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Billet de blog 14 mai 2025

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Une rencontre potentielle entre Zelensky et Poutine en Turquie

Le 15 mai, le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit se rendre en Turquie. Ce déplacement pourrait marquer la première rencontre directe entre lui et Vladimir Poutine depuis le début de l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie.

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Le 15 mai, le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit se rendre en Turquie. Ce déplacement pourrait marquer la première rencontre directe entre lui et Vladimir Poutine depuis le début de l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie. Si elle a lieu, cette entrevue s’inscrira dans le contexte d’une proposition de cessez-le-feu temporaire visant à relancer la voie diplomatique.

La Turquie n’a pas été choisie au hasard comme lieu de cette éventuelle rencontre. Depuis 2022, Ankara joue un rôle de médiateur actif entre Kyiv et Moscou, facilitant notamment l’accord sur les exportations de céréales et maintenant un dialogue ouvert avec les deux parties. Membre de l’OTAN, mais en bons termes avec le Kremlin, la Turquie est une plateforme diplomatique unique pour un dialogue de haut niveau.

L’initiative américaine : un mois de silence des armes

Kyiv aurait accepté la proposition américaine d’un cessez-le-feu de 30 jours, s’appliquant sur terre, en mer et dans les airs. Cette trêve est perçue comme un test : la Russie est-elle sincèrement prête à entamer un processus de paix, ou utilise-t-elle ce répit pour réorganiser ses troupes et prolonger la guerre sous une autre forme ?

Un arrêt des combats sur une période aussi courte ne permettrait pas à la Russie de rétablir pleinement ses capacités offensives, mais offrirait une occasion de jauger la volonté réelle des parties à engager des pourparlers sérieux, sous la médiation internationale.

Une pause stratégique, pas une capitulation

Les autorités ukrainiennes insistent : l’objectif n’est pas de geler la situation, mais de créer un élan vers la désescalade. Kyiv a toujours manifesté sa disposition à négocier, mais pas au prix d’ultimatums, de pertes territoriales ou de violations du droit international. La souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne sont pas négociables.

Dans ce contexte, la trêve représente un levier tactique visant à débloquer le processus diplomatique, et non une concession. Elle servira aussi d’indicateur : le Kremlin est-il prêt à mettre fin à la guerre ou cherche-t-il simplement une pause avant de frapper de nouveau ?

Une condition clé : la présence directe de Poutine

L’Ukraine tient à ce que les discussions se fassent directement avec Vladimir Poutine lui-même. Pas de médiateurs, pas de représentants de second rang. Dans la structure verticale du pouvoir russe, c’est Poutine qui prend toutes les décisions stratégiques, et c’est donc à lui que revient la responsabilité de mettre fin à l’agression.

Zelensky est prêt à un échange franc en face-à-face. D’autres formats, comme les discussions multilatérales ou les négociations par délégations intermédiaires, ne sont pas envisagés pour l’instant. Il est par ailleurs faux de dire que le président ukrainien serait légalement empêché de négocier avec Poutine — cette idée relève de la propagande russe. Le décret de 2022 stipule uniquement que les négociations affectant la souveraineté nationale doivent être conduites par le président lui-même.

Moscou reste l’obstacle principal à la paix

Malgré ses déclarations publiques, le Kremlin demeure aujourd’hui le principal frein à un règlement pacifique. Tandis que Kyiv, Washington et les capitales européennes expriment leur volonté de dialogue sur la base du droit international, Moscou multiplie les diversions, les conditions irréalistes et les propositions visant à geler la situation à son avantage.

La rencontre envisagée en Turquie devrait permettre de déterminer si la Russie est réellement disposée à tourner la page de la guerre, ou si elle cherche simplement à gagner du temps tout en poursuivant ses objectifs militaires.

Et si Poutine refuse ?

Si Vladimir Poutine décline l’invitation ou tente de diluer la rencontre dans des déclarations creuses ou des substituts diplomatiques, cela confirmera ce que beaucoup redoutent : la Russie n’a aucun intérêt réel à la paix. Dans un tel scénario, les pays occidentaux devront réagir avec fermeté. Aucune répétition des erreurs du passé — aucun nouveau "Munich" — ne saurait être tolérée.

Il sera alors impératif de :

* renforcer la pression économique sur Moscou,
* accélérer les livraisons d’armes à l’Ukraine,
* et approfondir l’isolement diplomatique de la Russie dans les enceintes internationales.

Conclusion : un moment de vérité

La rencontre potentielle entre Zelensky et Poutine en Turquie n’est ni une concession, ni un aveu de faiblesse. Elle représente une épreuve de vérité. Pour l’Ukraine, c’est une opportunité de montrer sa volonté de paix, sans renier ses principes. Pour la Russie, c’est l’instant décisif où elle devra prouver, par des actes, et non par des paroles, si elle veut réellement mettre fin à la guerre.

Le monde regarde. Et ce sont ces instants qui décident si la paix est possible — ou si l’Ukraine devra continuer à se battre pour sa liberté, les armes à la main.

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