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Billet de blog 8 janvier 2026

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Le pétrolier Marinera et la fin du mythe de la « grande puissance »

L’affaire du pétrolier Marinera, saisi par les États-Unis après plus de deux semaines de poursuite à travers l’Atlantique, s’est révélée bien plus significative qu’un simple épisode de la guerre des sanctions.

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L’affaire du pétrolier Marinera, saisi par les États-Unis après plus de deux semaines de poursuite à travers l’Atlantique, s’est révélée bien plus significative qu’un simple épisode de la guerre des sanctions. Le navire, lié au Venezuela, avait changé de nom en cours de route et hissé le drapeau russe — et c’est précisément sous ce drapeau qu’il a été arraisonné par les Américains. Sous les yeux de bâtiments militaires russes, et même d’un sous-marin. Sans tirs, sans « représailles », sans aucune conséquence pour Washington.

C’est sans doute le diagnostic le plus précis de l’état actuel de la prétendue « grande puissance » russe.

Quand le drapeau ne protège plus

Moscou a immédiatement affirmé que l’action américaine violait la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Une déclaration qui frise l’absurde au regard de tout ce que la Russie a fait subir au droit international ces dernières années en Ukraine : Boutcha, Marioupol, l’occupation, les annexions, les villes détruites et des millions de réfugiés. C’est précisément la Russie qui a démontré, de manière constante, que les règles pouvaient être ignorées. Et la voilà soudain surprise que ses propres appels au droit soient traités avec mépris.

La saisie du Marinera a mis en évidence une réalité simple : le drapeau russe n’est plus ni une protection ni un facteur de dissuasion. Les actifs russes peuvent être saisis partout — en haute mer, sous juridiction russe, même en présence formelle de forces armées. Il n’y aura pas de réponse. Il n’y a tout simplement ni les moyens ni la volonté de répondre.

Une rhétorique nucléaire sans substance

Toute la mise en scène nucléaire — les « Sarmats », les « lignes rouges », les menaces de représailles immédiates — s’est révélée être du vent. Lorsque les États-Unis agissent dans le monde réel, et non sur les plateaux de télévision, aucun apocalypse ne se produit. Une arme qu’on ne peut pas utiliser n’est pas un outil de dissuasion, mais un accessoire de propagande intérieure.

L’épisode du pétrolier l’a démontré sans ambiguïté : la Russie ne dispose ni d’une flotte capable de défendre ses intérêts, ni d’une armée capable d’intimider au-delà de l’Ukraine, ni d’un poids politique suffisant pour être prise au sérieux.

Poutine et l’occasion perdue

Le paradoxe est que cette issue n’était pas inévitable. Donald Trump était prêt à négocier avec Moscou, offrait à Vladimir Poutine des fenêtres d’opportunité, affichait du respect et proposait un cadre transactionnel. Mais Poutine a cru pouvoir être plus malin que tout le monde, jouer sur plusieurs tableaux, manipuler et tromper.

Le résultat est une humiliation publique. On ne ménage plus Poutine. On ne le respecte plus et on ne le craint plus. On agit simplement sans tenir compte de lui.

La fin des illusions sur les « zones d’influence »

À la lumière de l’affaire Marinera, les discours des responsables russes sur un supposé « partage du monde » avec les États-Unis paraissent particulièrement grotesques. Quelles zones d’influence ? Quelle Venezuela ? Cet épisode a clairement montré qu’en Amérique latine, la Russie n’est même plus perçue comme un adversaire sérieux. La même dynamique s’observe ailleurs.

La Russie perd de l’influence partout. Le Caucase s’éloigne. La Moldavie est partie. La Syrie tient à peine grâce à des soutiens extérieurs. Le Venezuela a été, de facto, repris en main. Même dans l’espace post-soviétique, Moscou n’est plus un centre de gravité. Les prétendus « alliés » choisissent ceux qui sont fiables ; avec la Russie, ils préfèrent encaisser de l’argent en échange d’une loyauté provisoire. Ce n’est pas de l’influence, mais l’illusion payante de l’amitié.

Une empire qui se dégonfle

Toute cette histoire met en lumière l’essentiel : la Fédération de Russie ne dispose plus aujourd’hui d’instruments réels de puissance. Pas d’armée capable d’assurer une dissuasion globale, pas de flotte pour protéger ses actifs, pas de poids diplomatique pour négocier sérieusement. Il ne reste que la télévision — et un « accomplissement » incarné par les ruines en Ukraine.

En lançant la guerre contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a transformé en quelques années un pays avec lequel on commerçait et négociait en un État paria. Sans alliances, sans respect, sans règles. Le monde a compris qu’il est possible de vivre sans la Russie — sans son « chemin particulier », sans ses menaces, sans ses slogans sur le « redressement ».

La guerre contre l’Ukraine a été le point de non-retour. C’est à partir de ce moment que la Russie a cessé d’être perçue comme un acteur égal. Désormais, c’est un pays dont on attend des problèmes, et non des accords.

Voilà le véritable rôle historique de Vladimir Poutine. Non pas un « rassembleur de terres », mais l’homme qui a définitivement placé la Russie en dehors du monde civilisé.

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