Printemps du confinement Jour 9: un discours d'Etat qui fait scandale

#confinementjour9 Le jour du régime provisoire. Nous sommes le mercredi 25 mars. Le premier ministre sans aucune émotion annonce en conférence du conseil des ministres: " nous sommes en régime provisoire ". Froidement. Au choc économique et social annoncé s'ajoute: " nous sommes au début de la crise ". Deux discours. Un enrôlement. La com' de Sibeth Ndiaye et le jeu holywoodien du président.

Ce matin quand on écoutait parler sur les ondes de France Inter le professeur en neurologie et écrivain Boris Cyrulnik on avait envie d'y croire à ces mots... " pour la première fois on fait passer le vie des individus avant l'économie " Et puis, le président du Sénat était sûr de lui... " nous allons suivre ces mesures, pour une durée de deux mois, nous exercerons pleinement notre moyen de contrôle sur cette loi d'urgence ". Gérard Larcher, président du Sénat, famille LR, ce groupe politique qui a voté la loi d'Etat d'urgence, de rajouter au micro de Léa Salamé, " je ne suis pas quelqu'un d'inquiet "

Sauf que, pendant qu'il nous expliquait le fiasco sanitaire des élections municipales du 15 mars - de toute façon quoiqu'il arrive c'est toujours la faute du conseil scientifique - ce qui est valable pour le confinement l'est aussi pour toute les questions dérangeantes: le conseil scientifique est le mot valise de toute situation inconfortable. "Fallait-il passer au stade 3 pour les élections municipales ? La réponse est: le conseil scientifique! Selon le Sénateur, Gérard Larcher, le ministre de la santé, Olivier Véran, a proposé de passer au stade 3 et devinez ce que lui a répondu le conseil scientifique... " il n'y aucun risque sanitaire ". Ce qui a permis ce matin à Gérard Larcher de pouvoir répondre à la journaliste sans crainte: " j'étais favorable aux élections municipales" tout en reconnaissant qu'on aurait dû passer au stade 3 dès le jeudi ( 12 mars ).

Oui, cette matinée du mercredi 25 mars s'annonçait conviviale...pendant que le gouvernement... préparait au paroxysme de sa com'... un discours. Quel discours ? Le discours historique jamais arrivé depuis 1958! La loi du 3 juin 1958 qui donnait à de Gaulle la possibilité de gouverner par ordonnance pour une durée de six mois. Cette conférence de conseil des ministres, pathétique, que le premier ministre a annoncé comme conforme à l'histoire. Pour ce gouvernement... tout est conforme au conseil scientifique. Qui pouvez-vous leurrer sur le confinement total, cher gouvernement ? Eric Caumes, Didier Raoult, Philippe Juvin, Olivier Schwartz, Christian Perrone, Alexandre Bleibtreu...? La fronde des 600 médecins en colère ayant portés plainte contre vous, l'Etat ? Testez, testez, testez, ne cesse de vous recommander, supplier, interpeller, ces médecins infectiologues qui sont sur la réalité du terrain. Mais que répondez-vous autre que des vos " injonctions paradoxales " ?  Vous confinez pour mieux préparer le nouveau régime. Préface. L'intronisation par le premier ministre, Edouard " Sinistre ", au passage de la loi d'Etat d'urgence au " régime d'urgence " alias le " régime provisoire " annoncé avec froideur historique par le premier ministre: " 25 ordonnances adoptées est historique, c'est bien le signe que l'urgence dicte la loi ", et de faire la transition, " notre pays est armé pour le faire ". L'intrigue. La ribambelle de ministres, Bruno le Maire, Nicole Belloubet, Murielle Pénicaud, déroulant le tapis rouge à la porte parole du " régime provisoire " la porte parole du président Macron.

Epilogue. Sibeth Ndiaye en hôtesse mimant les gestes qui sauvent, " avec des mesures sanitaires qui répondent à la demande de distanciation, ce mètre de protection entre les individus, et en tendant ses bras montrant au public, les deux bras ", pour ajouter d'un ton très convaincu, " il faut réorganiser les chaînes de production pour que cela soit  possible. " Qu'est-ce qui doit être possible ? De travailler sans masque!  Pour mieux comprendre je vous propose l'intégralité du passage bienvenue dans le changement de paradigme:

  • " Nous sommes dans une situation de guerre sanitaire. Dans une situation de guerre sanitaire, il y a des bataillons différents et chacun à son rôle important, pour pouvoir gagner cette guerre. Il y a ceux qui sont sur la ligne de front, et je pense en l’occurrence , aux soignants qui ont besoin de travailler, de sauver des vies au quotidien, pour accueillir des patients au quotidien (...), cette première ligne de front a besoin que dans un autre bataillon travaille au quotidien, ceux qui doivent travailler au quotidien parce que c'est nécessaire pour que l'activité de front - soignants - puisse être remplie. Ces personnes doivent travailler avec des mesures sanitaires qui répondent à la demande de distanciation, ce mètre de protection entre les individus, deux bras. Il faut réorganiser les chaîne de production, pour que cela soit possible. Il y a aussi, et au fond, c'est le troisième bataillon restant chez eux pour pouvoir télé-travailler ou devant garder leurs enfants, c'est assez difficile d'imaginer que lorsque on est chez soi qu'on ne fait rien eh bien on participe activement à la bataille, parce que c'est ce qui nous permettra de remporter la bataille contre le coronavirus. C'est une chose principale, la diminution des contacts avec les individus et donc, au fond, on a trois groupes sanitaires, se sont les soignants, ceux qui par leur activité professionnelle ont pour mission la continuité de l'activité au pays, et ceux qui restent chez eux pour casser la chaîne de contamination et donc de permettre de ralentir la propagation de l'épidémie. "

Dans la soirée...

 L'auteur. Macron est arrivé face caméra en direct de Mulhouse, comme un président au secours de ces compatriotes sur le terrain, répétant " nous sommes en guerre " , et de dérouler son plan de guerre, comme un ambassadeur du salon Milipol vous présente son catalogue. " Nos armées sont déjà mobilisées avec cet hôpital qui a été monté à Mulhouse... des opérations de transports, aériens, maritimes, d'autres missions de soutien. " et de poursuivre," nous sommes en guerre , l'opération résilience d'aide et de soutien en outre mer, sanitaire, logistique, et de protection. J'envoie le porte-hélicoptère Mistral. J'envoie le porte-hélicoptère Dixmude." Tel le président de la situation, il a annoncé ses " promesses " de construction d'hôpital, afin de récompenser les soignant.e.s, avant d'achever, solennellement, " nous tiendront, parce que nous en avons la force. Vive la République ".

Nous n'avons pas besoin d'une guerre, mais d'une politique de santé commune. Comme unanimement, le réclame les médecins en cette période de" péril commun ". Selon le professeur Didier Raoult, de l'IHU de Marseille, " le confinement n'est pas une réponse " considérant cette pratique du XIXe siècle. Dans une vidéo de la chaîne ce l' IHU, il insiste sur le fait que la médecine infectieuse c'est de détecter, isoler et traiter. 

Dans la pétition du collectif de médecins, nommé C 19, " mensonge d'Etat ", le collectif s'indigne que le gouvernement d'Edouard Philippe et que la ministre de la santé Agnès Buzin, " étaient au courant des dangers liées à l'épidémie mais n'a pas agi suffisamment tôt ni pris les bonnes mesures, notamment le stockage de masques, et la mise en place de test systématiques, qui aurait permis d'isoler les porteurs sains, capable de contaminer plusieurs personnes.

Pourtant, malgré ces revendications, hier encore, le Directeur Général de la Santé, le DGS Jérôme Salomon, reconnaissait de façon timorée que le confinement était là pour " réduire la pression sur le système de santé ", ce qui ne l'a pas empêcher, en tant que DGS, d'enfumer le personnel soignant sur l'augmentation des tests prévus sachant qu'il refuse de pratiquer ouvertement ces tests systématiques que tout le corps médical réclame jusqu'à l'OMS, incarné par cette phrase lâchée de façon subtile par Jérôme Salomon en conférence de presse: " il est rationnel de ne pas dépister systématiquement, les test ne servent pas à mesurer, mais à contenir l'épidémie. "

Ce discours du gouvernement est un scandale d'Etat, réduisant nos libertés individuelles à un statut de " bataillons ", de première ligne, deuxième ligne, troisième ligne et avançant dans le déni des revendications de santé . La liberté c'est l'esclavage.1984. Dans ce confinement total, somme-nous les confiné.e.s réquisitionné.e.s d'un plan de santé militaire ou d'un plan de santé publique ? L'INSERM, l'Institut de recherche " d'envergure militaire "qui actuellement supervise les essais cliniques " Discovery ", évalués sur 6 à 8 semaines,  a fait barrage aux hôpitaux sur l'utilisation de la chloroquine comme traitement. Le Haut Conseil de Santé Publique a finalement autorisé ces derniers jours ce traitement que dans des formes graves, " excluant toutes prescriptions en population général pour des formes non graves ". L'ombre d'une pénurie d'hydroxychloroquine est présente sur la chaîne de production. 

 Le professeur, Olivier Schwartz, de l'unité de virus et immunologie de l'Institut Pasteur de Paris, insistait récemment devant les caméras de BFM TV, sur l'utilité de dépister les gens en pratiquant une sérologie pour détecter si les personnes avaient eu le virus, auquel cas, elles seraient immunisées. Sachant que comme le précisait le professeur Raoult, dans entretien pour le journal La Provence, même guérit du virus, les lésions pulmonaires sont longues à disparaître. Eric Caumes, chef du service d'infectiologie de l'hôpital la Pitié Salpêtrière à Paris, en entretien avec le média Brut, ce jour, expliquait que l'immunisation d'un patient.e n'est pas totale, mais que la deuxième contagion est mieux tolérée.

Nouvel épisode demain à Strasbourg de cette guerre sanitaire, où un TGV médicalisé transportera un vingtaine de patient.e.s vers des CHU en région.

En se rendant sur le terrain le président a-t-il pris conscience du désastre de santé publique annoncé?  Ce soir dans ce changement de paradigme on faisait résonner les cloches des églises ... au pays de la Macronie.

 Alors que le comptage des décès du coronavirus s'alourdit ce soir à 1331 en France, Libération publiait en février le bilan de la grippe de 2018-2019 soit 8 100 décès. Nous n'avons pas encore atteint le pic estimé.

Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu'un d'autre de sa liberté. L'opprimé et l'oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité, Nelson Mandela

 

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