Union Européenne et Immigration. Essai de mise au point (lexicale)

Pour en finir avec l'escroquerie et la démagogie des discours sur l'immigration, presque tous d'inspiration xénophobe. Destituer les dispositifs sécuritaires. Parler du marché migratoire plus que de la crise migratoire.

À la veille des élections européennes, il me semble plus qu'urgent de reformuler un peu les choses à propos d'immigration, sujet qui malheureusement est devenu depuis quatre ans LE sujet (avec la survie de l'U.E elle-même), l'enjeu majeur du scrutin, redessinant même l'échiquier politique autour de deux mots creux, «populisme» et  «progressisme», à usage strictement performatif. L'idée, c'est d' essayer de tordre le cou à toutes les âneries dont on nous rebat les oreilles, jusqu'à la nausée. De tenter d'évacuer la peur et la compassion du débat, carburants désastreux des discours politiques.

 

Depuis quelques années, j'ai été amené par mon travail littéraire sur le sujet (une trilogie théâtrale entamée en 2011 avec la pièce «Un qui veut traverser ») à regarder de plus près cette tragédie sans fin que nous supportons depuis au moins 20 ans en méditerranée, sur les routes africaines et asiatiques qui y mènent, du sahara aux montagnes afghanes. Je me suis documenté, comme on dit, c'est bien la moindre des choses quand on aborde une telle matière. J'ai lu toutes sortes d'essais, de récits, de rapports, écrits par des reporters, des juges, des sociologues, des témoins, des bénévoles associatifs, regardé des planches de photographes, visionné des documentaires, parcouru les sites les plus divers des observateurs et acteurs de terrain ( de Migreurop, de Human Rights Watch, du Gisti, de l'Anafé, de la Cimade, de l'Ofpra, de Frontex, NoBorder..qui rassemblent des données concrètes indispensables, une somme d'informations jamais reprises par la presse). J'ai aussi un peu voyagé, rencontré des gens ici ou ailleurs, des gens qui ont « vécu » des épisodes de cette guerre meurtrière livrée par des hommes sans armes.

 

Rédiger un petit lexique m'a paru une bonne façon d'aborder une matière aussi vaste et complexe par petit bout, façon puzzle.

 

Appel d'air : invention rhétorique de bas étage, à l'usage des ignorants. Qui dit appel d'air dit afflux, dit engorgements, dit purges nécessaires, dit fermer les robinets, etc. Le recours à la mécanique des fluides est typique des discours xénophobes. On se souvient de la « fuite d'eau» de Sarkozy raillant la Commission Européenne et ses quotas de répartition, préférant selon lui répartir la fuite que de la «colmater». L'argument de l'appel d'air est complètement déconnectée de la réalité. Les routes de l'immigration évoluent selon les lois d'un marché très sensible, ultra-dépendant du contexte politique au départ ou dans les pays traversés, des guerres, des possibilités ou non de passer ici plutôt que là, pour tel prix, à telle condition et selon le degré de violence policière ou militaire exercée sur le chemin, des conditions de vie dans les camps (qui absorbent hors d'Europe la plus grande partie des exilés, faut-il le rappeler)... On se souvient comment Khadafi savait monnayer ces paramètres auprès de l'Italie, en déclenchant des chasses aux migrants ou au contraire en les laissant passer. Ce ne sont pas le montant de l' Aide Médicale d'Etat, de l'Allocation Temporaire d'Attente ou la douche des exilés qui modifient les flux ! Si on pouvait dire une bonne fois que la plupart des gens qui partent ne savent ni quand ils arriveront, ni dans quel pays ils s'installeront....qu'ils espèrent atteindre celui-ci plutôt que celui-là, qu'ils tentent quelque chose mais que ça peut changer à tout moment. Que les embûches et les violences qui les attendent sont telles qu'ils ne sont sûrs d'absolument rien. La meilleure preuve contre la théorie de l'appel d'air : la décision d'Angela Merkel en 2015 d'accueillir plus et mieux n'est pour rien dans le pic d'affluence observé cette année-là , elle en est plutôt la conséquence politique. Les années suivantes d'ailleurs, on a observé une décru significative des arrivées aux portes de l'Europe, qui n'a cessé depuis. La création de couloirs humanitaires contrôlés par l'ONU serait la moindre des choses pour sécuriser et légaliser le déplacement de ces populations.

 

Compassion : attitude d'usage, admise sur cette question si elle ne va pas jusqu'à la solidarité. Elle provoque la larmichette qui autorise les discours xénophobes, autoritaires ou technocratiques.

 

Crise migratoire : expression mensongère à usage politique qui désigne un phénomène structurel qui a au moins 20 ans. Utile pour le spectacle ou la stratégie du choc, rien d'autre. Il faut dire «marché migratoire» (voir ce mot)

 

Développement : c'est LA solution. Là aussi, il y a escroquerie. D'abord parce que rien de sérieux n'est fait pour qu'il ait lieu. On continue à piller les ressources, à exploiter les anciennes colonies en notre faveur. Ensuite parce que les accords de développement sont des marchés de dupes : on conditionne les aides à l'assignation à domicile des populations, en finançant des centre de rétention dont l'argent est détourné. Les « aides au développement » reviennent en fait à consolider les frontières, former des agents de surveillance et construire des prisons. Et puis encore : le vrai développement crée la migration ! Aider les populations à rester chez elle ? Au nom de quoi peut-on décider que tel peuple peut bouger et l'autre pas ?

Pourquoi un Africain doit-il, plus qu'un Allemand, devenir un agent du développement national de son pays ?

E.O.S : European Organisation for Security, organisme qui regroupe 40 entreprises du secteur de la sécurité, où l'on trouve EADS-Thalès, Safran, Finmeccanica. Sa mission ? Une gestion intégrée des frontières, une sécurisation des transports et de l'espace cybernétique. Perd actuellement des parts de marché au niveau mondial.

Eurosur : réseau de partage de données recueillies par différents outils (satellites, hélicoptères, drones, navires) pour intervention en cas de menace. Coût estimé : 338 millions € en 2015, pour atteindre 874 millions € en 2020 . Annoncé en 2013 comme un système qui permet de «détecter et combattre l'immigration clandestine et la criminalité transfontalière ». Avec le succès que l'on sait. Ce réseau constitue avec EES (Entry Exit System) qui contrôle les durées de séjour et RTP (système de reconnaissance des voyageurs récurrents, la mise en place de frontières intelligentes. Voir « Passoire »

Expatrié(e) : terme normalement réservé à une frange privilégiée de la population choisissant de vivre ailleurs que dans son pays d'origine pour des raisons professionnelles, en échange d'un meilleur niveau de vie (opération prise en charge et encadrée par une entreprise ou une institution en lien avec les Etats concernés). Ce mot devrait remplacer « migrant » . Il suffirait de distinguer les «expatrié(e)s institutionnel(le)s» et « expatrié(e)s autonomes »

Externalisation de l'asile : le principe est de confiner les candidat(e)s à l'asile dans des camps aux portes de l'Europe, d'où ils effectuent leur demande, afin d'éviter leur venue. Testée d'abord en Albanie et au Maroc, on la doit à l'Autriche, qui préside le Conseil Européen en 1998, et dont le gouvernement doit composer avec l'extrême-droite (Jorg Haider). C'est à partir de là qu'ont été ouverts un peu partout des «camps de transit » : enfermer, maltraiter, dissuader les exilé(e)s sont les actions que financent l'UE via ces centres, dans un grand nombre de pays «tiers ». Il va sans dire que le financement de l'externalisation est l'occasion de détournements financiers à grande échelle. Il faut dire aussi que le HCR, Haut Commissariat pour les Réfugiés, donc l'ONU, a largement pris en charge la gestion de l'externalisation depuis 2003 (grâce au libéral chrétien Ruud Lubers), s'attirant les foudres d'Amnesty International pour pratiques inhumaines, contraire aux règles du droit international

Frontex : Agence semi-privée, non dépourvue d'opacité, chargée de la surveillance des frontières extérieures de l'UE, ne rendant de compte qu'à elle-même, même si financée en partie par l'UE, mais aussi par les entreprises fournissant les matériels de surveillance, détection,« neutralisation» des frontières. Basée à Varsovie, elle a été longtemps dirigée par un général finlandais. Sa branche paramilitaire remplit des « missions » maritimes et terrestres, ainsi la mission Triton en mer de Sicile en lien avec la mission Mare Nostrum de la Marine italienne (qui n'a pas empêché 1200 personnes de se noyer en avril 2015). Elle est chargée aussi d'informer les états membres des «risques » migratoires grâce à sa base de données, de coordonner la gestion des frontières, de former les gardes-frontière. Elle est fortement impliquée dans les opérations visant à «l'externalisation de l'asile » (expulsions et enfermements). Devenue en 2016 le «Corps européen de Gardes-frontières et de Gardes-côtes » - voir « PEPIC »

Marché migratoire : entre 2000 et 2015, ce marché a représenté la bagatelle de 28 milliards € en tout. Il repose uniquement sur l'interdiction qui est faite à des millions d'individus d'aller où bon leur semble. La politique de fermeture des frontières a fait éclore un marché clandestin considérable (15 milliards € dépensés par les candidats à l'exil durant cette période) aussi structuré que celui du tourisme. Comme lui, il a ses agences, son marketing, ses correspondants, ses gammes de produits, ses commerciaux, sa publicité et sa puissance d'innovation, notamment dans les circuits intraçables de paiement. Ses principaux bénéficiaires sont les mafias, les administrations corrompues (militaires, polices, douaniers), et toutes la chaîne des métiers qui vivent aux dépens des exilé(e)s en chemin, faussaires, guetteurs, transporteurs, logeurs, vendeurs d'eau, etc., et bien entendu passeurs. Il n'y a pas si longtemps un petit chalutier transportant 200 personnes entre la Tunisie et Lampedusa représentait 300 000€ de chiffre d'affaire et rapportait jusqu'à 15 fois la mise. Du côté européen, on peut parler d'un véritable complexe militaro-industriel de la migration, notamment pour le matériel de surveillance et de détection : satellites , système informatique de contrôle des entrées et sorties (Eurosur), caméras flottantes longue-portée, drones, détecteurs de carbones, systèmes de surveillance infra-rouge, sans oublier l'armement : frégates spécialisées, chars terrestres robotisés, etc. La bataille économique fait rage sur ce marché entre les Européens (Airbus, Finmeccanica), et leurs concurrents Américains et Chinois. Un véritable laboratoire d'essais grandeur nature. L'Europe finance, via ses universités, des budgets considérables en Recherche et Développement, met au point des brevets qui, cédés aux industriels leur permettent de vendre ou de louer du matériel de pointe aux Etats, qui paient donc deux fois (voir là-dessus le livre indispensable de Claire Rodier «Xénophobie Business»). Par exemple le système de grilles intelligentes entourant Ceuta et Melilla au Maroc a été vendu récemment à la Hongrie pour équiper sa frontière avec la Serbie. Il faut ajouter à cela le marché des assurances (maritimes ou autres) pour couvrir les risques et du personnel de sécurité(le britannique G4S est le deuxième employeur privé mondial, présent dans 120 pays). Mais également de l'hébergement d'urgence (certains centres génèrent jusqu'à 140 000€ / jour grâce aux dotations de l'UE attribuée par personne hébergée), où les conditions de vie sont souvent déplorables. La liste est encore longue des domaines économiques qui sont sur ce marché. Et vous voudriez qu'on tue la poule aux œufs d'or ? Les dispositifs sécuritaires sont d'une grande rentabilité, politique comme économique. Ouvrir les frontières, légaliser les flux, allons-donc, il y a assez de chomâge comme ça...

Menace : démographique ? L'Europe vieillit. Economique ? L'Europe a besoin de main-d'oeuvre, les clandestins accomplissent les tâches les plus dures et tirent les conditions de travail vers le bas, une hypocrisie générale qui arrange bien les puissances de l'argent. Grâce à ces nouveaux venu(e)s, les conditions de travail vont pouvoir se durcir. Culturelle ? Est-il si difficile d'expliquer que l'identité européenne évoluera forcément ?`

Migrant : mot dévalorisant dont l'usage semble désigner une espèce. En droit international ce sont les personnes qui vivent dans un autre pays que celui où elles sont nées. On ne l'utilise jamais pour désigner par exemple un américain, et en général tout extra-européen blanc, travaillant en Europe. Cela trahit un usage discriminant, donc raciste. Dire plutôt «professeur » ou  «agriculteur», «étudiant» ou simplement «citoyen» ou «ressortissant» en ajoutant la nationalité, serait plus clair et plus respectueux. Exemple : «professeur congolais», «étudiant afghan», «citoyen soudanais». Voir « expatrié(e)».

 Misère(s) : la méthode des discours xénophobes consiste à jouer sur la concurrence des misères. Ainsi durant la campagne présidentielle Bruno Le Maire prônait-il le transfert de l'Aide Médicale d'Etat (allouée aux demandeurs d'asile) vers l'aide aux handicapés français. Marine Le Pen s'indignait récemment qu'un «migrant» vive mieux que certains retraités. Tout cela est évidemment abjecte et totalement démagogique. Et c'est la conséquence directe des politiques de fragilisation des plus faibles (sabotage du droit du travail, baisse des aides sociales, des petites retraites). La vieille histoire du bouc-émissaire.

Passeurs (trafiquants) : l'arbre qui cache la forêt. Êtres cupides, organisés en réseaux, qui exploitent de pauvres gens, les rackettent, les laissent mourir, les vendent parfois. Bref ce sont des trafiquants d'êtres humains. Le mal vient de là. On dit même qu'ils vont chercher les gens chez eux et les incitent à partir. C'est un marqueur récurrent du discours prémâché médiatico-politique (les autres marqueurs sont la misère et « l'Eldorado », l'incurie ou l'impuissance des autorités, et bien sûr les «appels d'air»).

En effet les mafias pullulent à toutes les portes de l'Europe. Elles organisent et contrôlent par la violence le marché de l'immigration clandestine. A l'exception de celles qui enlèvent des groupes, les enferment, les torturent et rançonnent les familles, ou les réduisent en esclavage ( minoritaires et très localisées, autour de la Mer Rouge, dans le Sinaï, notamment), les organisations mafieuses, comme les dealers, fournissent un service à des personnes qui n'ont pas d'autres solutions. A partir du moment où une personne est forcée de se déplacer dans l'illégalité, elle devient du gibier volontaire : et les passeurs «chassent» ce gibier docile et en profitent. Les passeurs sont dans bien des cas des candidats potentiels à l'exil, mais avec les qualités requises (connaissance des routes, autorité, bonnes connexions avec la police et l'armée) et les possibilités de gain, ils mettent un doigt dans l'engrenage. Ils sont parfois recrutés, s'ils sont bons marins, bons mécaniciens, bons guides. Dans certains pays comme la Lybie, ils portent l'uniforme...guides officiels. Certains « travaillent »même avec les autorités des pays d'arrivée, se faisant exfiltrés des camps de rétention pour recommencer le manège autant de fois qu'il faut, car ils emmènent des candidats ayant payé un bon prix pour être libéré dès leur arrivée dans les centres de rétention. Une chose est certaine, ils font toujours partie d'organisations criminelles bien structurées, car ce marché représente beaucoup d'argent. Quand les lois ne vous protègent plus, vous êtes livrés à la protection vénale des uns et des autres. Cette criminalité prospère sur le couple prohibition-misère. Abolir la prohibition pour destituer la criminalité serait la moindre des choses.

 

Passoire : image abondamment utilisée pour qualifier les frontières de l'UE, dans le but de créer la confusion et de revenir sur les accords de Schengen. La réalité est tout autre, il n'y a pas de frontières terrestres ou maritimes mieux gardées que celle de la forteresse Europe. Bien avoir en tête que les candidat(e)s à l'exil qui empruntent ces routes clandestines mettent leur vie dans la balance, et que celles et ceux qui passent sont des rescapé(e)s ayant mis parfois plusieurs années à arriver. A l'intérieur de l'espace Schengen, la « passoire» ressemble plutôt à une prison (les Centres de Rétention Administrative se comptent par centaines), à une zone de «migrerrance» générée par les fameux accords de Dublin. Voir aussi «Frontex».

 

P.E.P.I.C : Programme Européen pour la Protection des Infrastructures Critiques. Enclenché par l'UE après le 11 septembre 2001. Ce programme comportait un volet anti-terroriste qui a permis le financement de Frontex, l'organisme chargé de gérer l'immigration aux frontières extérieures de l'UE. Militarisation et criminalisation sont donc les principes de l'action européenne en matière d'immigration en provenance du «sud». Et journalistes et politiques nous chantent chaque semaine la rengaine du «manque de coordination entre états » ? Risible.

PERSEUS (Protection of European borders and Seas through the intelligent Use of Surveillance) : programme de recherche enclenché de 2011 à 2015 par un comité d'experts « indépendants », le Security Advisory Group, sous l'autorité de l'UE. Objectif : sécuriser les mers et les frontières. Piloté par la société informatique Espagnole Indra, regroupant Airbus Military, Saab, les gardes-côtes grecs, les forces aériennes portuguaises, EADS Defense...etc . Autant de sociétés que l'on retrouve dans le comité d'expert. Conflit d'intérêt ? Mais pas du tout ...Budget : 43 millions €, financés pour les 2/3 par la Commission Européenne (# aubaine pour la R & Dvt privée). Voir «passoire », voir «marché migratoire »

 

Réfugié : toute personne entrant sur le territoire européen sans visa n'a pas d'autre choix que de faire une demande d'asile, si elle est acceptée elle prend le statut de réfugié. En tant que demandeur d'asile, elle n'a pas le droit de travailler (depuis 1991). C'est pour cette raison qu'elle perçoit une allocation temporaire d'attente (minime). Si l'asile est refusé (grande majorité des cas) elle tombe sous le coup d'une OQT (obligation de quitter le territoire) rarement appliquée car trop coûteuse pour la collectivité. Le débouté du droit d'asile devient clandestin. Le fameux tri nécessaire entre réfugié et migrant économique est une escroquerie politique. L'immigration économique (hors expatriation et filières universitaires) n'existe plus, et les réfugiés sont en fait une minorité. Mais on voit bien l'arnaque : on veut dire « faire le tri entre ceux qui viennent pour de bonnes raisons(fuir la guerre) et ceux qui viennent «profiter du système» ». Pour la très grande majorité des arrivants, les motifs politiques, ethniques, religieux, économiques se mêlent car dans beaucoup de pays ce ne sont pas des domaines séparables (lire l'admirable travail de Smaïn Laacher dans « le peuple des clandestins »).

 

Solidarité : comportement délictueux au regards de certaines dispositions gouvernementales sur le contrôle de l'immigration clandestine, en France, notamment. Au nom d'une possible complicité avec les passeurs. Le summum de cette ignoble absurdité a été atteint avec l'ONG « SOS MEDITERANNEE », à qui son pavillon a été retiré, fait rarissime dans l'histoire de la marine. Ce sort est d'habitude réservée aux bâtiments soupçonnés d'activité terroriste. Voir PEPIC. Voir aussi «appel d'air».

 

Solutions : il y en a une déjà contenue dans ce billet, déminer le langage, changer le regard. Expliquer que les immigrés ne sont pas des ennemis, et que comme toujours, ils finiront par se fondre dans la société, qui du coup évoluera, se modifiera. Que les journalistes mainstream fassent le boulot ? Peine perdue, la plupart sont d'accord avec les idées dominantes, et les autres perdraient leur job. Restent les politiques, ce sont eux qui, avec les médias, orientent l'analyse des phénomènes. Le changement de discours d'Angela Merkel en 2015 a eu lieu sous la pression de la réalité, il fallait qu'un dirigeant dise «accueillons». Certes un marchandage s'en est suivi avec la Turquie, un odieux tri sélectif (je prends un Syrien, chaque fois que tu retiens un exilé). Mais le geste de Merkel en faveur de l'accueil a fait bouger les lignes chez ses voisins, notamment la France. Pour s'en sortir les habituels partisans de la fermeture des frontières ont trouvé un truc : distinguer les «réfugiés» des «migrants économiques», ce qui est ridicule et sans rapport avec la réalité (voir ces mots). La migration c'est de la politique, pas de la politique migratoire. Il faut ouvrir le marché du travail, faire venir les personnes légalement pour travailler, mettre les milliards du dispositif sécuritaire dans la formation et l'encadrement. Ouvrir les frontières en faisant valoir un principe d'égalité, faire cesser l'apartheid qui autorise un tiers de la population à circuler comme elle veut. On verra alors le marché migratoire s'effondrer, les passeurs et les réseaux clandestins disparaître. Mais le commerce triangulaire entre UE & Multinationales-Pays tiers-Mafias n'y a aucun intérêt. Autre piste déterminante : ne plus être prédateur des ressources des pays d'où les gens partent. Exemple : la filière des agro-carburants détruit les cultures vivrières de beaucoup de pays d'Afrique. Et on dit aux candidats à l'exil : « va vivre chez toi, où j'ai tout pris » ?

 

 

 

 

 

 

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