Monsieur Torreton, vous êtes en marche.

réponse à la lettre ouverte de Philippe Torreton à Jean-Luc Mélenchon du 23 septembre 2017

Cher Philippe Torretton, je n'ai qu'un conseil à vous donner, adhérez à En Marche avant qu'il ne soit trop tard ! Et puis, s’il vous plaît, n’essayez pas de nous faire prendre un acte de soumission au pouvoir et aux aboiements de la meute pour une argumentation critique, et surtout pour un véritable plaidoyer républicain.

Tout l'arsenal du tout-sauf-Mélechon, dans lequel infuse le débat politique, alimente cette diatribe inepte, arc-boutée sur la légalité républicaine, votre petite bouée idéologique dans le désastre du débat politique ambiant.

À commencer par l'artillerie lourde : le « couple » Mélenchon-Maduro. Mélenchon ne peut donc pas parler de coup d'état social en France au regard de ce qui se passe au Vénézuéla, dont il serait comptable?  Oui, comme chacun le sait, le leader de la France Insoumise est aux manettes à Caracas, probablement conseiller spécial de Maduro… (comme le fut vraiment Ismaël Emelien, bras droit de Macron, via l’agence Havas ). Argument sur lequel se sont jetés tous les morts de faim aigris par la popularité de Mélenchon, par ceux qui ne parlent jamais du programme de l’Avenir en Commun, c’est quand même plus simple de le traiter de stalinien, soit parce qu’ils sont tout bonnement contre ses idées en bons socio-libéraux-et-eurolâtres-sans-l’assumer de-peur-de-se-retrouver-dans-le-même-camp idéologique-que-Valls-Macron-Solère-Lemaire-Estrosi, soit parce qu’ils y sont secrètement favorables mais qu’ils ne supportent pas l’idée que le renouveau progressiste est désormais inenvisageable avec le PS, officiellement classé à droite, « la droite socialiste » comme dit si bien Frédéric Lordon). On croit rêver.

Votre acte d’allégeance au pouvoir atteint des sommets avec l’argument légitimiste : en fait, exactement comme Valls vous traitez Mélenchon de factieux, et il devrait selon vous rendre en espèce sonnante et trébuchante tout ce que la République lui a donné, pour motif de haute trahison ? Mais enfin, qui sert le mieux l’idéal républicain, celui qui quitte le PS après le déni de démocratie acté par la ratification du Traité de Lisbonne en 2008, imposé par Sarkozy et voté par ce même PS, foulant au pied la souveraineté populaire exprimée dans le non au traité constitutionnel de 2005 ? Ou ceux qui comme Valls n’ont que Marine Le Pen comme faire-valoir de gauche, l’utilise comme diable utile tout en déplaçant les curseurs à droite en n’ayant de cesse d’organiser la régression sociale et politique (loi El-Khomri, Accord National Interprofessionnel, déchéance de nationalité ) ? Ou encore ceux qui organisent une primaire à gauche et s’empressent de trahir leur engagement aux yeux de près de deux millions d’électeurs dont vous étiez, comme l’actuel numéro 4 de l’état, M. de Rugy ? Pourquoi ne vous lui demandez pas à lui, de rembourser ses émoluments pour ce déni de démocratie ? Parlons aussi de l’élection de Macron…le succès d’une start-up politique, financée par une colossale levée de fonds et des moyens inédits en France, vous appelez ça une manifestation de la légitimité républicaine ? Cet homme qui a opéré en un an une véritable OPA médiatique et politique (et pour cause, le PS et LR n’avaient rien à lui opposer sur le fond, pas plus maintenant d’ailleurs), un homme qui utilise des techniques de management et de communication pour diriger la France, qui verrouille la presse, déjà bien aux ordres, dans ses déplacements, vous trouvez ça digne de notre histoire républicaine ? Un président qui traite ses opposants de « fainéants », et j’en passe, c’est bon pour nos institutions ?

Autre grosse bêtise, qui trahit votre allégeance à la Macronie : une défaite mal digérée et déniée serait la base malsaine de la démarche politique de Mélenchon. La réalité des faits dit exactement le contraire. Quelle est la seule force politique qui a fait baisser le score du FN au premier tour des présidentielles et qui l'a battu auprès des jeunes ? Victoire dans les urnes ! Qui a réenchanté et redonné de la fierté à la gauche en approchant les 20 % malgré une adversité médiatique générale, redoublant dans la dernière ligne droite, grâce à une démarche citoyenne et des idées réellement progressistes ? Victoire des idées ! Qui est là aujourd’hui pour incarner la seule opposition au libéralisme autoritaire, grâce à un programme issu d'un travail collectif ? Victoire de la démocratie !

Non, cher Philippe, le mouvement insoumis s’appuie sur ses victoires autant que sur le besoin de résistance aux agressions libérales. Vous feriez mieux de vous adresser à ceux qui activent par des lois les effondrements de bien-être et le désordre au quotidien, au lieu de prendre une posture digne du parti de l’Ordre de 1848 (Thiers, Guizot). Ne prêtez pas à Mélenchon la violence qui s'exercera chaque jour, en silence, sur la majorité des habitants de ce pays du fait d'un pouvoir au service d'une élite organisée, solidaire, et trans-nationale, celle de l'argent. Ne vous trompez pas de cible. Aujourd’hui ceux qui s’attaquent à nos institutions le font sans aucune déclaration ouvertement hostile, ils le font avec de faux discours de préservation, de sauvegarde, d’équité, de souci du « vivre ensemble », etc, bref à grand coup de manipulations, tout en mettant en place des mécanismes qui sont aux bénéfices de l’oligarchie financière- du moins le croit-elle, car la «  déconomie » qu’elle défend se retournera bientôt contre elle ! (cf les ouvrages de Jacques Généreux à ce sujet) - l'oligarchie qui attend que la France se mette «  en mouvement », c’est-à-dire se soumette aux marchés. Le désordre, les effondrements, la mise en danger du pacte républicain viennent d’en haut, cher Philippe, pas de la rue. On se donne rendez-vous quand la suppression de l’assurance-chômage sera effective, et l’indemnité qui en découle transformée en RSA, y compris pour les artistes et techniciens du spectacle, dont je suis, tout comme vous. On se donne rendez-vous quand dans le même temps les territoires seront soumis à Bercy via la suppression de la taxe d’habitation et devront « faire des efforts » de rigueur budgétaire pour être dotés par l’Etat, sans incidence aucune sur les politiques d’aide à la Culture bien sûr. On reparlera de la république culturelle et vous verrez d’où vient le danger, que ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qui l’aura attaquée, mais celui que vous défendez aujourd’hui.

bien à vous

marc-emmanuel Soriano

Acteur et auteur, ses deux dernières pièces sont " Un qui veut traverser " et " Le Parlement des Forêts " , épopées tragiques autour de la migration contemporaine.

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