner de la matière à penser, grâce à ces auteurs contemporains qui de leur plume, saluent celle des auteurs historiques, comme Marx et Jean Jaurès.

Après m'être faite "taxée" de "simpliste"par un milititant à l'Agora des GJ, pour le motif que je n'adhérais pas immédiatement à l'idée de manisfestations, voulant prendre du recul, peser le pour et le contre, je décidais de prendre le chemin du village des livres.

Sur place, je remarquais ce livre à la première de couverture épurée, dont le titre calligraphié en lettres noires disait, "La Victoires des Vaincus". Oui, parfois les écricains et journalistes sont plus humbles que des militants zélés, alors qu'ils sont mille fois plus cultivés.

Le village du livre a été difficile à cerner, mais au final, cet envoutement par tant de thèmes, tous ces mots et graphismes m'incitant, tour à tour, j'ai enfin pris le temps d'entrer dans l'intrigue d'une histoire à saisir, ou du moins j'ai tenté de le faire, entre la fanfare du bistrot d'en face et le micro vibrant de la conférence, le tout mixé dans le bruit de fond de la foule; j'ai senti l'appel des mots comme un voyage pour lequel on embarque; j'ouvrais un livre et les mots m'entraînaient, devant naviguer dans toutes ces idées pour trouver la clarté, la photographier, faire résonner la vérité relatée.

"Les camps ne sont que des spectaculaires d'un inhumains déjà anciens.", Frères Migrants.

Plus tard, derrière l'exposition dénonçant l'agent orange au Vietnam, je rencontrais au stand des Bouches-du-Rhône un réfugié. Nous avons pris le temps d'échanger en nous écoutant chaleureusement. Et pour la première fois, j'entendais par ses propres mots, le récit de son histoire, celui d'un réfugié à peine sorti de l'enfance devant quitter sa Guinée natale, passant par le Mali, jusqu'au rapt, braqués par les kalash lybiennes où l'enfer dura 6 mois avant d'être recuilli par SOS Méditerranée. J'ai ressenti une grande émotion en écoutant son histoire parce qu'une semaine avant cela, je participais à une réunion d'information de cette association. Il m'a fait partager ce douloureux moment de sa vie. Je l'ai cru. Il m'a dit : " Les gens disent que nous mentons." J'ai écouté son histoire, il a ajouté : " Si le bateau de SOS Méditerrenée ne m'avait pas sauvé je serais mort." Ajourd'hui, il vit à Marseille. Je lui ai dit : " Tu vois, je sais que c'est fatiguant de témoigner sur tes blessures mais quand tu fais cela, avec la véracité de tes mots, tu combat l'injustice de ceux qui ne peuvent pas ou plus parler."

Il faut s'élever contre ceux qui pour des raisons politiciennes sans fondements, réduisent la fraternité à un néant humanitaire.

"D'ailleurs, nous sommes d'ici. Elle chante en moi depuis longtemps." Frères Migrants.

J'ai mal à la tête et mes pieds sont éprouvés parce que je me suis égarée dans le Village de l'Humanité pour aller à la rencontre de l'inattendu. Grâce à cet homme, je ne regarde plus la vie des réfugiés comme tant d'âmes sourdes et aveugles. L'honneur revient à ceux qui partent en mer porter secours aux risques de leur vie et de leur liberté pour donner une chance à leur prochain.

Maintenant je sais, je transmettrais. Et dans ma tête résonne toute l'âme de ceux et celles qui ont oeuvré pour transmettre durant ces trois jours, pour transmettre la vérité, " Le courage est de chercher la vérité." disait Jean Jaurès.

Oui, je suis rentrée chez moi dans ma tannière, avec un mal à la tête, une gueule de bois dû au bouillonnement sonore, un mal aux pieds associé à un mal de jambe comme la plupart des participants qui ont durant ces trois jours arpenté les rues du village. Mais ce n'était pas une perte de temps de se retrouver ensemble pour prendre le temps d'écouter, de partager, d'échanger, une sorte de répétition générale sur le thème Liberté, Égalité, Fraternité et d'insérer à la devise, le mot internationalité pour célébrer ce bouillonnement d'idées, de paroles, de mots, de livres, de musique, créant une mixité bouillonnante dans un climat de fête partagée.

Au détour de cette mixité, je me suis perdue dans la chaleur des stands de la Fête de l'Humanité, où l'hospitalité était au rendez-vous, Eure et Loire, Loire et Cher, Normandie, Bouche-du-Rhône, j'ai entendu les régions chanter. Les hommes et les femmes se lier dans la joie. Au fil des rencontres, cette libraire toulousaine, me faisait partager cette anecdocte historique, l'histoire de cette librairie du nom de Renaissance, parce que pendant la seconde guerre mondiale, " Ils ont caché les livres et après la guerre la librairie est naît, la Renaissance." J'étais très touchée par cet échange. Quand je serais en visite à Toulouse, je me rendrais à cette librairie.

Tout ces échanges on été possible, grâce à ce qu'Edgar Morin nomme la résistance à la cruauté du monde, la fraternité.

Sans cette fraternité palpable, dans les rues du village rien ne vivrait intensément, et ne pourrait se transmettre.

"Pensons à ses enfants qui ont vécu et qui vivent encore cela. Ils ont connu la violence du monde qui les refuse." Frères Migrants.

En arpentant les rues du village monde, j'ai vu, et je n'ai pas les mots de Patrick Chamoiseau pour dire, ce que je n'ose décrire de ces photos d'enfants réfugiés échoués.

"Paupières ouvertes fixes, de plages où des corps arrachés aux abysses vont affoler l'écumes. Gouffre d'enfants flottés, ensommeillés dans un moule de corail, avalés par le sable ou désarticulés tendres pour les houles impavides."

Il fallait appeler à la solidarité et à la réflexion, nous, citoyen.ne.s vivant dans notre hexagone.

Oui, je me suis perdue dans le Village de l'Humanité pour trouver la sagesse, des forces, des trésors de mots, car les mots sont le prolongement de nos âmes.

"La liberté, l'égalité, la fraternité, le partage, l'équité, la dignité humaine, et le bonheur pour tous sont des forces qui se sont vues construits contre les barbaries. Elles ont su juguler les triomphes de l'horreur (...). Elles ont nourri les forces imaginantes du Droit et se sont formalisées dans la Déclaration de traités, Chartres et conventions des Accords nationnaux - sans jamais atteindre un quelque achèvement, ces forces de la décence se sont instituées en balises d'une perspective en laquelle on chemine par laquelle on progresse et elle l'ont protégé de nos défaillances et de nos renoncements." Frères Migrants, Patrick Chamoiseau.

Je sortais du chaudron de la Fête de l'Humanité, exaltante de liberté, de justice, de solidarité, m'abreuvant de livres que je ne pourrais peut-être pas finir parce que le mouvement de la vie en spirale m'attire.

Mais il résonnait en moi la plénitude des mots, la force de la pensée déroulant sa destinée.

Je gardais son bracelet jaune au poignet comme une promesse de ne pas oublier nos luttes pour le progrès du bien commun de tous.

"Nous sommes des gardiens" disait Patrick Chamoiseau dans ce livre de trésors Frères Migrants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.