Concert volant d'Arte : Nakano piano virtuose et inclassable

Hier. Salle des bouffes du Nord à Paris. Il est 20h. Paris se connecte pour vivre en virtuel la musique vivante. Concert volant d'Arte. Récit d'une immersion.
  • Mon dernier concert remonte au 21 octobre 2020. Musique de nuit. France musique ouvrait une dernière fois la salle philarmonique de l'auditorium au public pour rencontrer le violoncelliste Vincent Ségal et le musicien de Kora Ballaké Sissoko. Hier, le concert volant d'Arte dans la salle des Bouffes du Nord était retransmis en direct à un public présent derrière leurs écrans. Le flux internet étant comme une perfusion pour faire vivre les arts et la culture. La perfusion m'a ouvert les portes de la musique. Le malheur des uns, faisant le bonheur des autres. Pour vivre, les salles de concert créent des partenariats avec les radios et les chaînes audiovisuelles.

20h. L'heure n'est plus à applaudir les soignants mais à nous connecter pour applaudir (virtuellement) les musiciens et les artistes. Depuis 18 heure le couvre-feu est tombé sur la ville de Paris. Nous sommes le 22 février 2021. La programmation du concert volant d'Arte est eclectique comme dirait les dinosaures de chroniques musicales. Fip, trouve ces trois artistes aux antipodes.Trois artistes. Koki Nakano, pianiste virtuose propulsé par Vincent Ségal, "himself", présentant des extraits de son album pre-chorégraphe accompagné par une danseuse; le chanteur de blues folk Théo Charaf accompagné de sa guitare; la chanteuse pop Karimouche enveloppée dans sa tenue berbère.

J'éteinds les lumières. Je crée ma salle obscure. J'accueille les premiers instants du concert en allumant mon portable. Le silence m'entoure. Seule, face à l'image. Les yeux rivés sur mon écran. J'attends. Le concert se prépare et l'artiste Nakano entre en scène. Le silence est exceptionnel. Exceptionnnellement vide, la salle est vide mais la scène, elle, brille de multiples barres bleutées fluorescentes; érigées de façon homogène sur la plancher de la scène. Un halo de lumière entoure le piano de l'artiste. Posé au centre. Nakano commence à jouer debout sur son piano noir et élégant. Le concert volant d'Arte commence.

Un début de soirée qui dévoile une rencontre mystère : la musique hors-norme du pianiste Nakano. Dès les premières notes nous sommes transportés dans son univers musical. Une des plus belle création musicale jamais encore entendue. La singularité de sa composition musicale ne suscite rien d'étrange, mais plutôt nous sidère d'une foudroyante beauté. La lumière oscillante du bleu à l'orange devient un élément du rêve musicale, apportant à sa musique un magnétisme que la danseuse sur scène, discrètement, dessine de ses gestes en mouvement lents et précis. Je ne connaissais pas cet artiste, et bien je ne pense pas l'oublier. Frustée un peu. De n'avoir pu l'écouter jusqu'au bout de la nuit. Fascinée par le métissage qu'il crée de sonorités electro et d'accoustique du répertoire classique d'un piano variant vers des notes jazz très intenses; les cordes du piano vibrantes donnant à certaines notes une originalité nippone. Tombe à merveille au coeur de cette dimension : une mélodie subtile. L'originalité de cette écriture musicale tombe comme si Nakano lui-même dégivrer pour nous l'eau des chutes du Niagara. Le sentiment en écoutant la virtuosité des ses notes de rencontrer la 7ème merveille du monde; ses mains glissant sur le clavier comme l'eau d'une rivière en été; la musique devient fluide. Les lumières teintées d'un bleu piscine  nous invitent à flotter comme au milieu d'un bel aquarium. La légèreté de son phrasé détalant sensiblement tel un élément liquide; nous rappelant avec agileté le clavier de Debussy - La Mer, Arabesque no 1.

La dernière note a retentit. On aurait pu rester encore à l'écoute jusqu'à la fin de nuit. Et dans les loges, Théo Charaf préparait sa voix et sa guitare, poncté d'un merci infiniment à la maquilleuse.

Le concert a continué avec cette voix accoustique à la Ed Sheeran. Théo a littéralement saisi la salle esseulée par la justesse de sa voix blues. Le silence de la salle a disparu. Dans l'intimité de ce concert accoustique, surgit nous submergeant ce blues qui a résonné comme un ange tombé du ciel. Interprétation magnifique. Le duo de ses accords folk poursuivant; guidant sa voix chaleureuse au phrasé juste et pronfond. Il a posé son grain de voix en toute plénitude glissant sur la mélodie de sa guitare accoustique posée sobrement sur ses genoux.

Alors que l'artiste française  Karimouche coiffée de sa couronne artisanale berbère lançait sa voix en loge. Ma batterie s'est éteinte. Mais le voyage a laissé dans ma tête une belle lumière musicale.

Une parenthèse touchante et rassurante dans cet autre monde qui s'ouvre à nous; hurtés par le choc des puissances en déséquilibre géopolitique et par des forces idéologiques qui s'affrontent. Un avant-goût de ce monde qui nous questionne, celui de l'avant covid où la culture était une ressource pour le bien vivre; où l'on pouvait dans une heure de concert, collectivement, nettoyer notre disque dur des pensées néfastes.

Où sont nos souvenirs de concerts ? Le mien est gravé en ses lignes lorsque j'ai croisé dans le bus 70 en fin de concert le violoncelliste de Musique de Nuit sortant expressément de l'auditorium suite aux restrictions sanitaires : " Tracer un chemin musical pour nous initier à écouter la parole de l'arbre musical : la Kora. Cette femme, métaphore, qui raconte la musique comme parle la pluie associée au jaillissement des notes improbables qui tissent leur lien à celles des cordes accoustiques du violoncelle, vibrantes comme un fauve. "

Je lui ai demandé : " est-ce que votre musique est une fome de créolisation ?oui m'at-il répondu.

 

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