La haine du pauvre

Dans ce bus qui mène au Panthéon, il est 18h30, quand la haine de l'étranger sort ce mardi soir.

Direction le Panthéon,

La haine de l'étranger,

Un sans abri à la peau sombre récite en chantant à voix haute dans une langue que je ne connais pas.

Le chauffer énervé, interpelle le passager derrière lui, un homme à la peau sombre assis avec ses écouteurs. Il s'offusque -" ce n'est pas moi!"

Le sans abri continue à haute voix, un homme âgé, à la barbe grisonnante, vêtu d'un manteau gris et d'un bonnet de laine sur sa tête.

Il chante de plus belle.

Et je souris, à son insurrection.

Dans le silence abattu d'une fin d'après-midi, cette femme trépigne.

Et, il chante de plus belle.

Et je souris à son insurrection.

"Monsieur taisez-vous ou vous descendez!", lance sur un ton sévère, le chauffeur.

"Taisez-vous, vous embêtez tout le monde", fustige de son regard indigné cette dame.

Et je souris à son insurrection.

Il s'assoit enfin. Et se tait. Ce monsieur, pauvre et étranger.

Une fin d'après-midi dans ce bus qui mène au Panthéon.

La haine de l'étranger.

 

 

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