Hugo l' a écrit, les manifestant.e.s l'ont fait aujourd'hui !

Alors que j'ai rencontré aujourd'hui beaucoup de citoyen.ne.s, d'hommes et de femmes, des jeunes et moins jeunes, c'est Hugo que je voulais citer pour mettre des mots sur ces images d'une manif du 10 décembre haute en couleurs : syndicats, corporations, drapeaux, slogans, fêtes. L'histoire d'une France qui dit non à l'inégalité d'un pouvoir qui a délaissé la justice. L'histoire d'une résistance.
  • Lueur Au Couchant,

Lorsque j'étais en France, et que le peuple en fête

Répandais dans Paris sa grande joie honnête,

Si c'était un des jours glorieux et vainqueurs

Où les fiers souvenirs, désaltérant les coeurs,

J'allais errer tout seul parmi les riants groupes,

Ne parlant à personne et pourtant calme et doux,

Trouvant ainsi moyen d'être un et d'être tous,

Et d'accorder en moi, pour une double étude, L'amour du peuple avec mon goût de la solitude.

Rêveur, j'étais heureux; muet, j'étais présent.

Parfois je m'asseyais un livre à la main, lisant

Virgile, Horace, Eschyle, ou bien Dante, leur frère;

Puis je m'interrompais, et, me laissant distraire

Des poètes par toi, poésie, et content,

Je savourais l'azur, le soleil éclatant,

Paris, les seuils sacrés, et la Seine qui coule,

Et cette auguste paix qui sortait de la foule.

Dès lors pourtant des voix murmuraient : Anankè.

Je passais; et partout, sur le pont, sur le quai,

Et jusque dans les champs, étincelait le rire,

Haillon d'or que la joie en bondissant déchire.

Le Panthéon brillait comme une vision.

La gaîté d'une altière et libre nation

Dansait sous le ciel bleu dans les places publiques;

Un rayon qui semblait venir des temps bibliques

Illuminait Paris calme et ( partriarcal )*

Ce lion dont l'oeil met en fuite le chacal,

Le peuple des faubourgs se promenait tranquille.

Le soir, je revenais; et dans toute la ville,

Les passants, éclatant en strophes, en refrains,

Ayant leurs doux instincts de liberté pour freins,

Du Louvre au Champs de Mars, de Chaillot à la Grève,

Fourmillaient; et, pendant que mon esprit, qui rêve

Dans la sereine nuit des penseurs étoilés,

Et dresse ses rameaux à la lueurs mêlés,

S'ouvrait à tous ces cris charmants comme l'aurore,

À toute cette ivresse innocente et sonore,

Paisibles, se penchant, noirs et tout semés d'yeux,

Sous le ciel constellé, sur le peuple joyeux,

Les grands arbres pensifs des vieux Champs Elysées,

Pleins d'astres, consentaient à s'emplir de fusées.

Et j'allais, et mon coeur chantait; et les enfants

Embarrassaient mes pas de leurs jeux triomphants,

Où s'épanouissaient les mères de familles;

Le frère avec la soeur, le père avec la fille,

Causaient; je contemplais tous ces hauts monuments

Qui semblent au songeur rayonnants ou fumants,

Et qui font de Paris la deuxième Romes;

J'entendais près de moi rire les jeunes hommes,

Et les graves veillards dire : " Je me souviens."

Ô partrie ! ô concorde entre citoyens !

Victor Hugo ( lettre de 1855 )

 

* : système sociéatal a replacé dans le contexte historique

 

 

 

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