Réforme des retraites : nous ne sommes pas dupes.

Suite au visionnage de la rencontre Philippe/Blanquer avec des enseignants de Nancy. Essai d'antidote au poison diffusé par le pouvoir à propos de sa réforme des retraites. À quoi sert-elle vraiment ?

 

 

J’avais coupé le son. Je regardais Edouard  Philippe gesticuler vendredi soir devant un parterre de profs dans un gymnase de Nancy, en compagnie de son complice Jean-Michel Blanquer. Une fine sueur perlait sur son front, il surjouait l’humilité et la modestie en prenant des poses et des expressions faussement serviles, dans le genre «  je ne suis que votre humble serviteur ». Il dégoulinait de fausseté. Crispant. On avait vraiment l’impression qu’il annonçait une catastrophe majeure mais qu’il était là pour essayer d’apaiser la douleur. J’ai mis le son quelques instants et je n’ai pas été déçu par ses intonations. Une fausse légèreté, un entrain artificiel pour minimiser l’énormité de sa mission : faire passer pour nécessaire et presque sympathique un coup d’état social sans précédent. Bref, du mensonge en direct, obscène et ridicule. Sous l’œil inquiet de Blanquer ne le quittant pas une seconde du regard, comme hypnotisé, comme s’il murmurait «putain j’espère que ça va bien se passer, que tu vas tenir mon Edouard »en comptant chaque minutes gagnées.. Certainement pour éviter aussi les visages consternés et hostiles des enseignants en face de lui, les plans de coupes créant un contraste saisissant avec le ton guilleret du ministre. Ça ne passait pas, mais alors pas du tout.

 

En regardant cette séquence – il faut vraiment la voir, j’ai pris une claque. De la manipulation en direct. Ou comment un type fait passer une mesure dont il connaît les conséquences néfastes. Un peu comme un médecin qui mentirait à un patient condamné. J’ai vu alors l’importance politique de ce que nous sommes en train de vivre.

 

Appauvrir les gens pour enrichir les marchés : c’est la véritable conséquence et même l’esprit de cette réforme. Et au passage, on détruit des institutions sociales (les caisses, les régimes particuliers) au profit des acteurs financiers  privés (assurances, fonds de pension, traders). TOUT LE RESTE EST DU BAVARDAGE.

 

L' "universalité"du nouveau système, affichée sans vergogne, est bien le cadet de leur souci…voyez ce qu’ils ont fait de l’universalité en cassant le code du Travail.

 

C’est une réforme hautement politique. N’oublions pas que nous sommes gouvernés par un fanatique de la finance, technocrate adepte du divin marché, de la mondialisation, etc. Si cette réforme est adoptée ce sera une revanche sans précédent sur les conquêtes du Conseil National de la Résistance.

 

L’Etat libéral autoritaire pourra enfin réaliser ses rêves les plus fous :

 

  • baisser le montant des pensions quand ce sera nécessaire (et ce sera nécessaire puisque l’enveloppe budgétaire consacrée aux retraites sera plafonnée à 14% de la richesse produite et que le nombre de retraités va augmenter). Les garanties apportées sont des mensonges : voyez ce qui se passe avec le gel du point d’indice des fonctionnaires, qui est une baisse masquée des salaires. Ce sera la même chose pour les retraites, en pire.

 

  • gérer directement un budget de 272 milliards € qui passera des comptes sociaux de la nation aux mains de l’Etat.

 

De plus, cette réforme est encore un cadeau aux plus fortunés, entre 2 et 4 milliards €: l’assiette de calcul des cotisations sera plafonnée pour les cadres et la cotisation patronale baissera.

 

Et puis l’énorme arnaque de « l’âge pivot », qui introduit un système de bonus/malus en plus de la décote classique pour ceux qui n’ont pas assez cotisé (décote). Pour ceux qui prendront leur retraite à l’âge légal (62 ans) avec une décote, ce sera la double peine, ils seront aussi sanctionnés par un malus (10%).

 

Tout ça pour «  inciter à travailler plus longtemps », alors que la moitié des actifs de plus de 55 ans sont au chômage ! Encore une mesure qui favorise les métiers les moins pénibles (et les mieux payés). Autre victoire idéologique : faire admettre la discontinuité des carrières et la précarité comme établies, puisque cette réforme « moderne » y répond. Ou comment justifier une régression par une autre.

 

Et je vous épargne les aberrations du système par point en lui-même, où selon votre année de naissance un « capital virtuel » sera transformé en pension de retraite grâce à un « coefficient de conversion » (qui dépend de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie de chaque année de naissance).En divisant le capital virtuel accumulé par ce coefficient, on obtient le montant de l’annuité…

 

Les pensions baisseront de 20 % qu’on se le dise et pour les professions régies par l’intermittence ce sera même une amputation bien plus drastique.

 

Alors bien sûr ça ne se fera pas « brutalement », mais centimètres par centimètres….l’essentiel est que le viol politique et social ait bien lieu.

 

 

 

 

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