La Danse de la grève : Paris Est en résistance

Dimanche 16 février de 10h à 20h des centaines de personnes se sont retrouvé à la place des Fêtes dans le 19e à Paris - pour "reprendre joie". Au milieu des tours de ce quartier de l'est parisien, ancien bastion de la Commune, la fête : Danse en grève.

Dimanche 16 février 2020, Danse en grève quartier place des Fêtes à Paris © Marjorie Milona Dimanche 16 février 2020, Danse en grève quartier place des Fêtes à Paris © Marjorie Milona

  • "Nous habitantes et habitants du quartier qui nous organisons pour renforcer nos liens, attiser la solidarité (...), nous préférons l'entraide et l'auto-organisation qui donne à chacune et chacun les moyens de s'émanciper."  (extrait du manifeste, Petit à petit l'oiseau fait ses griffes, février 2020).

Dimanche dernier, place des Fêtes à Paris 19e vers 16h30, un très beau rassemblement citoyen organisé par le collectif place des Fêtes a donné au quartier un grand moment de résistance sociale pour "nous rencontrer" autour d'une fête - Danse en grève - performée par le collectif de la permanence chorégraphique de la Chapelle de la chorégraphe et danseuse Laetitia Angot, accompagné par des musicien.ne.s de jazz, venus pour certain.e.s de région, malgré leurs mains gelées par le froid et avec tout leur cœur, ils et elles ont fait vibrer les murs du quartiers, offrandes de danses, et chorale citoyenne, le programme de cet "opéra de rue" participatif s'est déroulé en quatre actes. A noter, la présence des danseuses et danseurs de l'Opéra de Paris a été annulé suite à des pressions de part de leur direction.

" Tout mettre en oeuvre"

Ce manifeste de résistance, Petit à petit l'oiseau fait ses griffes, distribué au public, construit une résistance historiquement amorcée depuis 2016 contre la loi travail, dont la contestation contre la réforme des retraites n'est que la continuité de cette résistance à la " destruction de la sécurité sociale ". Renforcer, organiser, s'émanciper, une prise de conscience citoyenne qui "s'obstine" comme " une raison d'être" dans une "lutte quotidienne sans cesse intensifiée".

Partager un repas, se restaurer avant l'arrivée du char. Ce char carnavalesque, que le collectif de place des Fêtes a construit comme une allégorie du pouvoir Macronien - entre répression policière et corruption de représentants de l'Etat. Un homard géant ( affaire de Rugy ) à la tête de Macron, un Préfet de Paris Lallement côtoyant des mouettes GJ rôdant sur des drones, au centre, le Ministre de l'intérieur Castaner, côte à côte avec Benalla en poisson némo. Un travail collectif qui s'inscrit dans le prolongement de ce manifeste - " nous avons que trop bien compris l'entreprise de destruction massive et définitive de ce qu'il nous reste de commun" - le public présent à place des Fêtes marquait un air perplexe et amusé en découvrant la caricature politique.

Arrivée du char caricaturant le gouvernement de Macron 16h30 à place des Fêtes Paris 19e. © Marjorie Milona Arrivée du char caricaturant le gouvernement de Macron 16h30 à place des Fêtes Paris 19e. © Marjorie Milona
Autour du collectif responsable du char, cette rencontre avec ce militant, Nico, urbaniste, porteur d'un projet de mutualisation des force citoyenne, ce militant du collectif d'APPUII- Alternatives Pour des Projets Urbains d'Ici et à l'International - lutte contre des projets d'expulsions de l'habitat du quartier Franc-Moisin à St Denis. Il oeuvre avec ce collectif pour aider les habitant.e.s du quartier à se mobiliser contre les destructions de logements sociaux pour réhabiliter les quartiers. Ces projets de réhabilitation cachent des plans d'urbanisation destinés à faire des "coups immobiliers" en revendant au parc privé les terrains. Une forme de gentrification.

" Aider les habitants à faire par eux-même", Nico a retrouvé des membres du collectif opérant les derniers arrangements du char arrivé sur cette place en pleine émulation citoyenne.

L'arrivée du char donnant le la au musicien.ne.s installé.e.s face au public, " nous invitons celles et ceux qui s’acharnent, plutôt qu'à le détruire, à habiter le monde". Belle définition pour introduire ces artistes engagé.e.s qui de leur swing chaloupé ont ambiancé le public, parmi eux ces spectactrices, des habitant.e.s de Montreuil et de St Denis pour partager le premier acte de cet "opéra de rue" à la force solidaire et contestataire. Deux invités grévistes du quartier en fête ont fait leur discours pour boucler ce premier acte musical, une gardienne d'immeuble et un éboueur.

Sous les applaudissements nourris du public, grand bien leur fasse, car le froid et une pluie tombant timidement, avait contraint quelques musicien.ne.s de ranger leur instruments. Souriante, cette musicienne de Tour était particulièrement fière d'avoir apporté de la joie aux enfants, " mais pas seulement aux enfants " , avait soulignait d'une pertinence engagée cette montreuilloise, venue encourager un ami musicien. Tout le public pour cet acte I musical au son jazzy et au swing décontracté avait donné de son rythme à la fête et à la contestation.

Musiciennes et musiciens de jazz à place des Fêtes, Paris 19e © Marjorie Milona Musiciennes et musiciens de jazz à place des Fêtes, Paris 19e © Marjorie Milona

"Et maintenant place à la danse en grève...!", cette musicienne a lancé le collectif de La permanence chorégraphique de la Chapelle, dans les applaudissements du public. Une performance collective emmenée par la chorégraphe Laetitia Angot, qui travaille avec danseurs et danseuses qui sont en situation de précarité, une autre forme de réponse à leurs difficultés sociales par l'art et la culture, ils et elles apportent aux autres une faculté d'empathie, "nous voulons susciter l'envie de danser dans le public" comme expliquait cette dame du collectif. L'acte II de la danse en grève a fait ondulé le public.

" Que ces gestes appellent du courage et des chansons." La résistance acte III de cet "opéra de rue" a fait jaillir "d'ébouriffantes grâces". Dans la nuit tombante vers 18h00, une chorale s'est lovée comme un cocon faisant son nid, au centre du public, qui muni des textes au préalable discrètement distribués, a nourri les chants entamés; alors cette fête s'est métamorphosée en veillée de résistance.

Un acte citoyen pas si anodin, toutes ces  chanson aux couleurs GJ, relatant la répression policière et appelant à la solidarité chantées à l'unisson ont coupé le souffle mêlant la joie à l'émotion. La construction de cette chorale a pris forme de sensibilisation aux violences policières. 

public festif à place des Fêtes pour Danse en grève Paris 19e © Marjorie Milona public festif à place des Fêtes pour Danse en grève Paris 19e © Marjorie Milona

" Grenades de désencerclements, lacrymo qui piquent, LBD qui blessent les gens ... gentils gentils flics!"

C'est sur ces derniers chants de résistance que le public a fait un demi cercle en direction du char du carnaval macroniste. Il faisait complètement nuit. Une condition sin qua non pour déclencher l'acte IV. Un feu d'artifice très attendu par le public. Le feu de joie maîtrisé a jailli des figures politiques en place sur le char; l'apothéose s'est opérée comme une aura triomphante d' étincelles explosives et détonantes  à la grande joie du public exultant de cris comme un grand soulagement final triomphant; comme une victoire qu'on exhibe, ce char a défilé accompagné du public, une centaine de personnes chantant en chœur " Macron nous fait la guerre...et sa police aussi!"

Ce 20 février à 13h30 place du 18 juin 1940 à Montparnasse ( info du site Démosphère ) encore un nouvel épisode de résistance se déroulera à Paris une manifestation contre la réforme des retraites en syndicale Interpro. " Retrait", c'est encore ce que veulent les grévistes. Le 17 février dernier, la grève des transports avait enduré une baisse de mobilisation après deux mois de grève illimitée les payes sont à zéro et le moral  assailli par une vague répressive de la hiérarchie, plusieurs syndicalistes délégués ont été sanctionné par la direction de la RATP. Il y a une vague de répression généralisée de la hiérarchie dans tous les secteurs professionnels.

Si la grève généralisée des secteurs clé comme l'électricité, le gaz, les raffineries les dockers, n'a pas synchronisé avec la grève illimitée de la coordination RATP et SNCF, formant un bloc grévistes massif, les professions non attendues sont entrées en grève comme les égoutiers, les éboueurs, les avocats, les techniciens et artistes de l'Opéra de Paris, les grévistes de Radio France.

Actuellement débattue à l'Assemblée Nationale, la réforme des retraites est freinée à coup de 40 000 "bombardements" d'amendements de l'opposition. Le recors étant à la privatisation de GDF avec le groupe privé Suez, lancé en 2006 par le gouvernement de Dominique de Villepin; plus de 137 000 amendements déposés par les députés PS et du centre, qui selon TV5 Monde, non seulement n'avait pas empêché la loi de privatisation d'être voté (article du site Privatisation: malgré les promesse le France abandonne son gaz), mais d'après un rapport d'OXFAM, cette privatisation aurait entraîné une dette de 25 milliards, alors que les actionnaires avez pourtant bénéficié de 27,5  milliards sur les 8 dernière années. La bataille contre la privatisation des retraites étant bien engagée dans l'hémicycle de l'Assemblée, si les politiques de l'opposition échouent, la généralisation des secteurs clé sera-t-elle remobilisée ?

En amont, dans les quartiers et notamment à Paris, la fronde de résistance citoyenne organisée par les habitants et habitantes, se profile en front citoyen défenseur des droits sociaux et du bien vivre qui se projette dans l'après Macron. Et cette résistance s'exprime dans la rue: c'est l'opposition à la politique de Macron. Elle s'obstine, se mutualise et veut reprendre ses droits captés par le tout privatisable de la politique macroniste, celle d'un régime autoritaire qui ne tient que par la violence répressive de l'Etat, un gouvernement marqué par les affaires de moralités et de corruption, un gouvernement qui a pris un pavé dans la vitrine Versaillaise.

 

 

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